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EFFETS FINANCIERS ET ÉCONOMIQUES DU MILITARISME

43.000 en 1848 ; à 97.774 en 1870 ; à 180.000 en 1899. Lorsque les guerres deviennent rares (1820-1848), l'augmentation est peu sensible, et inversement.

En 1875, l'effectif de paix comprenait 2.600.000 h. ; vers la fin du xix° siècle, 11 approchait de 4 millions : l'effectif de guerre a passé de 7.900.000 à 19.700.000 !. Outre les six milliards de fr. qu’ils coûtent au moins par an aux budgets, ces 4 millions d’hommes pourraient produire annuellement une valeur équivalant à 1.000 francs chacun en moyenne ?, c’est-à-dire 4 milliards au moins, — ce qui porte le passif à 10 milliards par an et à 414 y compris les dettes afférentes à la guerre.

À la dépense du personnel, du matériel et de la dette, à la perte du travail des bras les plus vigoureux, doit s’ajouter l'intérêt de l’outillage immobilier et mobilier : fortifications, casernes, hopitaux, écoles, arsenaux, artillerie, chevaux, trains des équipages, objets de campement, vaisseaux de guerre et matériel de la marine militaire, et même dépôts de remonte, magasins de fourrage, fonderies, manufactures d’armes, poudreries et raffineries de salpêtre, chantiers de construction, ateliers, terrains militaires... Qui pourrait dire la valeur de cet immense matériel? Après de minutieuses recherches, Larroque en évaluait en 1864 le eapital à 18.825 millions dans 18 Etats d'Europe. En 1893, Novicow le portait à 30 milliards ; et en 1900, G. Moch estime modeste l’évaluation de 35 milliards, soit, au taux de #4 0/0, un gaspillage annuel de 1.200 millions *.

On arrive ainsi à dire que le coût annuel de la guerre et du militarisme s’élève à 15 milliards en Europe (sans compter, bien entendu, les dettes déjà amorties ; et en passant sous silence les intérêts des dégâts occasionnés par les guerres et le produit annuel qu'aurait fourni le travail d’un certain quantum des hommes tués) *.

4. Novicow, Féd., p. 40 ; Cf. Larroque et de la Grasserie; Théry et Moch.

2. Théry : 1.800 fr. ; Moch, 1.000 fr. — Novicow, Gasp., p. 157 : 1.000 fr. X 3.300.000 (260.000 h. étant nécessaires à l’ordre intérieur) — 3.300.000.000 + 200.000.000 pour la réserve, etc... — 4.223.000.000 fr. ; — Les luttes, p. 224: 4.182 millions; avec 9 milliards on pourrait faire chaque année deux fois un canal de Panama... — H. Fried (dans sa trad. de : Moch, Die Armee der Democr.) ajoute 300 millions d’argent de poche (b fr. par mois).

3. Larroque, La g., 4810, p. 154-194, 495 (récapitul.) ; G. Pays, tb., p. 154; Novicow, Les luttes, p. 226 ; Moch, ib., p. 29 : le « maritimisme » étend aux constructions navales le système des enchères, en dehors de toute proportion avec les avantages commerciaux et coloniaux qu’on en relirera.

4. Novicow (ib.; Les Gasp., p. 159 s): 26 milliards, y compris le travail, mais sans tenir compte de ce que les capitaux produisent des capitaux.

Quant aux mille répercussions de cet état de choses sur le bien-être des particuliers, il est à peu près impossible de le préciser. M. E. Delivet a scruté infinie complexité des réactions sur les pr'iæ de revient, Lorsque plus de moitié des recettes publiques sont absorbées par les dépenses guerrières, les populations renoncent à une foule de consommations. € Les producteurs de ces articles, dont le débouché est ainsi réduit et ayant à payer des impôts plus lourds, demandent, ou bien Poctroi de primes, ou bien l'élévation des droits de douanes » ; or cette prétendue compensation est désastreuse. IT faut bien alors augmenter les salaires au grand dommage des industries exportatrices, qui, relevant leurs prix, se mettent en état d’infériorité vis-à-vis de leurs concurrentes étrangères, et, abaissant leurs profits, cessent d'améliorer leur outillage... Pour éviter la ruine et gagner en vendant bon marché, les producteurs usent de fraudes et de falsifications.. La préférence accordée aux fonds d'Etat au détriment des valeurs industrielles pousse à la spéculation !.

Nous ne citerons que pour mémoire, les pertes indirectes, qui pourtant sont souvent plus que proportionnelles à la durée du service et au nombre d’hommes incorporés. Une simple diminution du nombre des bras fait parfois cesser entièrement une exploitation particulière ou un genre d'exploitations. La vie de easerne entraine une mortalité et une morbidité spéciales. Le service apporte des retards aux entreprises qu'on ne peut fonder avant qu’il soit terminé, des chômages, des hésitations, des changements de carrières. Les membres de professions même non libérales ont à perdre leur engourdissement, leur aversion pour le travail, et à réacquérir Fhabileté professionnelle, le tour de main. Le lien qui attache le paysan à son clocher se trouve rompu par le séjour obligatoire à la ville : cette cause contribue, avec le développement industriel, à la dépopulation des campagnes, au manque de bras de la culture. Les divers inconvénients moraux du militarisme ont, pour plus, une réperceussion économique.

Les guerres du passé apportent leur tribut de dommages indirects permanents. Les enceintes fortifiées entravent le développement des villes, renchérissent et surpeuplent les maisons, empêchent la création d’avenues et de jardins, nécessitent de

1. L’exagér. des charges mil. et les prix de revient, 1890, p. 41 s. Au delà de ces généralités, quand il applique des chiffres à la diminution des revenus et de

Pépargne, à l’augmentation du prix de la nourriture (p. 209 S), il tombe, de son propre avis (p. 239) et suivant Moch (p. 44), dans l’arbitraire.

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