LE DEVENIR SOCIAL. LE VOULOIR HUMAIN CONTRE LA GUERRE
causes, ni les mêmes formes, ni les mêmes résultats qu’elle eut jadis. — Soit! mais elle existe toujours et elle a toujours existé. — Non pas! La querre n’a pas toujours eæisté. Cest jouer sur les mots que dire : la lutte sous sa forme individuelle existait avant la lutte collective, donc celle-ci aura dans l’avenir une durée indéfinie comme dans le passé. C’est raisonner plus mal encore que ne l'aurait fait le sauvage en. proclamant : on s’est toujours mangé, donc on se mangera toujours, on a toujours asservi les captifs, on a toujours cru aux esprits, recouru aux présages, aux implorations, aux sacrifices. L'observation montre qu'il se serait trompé. La logique ne nous permet nullement d'affirmer : ce qui a existé une fois se représentera, ce qui fut, sera, Ce qui n’existe pas encore ne sera jamais. Aucun rapport nécessaire n’existe entre ces couples de termes. De moins en moins on croit à un Fatum qui s’impose aux homimnes et modèle leurs destinées les unes sur les autres. L’évolution n’est pas un Destin.
Est-ce donc que l’homme puisse, en des circonstances identiques, suivre deux voies différentes ? Cette situation fournirait un moyen facile d’écarter la perpétuité des guerres et on n’a pas manqué de l’invoquer !. Il est pourtant insuffisant. C’est au nom du déterminisme même, psychologique et social, que nous proclamons la déchéance future de la guerre. Si la guerre dépendait du libre arbitre, peut-être les peuples continueraient-ils à la faire après qu’elle aurait perdu sa raison d’être; s’ils sont « déterminés », elle cessera dès lors. Or tout portera l’homme à s’abstenir d’y avoir recours : les impulsions seront plus faibles et les inhibitions plus puissantes, les forces qui mènent à la paix (intérêt bien entendu, devoir) lemporteront sur celles qui poussent aux solutions violentes (avidité, passions...).
Les guerres ne sont plus conformes à l'utilité des peuples, si elles Pont jamais été, et à ce titre elles rencontreront des obstacles de plus en plus résistants dans les intérèts mieux compris des nations. L’amour du gain qui déchainait autrefois les conflits
4, Tzschirner, p. 44, 57, 132: Dans le monde physique, on ne peut prévoir à cause de la connaissance imparfaite des éléments ; dans le monde moral, on ne peut prévoir, donc on est libre. La guerre, produit de la volonté, est accidentelle, done évitable, à la différence du mal physique. P. 97: La guerre est inévitable, tant que les hommes seront des êtres finis et que l'humanité sera divisée ; mais il ne s’ensuit pas que la paix perpétuelle soit une chimère. P. 103: La guerre est inévitable, — Pecqueur, La paix, p. 63: la g. dépend du libre arbitre des peuples ; H. Dumesnil, La g., p. 19, 28 ; Mérignhac, L'arb., p. 481 : la guerre provient du fait exclusif de l’homme, elle est en son pouvoir, c’est un mal « artificiel ».
sauglants, sauvegardera désormais la paix. Les hommes abandonneront la guerre comme procédé normal, non parce qu'ils seront plus désintéressés, mais parce qu'ils connaitront mieux ce qui est, pour eux, réellement € désirable ». Ce sera la cause principale de sa décadence. Ce procédé n’a pas seulement perdu les rares avantages généraux anciens : on l’applique à des buts qu’il atteint de moins en moins bien, à mesure qu'ils s’immatérialisent, et auxquels d’autres moyens satisfont sans cesse de mieux en mieux. Ne faudra-t-il pas toujours, en vue de satisfaire aux besoins élémentaires, se procurer des subsistances, que leur insuffisance amènera à prendre aux concurrents ? Cette nécessité, peut-on répondre, ne s'impose pas à l’homme aussi impérieusement qu'à Panimal. Tandis que l’animal reste incapable d'adapter le milieu à ses besoins, Fhomme soumet la nature à ses exigences, 1] la contraint à produire plus abondamment et à travailler pour lui. À mesure que lirdustrie lui fournira, par ses progrès, des moyens plus perfectionnés de satisfaire ses désirs sans porter atteinte à ses semblables, la guerre deviendra de moins en moins avantageuse.
Elle deviendra en même temps de moins en moins fatale, parce que la sympathie et le sentiment de solidarité qui le lient aux autres hommes s’accroitront à mesure qu’ils deviendront réellement moins ennemis et qu’ils le sauront mieux. La suppression des distances entraînera la disparition des préjugés. L'homme éprouvera une répulsion croissante à l’égard des motifs nuisibles, antisociaux, illégitimes, qui le poussaient autrefois aux hostilités, et à l’égard des opérations de meurtre et de dévastation, par elles-mêmes répugnantes. Cette abolition des crimes collectifs exige-t-elle qu’on refasse l’homme et la société ? I suffit qu’ils soient perfectibles et qu’on modifie leurs tendances présentes ou qu’on les emploie plus judicieusement. Il n’est même pas nécessaire de les supposer altruistes. En même temps qu’il accroît sa puissance sur le monde extérieur, l’homme arrive à se maitriser lui-même, à dominer ses passions en les équilibrant. Ses actes ne suivent plus immédiatement limpulsion, il les réféchit en rassemblant le pour et le contre : sa conduite acquiert ainsi une plus grande continuité et devient Pexpression plus exacte de sa personnalité, ce qui évite l’incohérence et les à-coup. Son but s'élève et tend à réaliser une plus grande somine d'efforts convergents, et les moyens de latteindre sont sans cesse mieux adaptés. L'idée iñflue par là sur tout acte té-