‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 440 sur 471 · CHAPITRE IV Paix universelle et perpétuelle · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Paix universelle et perpétuelle

Les apologistes imaginent volontiers que la guerre a toujours existé et qu’elle existera toujours, semblable à elle-même. La plupart de leurs adversaires estiment au contraire que l’humanité s’éloignera sans cesse de sa barbarie originelle et qu’elle finira par fonder pour toujours un régime pacifique qui englobera tous ses membres !. Les « rêveurs de paix perpétuelle » ont été de tout temps assez nombreux. La guerre est appelée à cesser entre les nations comme elle a cessé entre concitoyens. C’est l’aboutissement nécessaire et logique d’une évolution qui élève chaque jour les institutions, comme les organismes, à un degré supérieur de perfectionnement. Est-ce à dire qu’il n’y ait pas d’arrêt et que le terme doive être atteint bientôt et par tous ? Il ne faut pas oublier qu’il existe encore des sauvages et que, parmi nous-mêmes, subsistent des passions, des antagonismes d’idées et d’intérêts, contre lesquels il n’y a pas de panacées politiques ni sociales. Aussi ne s’agit-il pas d'instaurer 1mmédiatement l’idéal sous sa forme absolue: il est probable au contraire que certaines espèces de guerres persisteront encore longtemps entre la plupart des nations. La vraie question est de savoir si l’on peut légitimement espérer une ère durable de paix générale. Un jour viendra où la justice règnera sur la terre. Sera-ce dans dix ans, dans un siècle, dans dix siècles ? Nul ne peut le prévoir, parce que, suivant lPexpression banale, mais rigoureusement exacte en cette occasion, nous sommes à un tournant de l’histoire : de la direction imprimée à notre mouvement en ce moment critique et décisif dépendra que nous continuions

4, Au hasard, depuis la Révol. (Projets : infra) : Priestley, Hist. et pol., 1795; Condorcet, Progr. de l’espr. hum.; Volney; La Motte, Ufrum pax perp. pangi possit ? Stte., 1796; Gabinus de Wal, Disp. phil.-jur. de conjunct. popul. ad pacem, Gron., 1808 (hist.); Lips, Allg. Friede, 1814; Fourier, Théorie des quatre mouv., 1808; Bogue, Univ. peace, 1813; Macnamara, Peace p. a. un., ils pract., 1841; Fleck, Krieg u. ew. Fr., 1849, p. 12 s; Laveleye, p. 150 ; Brasch, Ew. Fr., 1885; Rougier, Abol. della g., 1889; d’Aguanno, 4b. della g., conseg. della lotta per l’esist., 1891; Catellani, Reallà ed utop. della p., 1900; Muenscherus, An pax perp. speranda.. ; Combes de Lestrade, Soc., p. 180; Tarde, Mél., p. 207, Lois soc., p. 87; Rignano, p. 337...

à suivre la voie régulière du progrès, ou que, pour ainsi dire : LOT de l'humanité dévoyés, nous retardions la marche en avant de l’humanité. C’est contre cette éventualité qu’il nous faut lutter de toutes nos forces, avec cette consolation, au cas où nous ne réussirions pas à la détourner, que d’autres viendront, qui sauront mieux y parvenir. La formule donnée, à ce sujet, il y a plus d’un siècle, par Kant, et restée toujours la plus exacte, justifie des espérances infinies : € La paiæ éternelle est impraticable, mais elle est indé-

finiment approxzimable!. »

Il ne suffit pas de hausser les épaules en s’écriant : Utopie! Il convient d’éfre utlopiste. Ce qui n’existe pas n’est pas nécessairement une chose qui ne puisse exister *. Ce qui sera demain n’est pas déjà identiquement réel aujourd’hui. Combien d’événements, autrefois jugés impossibles, ont été réalisés ! Le passé est le plus sûr garant de Pavenir. L’humanité a progressé, elle progressera encore. L’évolution modifie homme et l’homme modifie Pévolution. Le réalisme historique laisse place à Pidéalisme. La persistance durable de la paix, qui constituait dans l’antiquité une impossibilité, est devenue, sous la poussée d’aspirations universelles, une probabilité. Si on ne pouvait l’espérer intégrale, elle n’en resterait pas moins souhaitable, et il s’imposerait d’y travailler.

4. Prince. mélaph. du dr., $ 61, p. 237: Fulleborn, Schlussalz in Kant's Schrift : Zum ew. Frieden., 1858, p. 12, 26, 31 s; Schleiermacher, Séaat, p. 31, 451, et Pol., p. 216; Pôlitz, Sfaalsw., p. 342; G. von Eckendall, Séaatsl., p. 257 ; Pfizer, Ewiger Friede, Encycl., 1837, t. V, p. 333; Oppenheim, Vôlkerr., III, 2; Trendelenbure, Naturr., 1868, p. 228, 588; Quételet; Mézières, Dupasquier, Garaude; Laurent, Hist. de l’hum., t. XV, p. 61, t. XVIII, $ 2; J. Simon, R. des rev, 1891, p. 80; Gratry, Paix, p. 121; V. Hugo, Amis de la Paix, 1849, p. 3; Siebold, Ew. Krieg, p. 5; Novicow, Luttes, p. 424...

2. F. Passy, Ulopie de la paix, p. 4: R. de la Grasserie, p. 83 : ce mot, qui n’est

qu’un mot, un obstacle subjectif, a la grande et fatale puissance des mots. — L’utopie, a-t-on dit, n’est que l’idéal à distance,

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