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FACTEURS ÉCONOMIQUES DE PACIFICATION

La circulation, par dessus tout, intéresse la paix : au commerce des idées, doit s’ajouter le libre-échange des marchandises !. On s’acheminera vers les unions économiques, par la diminution des droits d'importation et par la conclusion de traités de réeiprocité. Pour faciliter les transports et les communications, il faudrait non seulement construire des chemins de fer et des bateaux, mais réduire les tarifs applicables aux personnes, aux marchandises, aux lettres, adopter le même système de monnaie, de poids et mesures et de lais commerciales, et accorder aux étrangers la plénitude des droits civils (nous ne disons pas : politiques). Les États pourraient entreprendre en commun des travaux d’utilité publique et peut-être même des œuvres de colonisation *. Les intérêts cosmopolites qui sont en voie de formation s'opposeraient aux aventures.

Encore faut-il que ces intérêts puissent s'exprimer librement, de telle façon que la conduite internationale en soit expression la plus exacte possible. La liberté politique constitue sinon une condition essentielle, du moins un adjuvant sérieux de la pacification. Le régime constitutionnel, la souveraineté nationale avec des assemblées représentatives sont sans doute la forme la plus apte à garantir de lesprit guerrier. La volonté impersonnelle d'une assemblée parlementaire est préférable aux ordres personnels d’un souverain et ne présente pas les inconvénients de la démocratie directe. Cette dernière est incompatible avec le secret, qui permet de voiler et de réparer les fautes : elle possède parfois une excessive confiance en soi-même; elle est sujette à Pinstabilité, aux paniques et, secondée par les tribuns, aux entreprises hasardées. Dans la monarchie, les profits sont d’autant plus grands et les dangers d’autant plus faibles que le personnage est plus élevé : le général s'expose peu et le roi encore moins. Sous le régime représentatif au contraire, le succès des armes ne serait attribué à aucun des membres de Passemblée, et Péchec entamerait la popularité de tous. « Les débats sont publiés,

4. E. Hervé, Réflex. sur la paix, les échanges intern. et l’unif. des mesures, Jess EC 4854, II D 07. Les libre-échangistes sont pour la plupart pacifiques et réciproquement. « Free trade is the great Peace maker. » (Gobden, Bright.) — Pecqueur, Paix, p. 191 : Multiplier importations et exportations; le principe des douanes est un principe de fainéantise, de statu quo, d’inimitié. — E. de Girardin, Pol. univ., p. 36; Abol. de l’escl. mil., p. 88 : l’unité continentale se fera par l’unité du rail.

2, Laveleye, tb., p. 159s; Pecqueur, Paix, p. 442 : favoriser l’emploi des capitaux, entrepreneurs et ouvriers d’un pays, à la mise en valeur des richesses naturelles d’un autre; faciliter les emprunts mutuels, la constitution de banques internationales.

motivés, commentés par l’opinion, et leur durée laisse (assez généralement) les colères se refroidir. Par tempérament, par profession, les bourgeois sont éloignés de la guerre, surtout lors- ‘que tout le monde est appelés sous les drapeaux . © La constitution civile de chaque État, disait Kant. doit être républicaine. » Cela ne suffit pas. L’essentiel est de diminuer les prérogatives du pouvoir eæécutif en matière de déclaration de guerre et de ratification de traités ?. Or la monarchie peut, théoriquement, remettre ces attributions à une assemblée, et la République au chef du gouvernement. Quant à la forme de l’exécutif, elle exerce une influence importante, mais non prédominante. Avides de prestige et de puissance, les monarchies sont guerrières tant qu’elles ne sont soumises à aucun contrôle ; mais celles d’aujourd’hui sont tempérées. Inversement les républiques, qui n’ont pas à rechercher la popularité puisqu’elles sont le peuple. favorisent la paix, mais elles ne sont pas à l’abri des menées, des divisions de partis, des emportements. Le gouvernement qui appelle la guerre de ses vœux, peut d’ailleurs amener les choses au point de l’imposer aux Chambres. Le droit de voter annuellement les budgets serait un remède illusoire, puisqu'il serait alors impossible de refuser des subsides ou des contingents ; et la responsabilité ministérielle ne préviendrait ni ne réparerait le mal: si on est victorieux, on ne la mettra pas en jeu, et si on est défait, à quoi bon se venger sur un ministre? La question de la paix est plus qu’une question de formes gouvernementales. On donne une piètre idée de l’énergie des peuples, lorsque, pour les innocenter, on attribue la guerre aux caprices des monarques absolus et aux intrigues des ministres. Les dirigeants tiennent compte des vœux des gouvernés; ceux-ci ont leurs passions et quelquefois même ils se montrent moins pacifiques que les rois. Malgré la contribution apportée à l’œuvre de paix par lintervention du peuple dans les affaires publiques, on s’est trompé lorsqu'on à attendu d’une simple modification politique la cessation des guerres ?.

1. R. de la Grasserie, 1b., 18; Larroque, p. 268; Fiore, R. dr. int., 1899, p. 239 : « Toutes les communications seront publiées. » (Cette franchise, en certaines occasions, envenimerait le conflit, au lieu de l’apaiser.) Roscher, Monarchie, p. 22, 302.

2. Pecqueur, p. 242; Schlief, p. 485-235. — En faveur d’un corps d’appréciateurs éclairés (cf. Féciaux, Ulémas) : abbé Dufourny, R. cath. des inst., oct. 18817 : Lacointa, Intr. à Kamarowsky; de Roquefort, p. 249... — En faveur du législatif : décret 22 mai 1790; Dufraisse, Droit de g., p. 85, 95; Kant, Dupasquier, Laveleye.…. — Au profit du plébiscite : Henry, Le crime, p. 106; Marcoartu, Intern., p. 22, et

Confér. interp., 1895 (si 1/19 des représentants se prononce contre). 3. L. Say, J. des Ec., 1870, p. 278; Goblet d’Alviella, Désarmer, p. 50. (Les événe-

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