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CHAPITRE III La guerre-survivance et son avenir prochain

Si la guerre n’a plus aucun rôle ou si son rôle tend à décroître, comment expliquer sa persistance ? Son avenir prochain soulève un problème voisin de celui de son maintien dans le passé, et il appelle une explication analogue: aux raisons inconscientes, telles que routine, hérédité, atavisme, se joignent les calculs de certaines classes et, pour partie, les désirs des peuples.

Durant la phase militante, la guerre fut l'état normal des humains. La déprédation fournissait alors à homme ce qu’il ne créait pas lui-même; l’industrie est devenue le mode normal de satisfaction des besoins humains, et elle opère par production et coopération pacifiques. La guerre n’a plus de fonction économique à remplir. Sa fonction juridique est en passe d’être mieux remplie par d’autres procédés. Quant à ses prétendus bienfaits généraux, ou bien ils ne lui sont pas dus, ou bien ce ne sont pas des bienfaits. Mais ce serait une erreur de croire qu’un organe disparaît en même temps que son utilité : 1l persiste, à l’état rudimentaire, (d'autant plus longtemps après la cessation de son utilité, qu’il avait été plus anciennement fixé par la sélection naturelle », et les organes sociaux, les institutions, les actes, se comportent de même. Or, presque dès l’origine de Phumanité, la guerre a existé. Ses traces subsistent comme une survivance du passé‘, par atavisme, par habitude, par routine. On se bat parce qu’on s’est battu. Si la guerre n’existait pas, non seulement, il ne faudrait pas l’inventer, mais on ne le pourrait pas. € Nul exemple ne montre mieux de quel poids le passé pèse sur nous ”, » |

Si la guerre était un simple anachronisme, sans raison actuelle, ne serait-elle pas devenue un simple simulacre, comme l’est actuellement le duel ou comme elle le fut elle-même au temps des

4. R. de la Grasserie, Suppr. de la qg., p. 20 ; Funz. della q., p. 4, 12; Criminol., p. 435.

2, Tarde, L'oppos. univ., p. 390 s : utilité, mais non nécessité de la guerre primitive. — L’idée de survivanuce concorde avec celle d’une fonction réelle à l’origine.

condottieri? L'armée ne serait-elle pas réduite à de minces proportions, comme elle l’était alors ? La survivance, qui s’accorde avec un état rudimentaire et atrophié, semble au contraire s’opposer à un développement tel que celui de la guerre et de Parmée actuelles ‘. (est que la fonction subit une réduction seulement dans les lignes générales de l’évolution et que des influences passagères peuvent au contraire Paccroitre momentanément. Lei intervient un élément sociologique absent de la biologie. Des intérêts privés peuvent faire échec à ceux de la communauté et ils y réussissent d'autant plus facilement que leurs titulaires possèdent le pouvoir. L'intérêt général lui-même n’est pas toujours bien compris ni exactement suivi : les erreurs, les mensonges sont autant d'obstacles à ce qu’il le soit.

L'absence de raison d’être empêche-t-elle existence de toutes sinécures? L’effort de ceux à qui elles profitent — ceux qui les distribuent et ceux qui les reçoivent — en décide autrement. La guerre et l’armée sont sinécuristes. Elles attendent la besogne ou bien dépensent leur activité énorme en pure perte. La fonction une fois disparue, l’organe, c’est-à-dire l’armée, qui, à la différence des organes physiologiques, jouit de conscience et d’habileté, a pris sa propre défense. Les princes, les gouvernants et les spéculateurs ont de même profité de l'ignorance ou de l'indifférence des masses pour maintenir leurs préjugés et s’en servir contre l’étranger, à la faveur de prétextes de justice ou d'utilité générale. Leurs risques, notamment de révolution, vont toutefois en grandissant, parallèlement aux tendances démocratiques, et leur volonté ne suffit plus à décider les hostilités. Il faut compter avec le peuple, et. si l’on obtient son assentiment ou son concours, c’est que la guerre est encore en son esprit”. En dehors des penchants qu’on cultive en lui, certains de ses membres possèdent encore un naturel belliqueux. Quant à ceux qui croient nocive la force brutale et qui la répudient, il y à loin encore de l'idéal conçu à lidéal réalisé : la passion, le reste d’une animalité dont on a peine à se dégager ?, se réveillent

Î. Proudhon (Créalion de l’ordre, p. 466) compare l’armée et le sacerdoce aux organes lactifères qui paraissent à la radicule au temps de la germination et se dessèchent ensuite (?)}. « Le rôle du soldat et du prêtre touche à sa fin.» — A. Guillard, Elém. de stalist. hum. ou démogr. comparée : Le soldat n’est qu’une diffor-

mité sociale. — Tout le monde pourtant est soldat, maintenant comme au temps primitif.

2. Bara, Sc. de la paix, p. 45. — « Si mes soldats réfitchissaient, ont dit tour à

tour Frédéric II et Hoche, ils ne voudraient pas se battre. » 3, Mabille, L’arb. est contraire à nos mœurs, p. 11-27 : La guerre est fatale à

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