CHAPITRE V Moyens et facteurs de la pacification
La guerre est condamnable et la paix est possible de manière durable et générale. Il ne suffit pas d’atténuer les conséquences des hostilités, 11 faut les empêcher de se produire. En dehors des préventifs qui s’appliquent à telle ou telle cause concrète, envisagée comme cause éventuelle de conflit (question d'Orient...) et de ceux qui s’adressent à une catégorie spéciale de guerres (colonisation, conquête...), on a proposé des procédés qui s'attaquent à là guerre elle-même : les uns visent à éviter la naissance des conflits, les autres à les résoudre, lorsqu'ils sont nés, par des voies non violentes !.
Les'moyens préparatoires et indirects, logiquement antérieurs, tendent à orienter les esprits dans une direction pacifique. Il ne s’agit pas de faire de l’homme un ange, mais de réformer délibérément ses caractères et son milieu. Le relèvement de l’éducation et de l'instruction, leur diffusion dans des cercles plus vastes sont la condition de tout progrès ultérieur. Il faut faire triompher l'esprit de justice, propager les principes moraux, définir les droits et les devoirs des nations *, affirmer le droit à l'indépendance, le respect dû aux nationalités, condamner la conquête. La politique doit n'être ni trop ambitieuse et agressive, ni trop craintive et trop faible. Il importe de respecter les intérêts d'autrui et collectifs comme de bien connaître les siens propres. À vrai dire les formules sont non plus à trouver, mais à répandre parmi les dirigeants et dans lopinion publique. A l’école, les enfants doivent apprendre le patriotisme sans haine, l'histoire de la civilisation. à côté de l’histoire des batailles *.
1. Pecqueur, Paix, p. 135-431; Garaude, La g., p. 211-325; Sheldon Amos, Polit. a. legal remedies for war, 1880 : institutions économiques, opinion publique, presse, éducation..., arbitrage, congrès, neutralisation (p. 17-262 s); Wiskemann, Ariey, p. 160-212; Scarabelli, Cause di g. e rimedi, p. 138-281; R. de la Grasserie, Moyens prat. pour parv. à la suppr. de la paix armée et de la 9., p. 15 s (armements, service oblig...), et De l’ensemble des moyens de la sol. pacif., 1904: Bjôrklund, Paix et désarm., De la meilleure manière de créer une opinion internationale.
2, Sechohm, Réf. du dr. des gens, 1872; Bara, Sc. de la paix (1849), 1872.
3. Dès avant 1853 : Monteil, Mist, des Fr. des divers états (critiquée par De la L2
Dans les Universités, l’enseignement du droit des gens doit être donné avec une grande élévation de vues. Le congrès de Rome a émis le vœu qu’on entretienne parmi les étudiants € lesprit de respect et d’amitié pour les nations étrangères » : on a, depuis lors. favorisé davantage les relations universitaires internationales. Tout ce qui permet aux peuples de se mieux connaitre ne doit pas être négligé : voyages, études des langues étransères et de la langue internationale ‘. La presse, la littérature pourraient jouer un beau rôle, auxquels elles ont en partie failli jusqu'ici : les sociétés pacifiques ont le devoir de veiller à ce qu’elles égarent le moins possible opinion au sujet des faits et des théories. On a été jusqu’à demander qu’il soit infligé une punition sévère aux personnes qui provoquent les conflits. Les congrès des groupements pacifiques et, indirectement, ceux des sociétés savantes, et professionnelles coopèrent au rapprochement des nations. Le développement même de la civilisation dans l’ordre moral, politique, économique, contribuera puissamment, en dehors de tout plan préconçu et de toute action systématique à l’avénement de la paix.
Comme contre-partie de l’exposé des gaspillages de la guerre et du militarisme, 1l conviendrait de dépeindre aux masses, dune manière concrète, les travaux, les progrès de toutes sortes que les fonds rendus disponibles permettraient d'entreprendre ?. Rattachant le problème de la guerre à la question sociale, on pourrait montrer qu’une répartition plus égale, ou même une production plus abondante des richesses ne répandraient nullemént le bien-être, si on ne cessait en même temps les gaspillages dont la guerre et la paix armée sont la principale source. (Novicow.) Le perfectionnement des moyens de satisfaction autres que la déprédation, la division internationale du travail, en augmentant le rendement de l’effort producteur, pousseraient à abandonner le mode guerrier, moins rénumérateur et moins sûr.
Barre-Duparcq, Clausewilz, p. 22). — Moyens mesquins : effacer le nom des victoires sur les monuments, changer celui des rues... (Mézières, Polémom., p. 310.)
1. R. de la Grasserie, Suppr. de la g., p. 23 s : le barbare n'existe plus ; l’histoire S’efface, l’avenir est à la géographie. — Descartes, Leibnitz, croyaient possible une langue internationale. Delormel présenta en ce sens un plan à la Convention en 1798. (V. : Fontenelle, Eloge de Leibnitz, Œuvres, Il, p. 24; Henricy, Tribune des linguistes, t. [, p. 69). Récemment se sout fondés des sociétés et journaux espérantistespacifistes.
2. E. de Girardin, Ce qu'a coûté la paix armée et ce qu’on aurait pu faire avec cette somme, J. des Ec., 1866, t. III, p. 435. — Morhange, Mémoire sur la paix univ., 1850. — Dumesnil (La g., étude phil., p. 211) cite en première ligne : fouiller l’Océan pour voir si l’Atlantide a existé!