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L'ÉVOLUTION NATURELLE CONTRE LA GUERRE

léologique : en ce sens, science devient pouvoir. Il n’en résulte pas un libre arbitre qui permette à l’homme de façonner artifciellement et à son gré les institutions sociales; mais, de ce que telle action, qu’il conçoit, est l’objet d’une préférence moindre par rapport à une autre possible, il ressort que son propre idéal et celui d'autrui prennent une place plus large dans ses décisions. € L’homme, comme agent partiel de sa destinée, prend peu à peu en main l’exécution réfléchie et volontaire d’actes de direction progressive et qui lui sont connus pour tels !. » Combien puissante est la source d'activité qui peut jaillir de cette confiance, surtout lorsque les efforts ont déjà été couronnés de succès!

Toutes ces influences concourent à l'élimination de la guerre. La paix durable n’est donc pas « au delà des forces humaines ». Mais, l’homme füt-il impuissant à contre-carrer l’évolution ou à la faire dévier selon son intérêt par un effort réfléchi et SYStématique, la guerre ne serait pas moins appelée à décliner : Pévolution de fait, sans l’intervention téléologique de l’homme, y aboutit infailliblement.

Les partisans de la © philosophie naturelle » eussent cherché à démontrer ici que la paix et non la guerre est © l’état naturel » de l’homme et des nations ?, de même qu’ils tiraient son injustice de son opposition avec le droit naturel. A ces conceptions théologiques et téléologiques, l’évolutionnisme a substitué une Joi que méconnaissent les partisans de la fatalité de la guerre malgré son inutilité. Tout organe, toute institution qui a réellement perdu sa raison d'être tend à disparaître. La question de l'inéluctabilité est ainsi liée à celle de l'adaptation, résolue déjà par la négative. En montrant que les luttes sanglantes sont appelées à perdre toute utilité, nous avons par là même pres-

1. Renouvier, Phul, anal. de l'hist., t. IV, p. 393. — Cette idée a eu une grande vogue après la Révolution : St-Simon, Aug. Comte... — E. Rignano, Un social., p. 360-377. — G. Tarde, Lois soc., p. 127 : la civilisation offre des facilités de réalisation aux programmes individuels de réorganisation sociale; — Psych. soc., p. 14: possibilité pour la société de se réformer et de se refondre délibérément.

2, Saint Augustin, Epist. 205; Laurent, Hist. de l'hum., t. 1, p. 8; Massé, Dr. commerc., t. 1, p. 91 ; Pays, Le contrat intlern., p. 103 : état contre nature; Pradier- Fodéré, t. VI, p. 22, 27 : La guerre est due à des causes « accidentelles, exceptionnelles, contingentes, extrinsèques, factices », à des ferments étrangers, à des erreurs, à des perversions, à la volonté de quelques individus. L'homme est naturellement sociable (Aristote, Pol., tr. Thurot, p. 10) et créé pour la sociabilité (Galien, De usu parlium, 1; St Jean Chrysostome, De statuis, XI : les animaux portent leurs armes en léur corps, Dieu a mis celles de l’homme en dehors du corps pour qu’il ne s’en serve pas en tout temps). — Ahrens, Dr. naturel, 1860, De l’assoc., p. 262 : c'est pour la sociabilité qu’il a le langage...

senti qu’elles décroitraient en réalité. La guerre, si elle est récllement sans fonction, ne saurait donc être fatale.

— Cette éventualité serait plus certaine encore si, comme on l’a prétendu, parfois avec une pointe de paradoxe, la guerre détruisait, dévorait la guerre. La lutte se transforme parfois en alliance et en harmonie, le parasitisme en symbiose, lopposition amène l'adaptation. La guerre aurait de même € rapproché les peuples, détrôné la barbarie, disséminé les idées fécondes, facilité la prédication du christianisme en réunissant les peuples dans l’unité majestueuse de la domination romaine !». Par elle se fondent les grands empires pacifiés et s’équilibrent les groupements ethniques. La confusion de Poffensive stratégique avec Poffensive politique fait ajouter que les armements modernes donnent à la défense une supériorité énorme sur lattaque. Les effets meurtriers actuels de la guerre la rendent déjà redoutable; les inventions € mortifères » de lavenir accentueront encore la crainte de recourir aux armes. À en croire Edison ou Nigote, personne pe restera vivant sur le champ de bataille ; des deux combattants, presque également réduits en € bouillie », aucun n'aura un avantage décisif. On reculera d'horreur, personne ne voudra prendre la responsabilité de pareilles boucheries ?, La guerre deviendra plus longue, plus dispendieuse, et son succès plus aléatoire, malgré les charges parallèlement croissantes de sa préparation en temps de paix. L’excès même de ses conséquences la rendra extrêmement difficile, sinon radicalement impossible au point de vue militaire : on ne pourra, prétend-on, mettre sur pied ces immenses armées, les utiliser, les ravitailler; on sera épuisé avant d’avoir pu agir. On périra par ses propres armes, parfois même par ses propres coups : l’ennemi nous fera sauter par nos propres explosifs, si même nous ne nous en chargeons nous-mêmes, en maniant des poudres extrêmement

1. Thonissen, Ac. de Belg., 1860, IX, p. 216. — Sumner-Maine, La g., p. 13. 9»

2. Dynamite, pyroxiline ; longue portée ; magasin, d’où rapidité ; petit calibre, d’où grand nombre de cartouches pour chacun... — Catlin, La vie chez les Indiens, p. 320 : l’usage de la sarbacane et des flèches curarisées a, par la peur, presque supprimé la guerre, — Pecqueur, La paix, p. 217; Ce Beaudemoulin, La g. s’en va, 2 broch., p. 6 s; Dupasquier, tb., p. 207; D’Armstrong, Util. de l’arb., p. 10 ; Novicow, Féd., p. 565, 578 : les armements à outrance sont un moyen de réaliser la fédération, non le plus efficace. — D’Escayrac de Lauture, La g., p. 107: Elever le prix de la chair humaine, c’est fermer la boucherie de la guerre. — Loria (ib., p. 292) loue Fawcett de s’ètre opposé à toute convention internationale pour la garantie de la propriété, car c’est sa compromission durant les guerres qui rend celles-ci plus rares aujourd’hui. Les dépenses rendent la guerre impossible aux nalions les moins opulentes, — Tarde, Oppos. univ., p. #10 : En devenant plus humaine, la guerre ne serait-elle pas plus difficile à extirper ? Non.

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