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MOYENS POLITIQUES PRÉLIMINAIRES. EXCÉS INDIVIDUALISTES

L'ancien régime à disparu, et la guerre a persisté sous le nouveau.

Nest-elle pas encouragée par l’existence même d’un gouvernement quelconque, et non par celle de tel gouvernement ou de tel titulaire? On Pa prétendu. en invoquant que tous les possesseurs du pouvoir étaient sélectionnés, à raison même de leur mode de recrutement, parmi les € mauvais » et corrompus par l'exercice de l'autorité. L'existence, chez l’un d’eux, d’un des défauts communs ne justifierait donc pas un reproche particuher. Mais fournirait-elle, comme le prétendent les anarchistes, une raison de supprimer {oute organisation étatique? L’admettre équivaudrait à décréter la suppression de toute chose et de tout individu, car rien n’est exempt de défauts et d’inconvénients.

Soit parce qu’ils n’escomptent pas de l’action gouvernementale la pacification, soit par des raisons morales, d’autres auteurs se contentent de prêcher le refus de servir, Pabstention individuelle, € la crosse en l'air », sinon même davantage. L'État, disent-ils, n’a pas intérêt à la cessation des guerres, parce qu’il est représenté par une minorité qui en tire profit ; Pavantage personnel pousse au contraire un grand nombre d'individus à ne pas s’exposer aux dangers des combats, et c’est sur lui qu’on compte. Ge sentiment égoïste, de jouissance immédiate, sans souci des intérêts indirects et collectifs n’est, hélas! que trop réel, et il n’en est pas moins blämable. Le déserteur qui sauve sa vie au prix d’une lächeté n’est pas moins indigne que le conquérant ou Pagioteur qui spéculent sur celle des autres.

Une conclusion aussi antisociale a été tirée de prémisses plus attrayantes et par cela même plus dangereuses. Si on cherche une solution en dehors du terrain utilitaire, deux points de vue sont concevables : celui de l’idéal absolu et celui de Pidéal relatif. — La mnorale absolue commande, prétend-on, un amour inconditionné de la paix, et condamne toute violence. Chaque soldat est individuellement responsable de sa participation à la guerre et de ses actes d’hostilité, parce qu’il est dans son pou-

ments survenus quelques mois plus tard modifient sa conclusion, p. 159.) — Les républiques grecques, romaines, sud-américaines ont été belliqueuses. En Angleterre, l’opinion imposa parfois à la royauté des guerres auxquelles celle-ci se refusait. Jacques Ier fut persiflé par son peuple pour son amour de la paix : Rex erat Elisabeth, nunc est regina Jacobus. En France, Louis-Philippe eut le même sort. — On a exagéré en soutenant que les gouvernants avaient grand’peine à contenir leurs peuples dans la paix : Bismarck (R. int. soc., 1896, p. 127); Holzendorff, Ew. Friede, p. 46, et R. dr. int., 1888, p. 227; G. Le Bon, Psych. du soc., p. 90; Peyronnard, p. 36.

voir de s’y soustraire : c’est donc un devoir de s'abstenir de collaborer à une guerre injuste, disent les uns, ou, disent les autres, à une guerre quelconque, car toute guerre est injuste ?. Il faut obéir à Dieu, ou à sa conscience, où à la loi morale, plutôt qu'aux hommes, dût-on s’exposer aux pires châtiments. — Au point de vue positiciste, évolutionniste, on montre que de tout temps, les hommes se sont soustraits au carnage et ont obtenu ainsi de plus grandes chances de survie; au lieu de chercher à diminuer la fréquence ou lintensité de la guerre, il serait plus rationnel, ct plus facile de limiter son étendue quant aux personnes en augmentant le nombre de celles qui y échappent. Il y à des individus, mais pas de nalions civilisées : conséquemment, il serait absurde de donner une règle unique à des collectivités dont certains membres sont incapables ou indignes de vivre dans la paix. Pourquoi interdire la guerre à ceux qui y trouvent leur stimulant, leur plaisir ou leur intérêt? Que ceux-là la fassent et que les autres s’abstiennent ! Ceux qui préconisent ce procédé le présentent comme antirévolutionnaire, comparé au désarmement, et progressif. Il a, disent-ils, l’avantage de donner un résultat positif immédiat et d'éviter à la minorité de pacifiques déterminés l’attente des retardataires, où l’imposition, à la masse moutonnière, d’une solution valable seulement pour les plus avancés, et permet de capitaliser les énergies pacifiques.

Le raisonnement est, en apparence, rempli de bon sens, mais, comme la justice, la logique poussée à lPextrême tombe dans son contraire. Elle ne gouverne pas. et ne peut gouverner le monde, quin’est pas une construction de esprit. Si l’on ne tenait compte de lopportunité et des contingences, le même raisonnement qui justifie la souveraineté nationale devrait, amené à ses limites, la condamner au profit de la souveraineté individuelle, de l’anarchie : quoique distinct de la suppression des États, le procédé que nous discutons y aboutit presque infailliblement ?, car on ne voit pas comment serait organisée l’immunité guerrière, et

1. Doctrine admise par nombre de théologiens et de publicistes, et pratiquée par quelques seclaires, Anabaptistes, Quakers, Mennonites, Doukhohortsi, Tols-

toistes, Anarchistes el littérateurs. .— Guy de Maupassant, Sur l’eau, p. T1 : siles peuples se servaient de leurs armes contre ceux qui les leur ont données pour

massacrer, ce jour-là, la guerre serait morte. — H, Fèvre, Rev. mod., 1892 : Ou’elle soit au moins facultative, la guerre! — Pendant la g. de Sécession, A. H. Lowe;,

fondateur de l’Universal Peace Union, et ses amis refusèrent de se battre; on les mit à l’amende, en prison; Lincoln les employa comme ambulanciers et dés lors

iis s’exposèrent mainte fois.

2. Un professeur et ancien député aux Cortès a proposé au Congrès des amis de

la Paix de 1818 (Cte-rendu, p. 91) que les déclarations de guerre soient soumises à

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