CHAPITRE II Possibilité de réduire les guerres
«La guerre à pour elle le fait, c’est-à-dire une possession de six mille ans, tandis que la paix est toujours à l’état de projet et de perspective ‘. » De cette existence millénaire, de cet incontestable caractère d’universalité dans l’histoire du passé, beaucoup d'hommes, concluent à lexistence indéfinie et même à la pérennité de la guerre. Il ne manque pas de gens qui, par Peflet d’un € morphisme » spécial, se figurent que le monde & toujours été comme il est à leur époque; ils ne croient pas plus au progrès dans l’avenir que dans le passé. Un plus grand nombre encore ne peut admettre que l’avenir différera du présent, parce qu'ils n’imaginent pas ce qu’il sera, ou parce qu'ils inelinent à penser que leur époque est à l’apogée de la civilisation et du mieux-être, — comme si l’évolution ne pouvait se poursuivre en leur absence ?. Or 1l n’est pas d'erreur aussi injustifiée. Tout, dans la nature, en démontre l’absurdité. Aucun phénomène n’est éternellement inéluctable. Le changement est la loi de lPunivers, et ce qui était hier ne sera plus demain. Le monde marche. Qu'il s'améliore ou non, il est en un perpétuel devenir. Non seulement les individus passent, mais leurs espèces, leurs caractères, leurs mobiles d'action, et les mondes tout entiers. L’homme n’est pas un ange déchu, condamné à une continuelle humilité *. Sorti d’un état voisin de Panimalité, il peut être fier de s’être élevé au dessus de sa condition première.
La guerre n’est point soustraite à cette loi générale d’évolution ; elle se transforme sans cesse. Elle n’a plus ni les mêmes
1. Proudhon, La g., . IT, p. 363. (Lui-même n’admet pas sa perpétuité.)
2. Gumplowicz appelle acrochronisme cette erreur « perpétualiste ». — Aristote croyait démontrer la perpétuité de l’esclavage en disant qu’on le supprimerait quand la navette marcherait seule. M. de Sartines (J. de Triac, G. el christ., p. 51) écrivait un jour au roi qu’on ne trouverait jamais rien de mieux que le réverbêre à huile. La vapeur, l’électricité, le machinisme ont modifié non pas seulement les conditions économiques, mais aussi l’organisation politique, même internationale.
3. Au point de vue chrétien, Dieu n’est pas un bourreau. Il accorde le pardon par la prière. (Hély, 20., p. 184 s.)