SOPHISME DE LA PRODUCTIVITÉ DES DÉPENSES MILITAIRES
LA
coûteux élargissements de rues. (Novicow, Moch.) L'activité militaire a engendré, chez les aristocralies guerrières, le mépris du travail, et, en général, le découragement de l’entreprise, Pinsécurité, la restriction des échanges internationaux.
Nous avons, à dessein, modéré toutes les évaluations de pertes positives et de profits empèchés, afin que, battus sur les principes. les apologistes ne chicanent pas sur les chiffres. Quelques militaristes, pourtant, posent une objection, qui est devenue un cliché. Il n’y a pas lieu, disent-ils, de déplorer les armées et les armements actuels ; les sommes qu'on y consacre ne sont pas perdues, puisqu'elles restent dans le pays et encouragent Pindustrie. Elles procurent du travail à un grand nombre d'ateliers et d'ouvriers ; leur diminution aggraverait le malaise de la surproduction, par la fermeture des usines dont Poutillage est adapté à cet usage spécial et par La diminution de la quantité de travail offerte, c’est-à-dire par le chômage,
Que cet événement soit nuisible momentanément à des intérêts particuliers respectables, ce n’est pas douteux et l’art sociologique devrait, au besoin, se préoccuper des inconvénients et les atténuer en assurant une transition. Mais le militarisme actuel n’entraine pas, dans son ensemble, de bons résultats et sa suppression ne mettrait nullement en danger la prospérité sociale. Depuis longtemps, J.-B. Say et Bastiat ont établi que les consommations non issues d’un besoin réel sont stériles. Soutenir que les dépenses ne sont pas inutiles parce qu'elles fournissent du travail revient en somme à affirmer qu’ Q1l est avantageux de mettre le feu à une maison, parce qu’on procure ainsi de l'ouvrage à l’industrie du bâtiment. » N'importe quel luxe extravagant ou quel acte de vandalisme présenterait Ie mème avantage. On voit un débouché ouvert, mais il y a ce qu’on ne voit pas : un débouché fermé. Les maçons, charpentiers..…., obtiennent une occupation par la destruction irraisonnable d’un immeuble, mais €la communauté perd le travail, juste aussi productif pour ces hommes, qu’ils avaient accompli en bâtissant des maisons à ceux qui n’en ont pas ou en améliorant les maisons existantes. » Après une réduction des effectifs, les mêmes objets: draps, toi-
1. K. Freiherr von Stengel, Friede, p.12 ; Gal Lewal, La chimère du désarm., p. AU Ces dépenses fomentent le travail, produisent des bénéfices pour 1e pays. — Jähns, p. 86; Lorimer, La quest. du dés., À. dr. int., 1887, p. 472; St-Lanne et H. Ner, La paix pour la vie, p. 231, 244; P. Denis, L’industrial. et le congrès de La Haye, Ne Rev. int, 1er sept.'1899, p. 88 ; F. Brunetière, Les mensonges du pacifisme, Rev. Deux-Mondes, juil. 05, p. 291.
les, habillements, instruments métalliques, seraient fabriqués, mais avec une destination plus normale. Les hommes libérés au lieu de se borner à consommer, procureraient, en produisant au delà de leurs besoins, un enrichissement à la communauté. Loin de diminuer, la quantité de travail offerte s’accroitrait sans doute. Si on considère les travaux utiles que la disparition du militarisme permettrait d'accomplir, on constate que lemploi n’est pas près de manquer aux ouvriers, sous forme de chemins de fer, de canaux, d'habitations à construire... Jamais l’eflort ne manquera d'objet, car le monde ne sera jamais adapté parfaitement à des besoins qui changent, s’accroissent et s’affinent.
La vraie question est de savoir, au point de vue général et abstrait (et en réservant les contingences qui rendent le désarmement impossible à l’heure actuelle et notamment en France), si des armements aussi développés que ceux de l’Europe rendent un service indispensable et s’ils présentent en eux-mêmes une utilité ! susceptible d’opposer une objection de principe à leur diminution, au cas où elle serait possible. La question étant posée en ces termes, la solution ne comporte pas le moindre doute. Non seulement le militarisme n’est pas un idéal en soi, mais il n’entraine guère que des résultats mauvais et, dans son ensemble, il ne remplit même pas convenablement sa fonction de protection. C’est ce qu’il reste à démontrer.
L'activité militaire, conviennent ses partisans, n’est pas productive au point de vue économique, mais prétendent-ils, elle n’est pas complètement improductive, car elle engendre les qualités physiques et morales, des effets sociaux indispensables au progrès. — Ceux de ces effets qui sont réels ont été singulièrement exagérés. Tout compte fait, 1ls ne compensent pas les saerifices matériels * n1 les préjudices sociaux. La plupart pourraient être atteints par d’autres procédés ?. En tout cas, ils ne seraient
1. Il est absurde de dire que l’armée est inutile et mauvaise, parce qu’ « elle ne produit pas » : la digue non plus ne produit pas et cependant elle arrête l’inondation.
2. L. Stein, ib., p. 57 : ce n’est pas trop cher de payer 2 milliards par an la bonne tenue... — Contra : G. Moch, L'armée, p. 3 s.
3. Inversement les inconvénients et les vices du militarisme et de la vie de caserne peuvent être en partie évités sans supprimer l’armée. Leur constatation infirme la nécessité non pas de l’existence d’une armée, mais de sa conservation au delà de ce que nécessite le service de protection, — Loin de s’adresser à la France actuelle, les reproches s’appliquent, en partie, plus exactement à l’étranger ou aux temps passés,