DÉSARMEMENT COLLECTIF ET SIMULTANÉ
défiance. Mais elle constitue aussi un moyen indispensable de se préserver, tant qu’on se sait menacé. En la maintenant dans de justes limites, on peut d’ailleurs rendre manifeste qu’elle n’est dirigée contre personne et par conséquent pas dangereuse. Contre cette opportunité de rester armés, ilest absolument vain d’opposer qu’on ne se sert pas des canons. € Si vous avez un fusil, vous n’en aurez probablement pas besoin ; si vous n’en aviez pas, vous en auriez probablement besoin. » (Roosevelt.)
Le désarmement doit venir à la suite d’une diminution sensible du risque de guerre, et non pas la précéder ‘, car ce risque a des causes plus profondes encore que lexistence des armées et même du militarisme. Les canons fussent-ils tous détruits et les hommes n’eussent-ils, pour se battre, que des instruments rudimentaires ou même leurs seuls poings, cette situation ne les en empècherait, s’ils en éprouvaient l’envie, pas plus qu’elle n’y a suffi chez nos ancêtres. Il faut compter sur l’inhibition mentale plus que sur ce prétendu obstacle matériel. La question relève de la psychologie, de éducation plus que de la technique mécanique. Le désarmement moral doit procéder le désarmement matériel. Ce dernier ne saurait donc être immédiat.
En somme, les deux obstacles précédents ne sont pas insurmontables, puisqu'ils se ramènent à une question de temps. On a formulé, moins à propos du principe que de la réalisation, d’autres objections, encore moins absolues : € 1° Aucun État libre, dit-on, ne consentira à un changement quelconque dans sa situation vis-à-vis d’autres États, si ce changement doit avoir pour effet, soit de diminuer sa force défensive, soit d’entraver son développement. 2° Nul État indépendant ne se soumettra à une ingérence dans Padministration de ses revenus ou de ses autres affaires intérieures *. »
A la première de ces critiques, il serait facile de répondre qu’il suffit d'assurer la proportionnalité de la réduction *, de facon à maintenir Ja proportion présente des rapports entre les
4. Bara, p. 200 : suivre l’organisation de la justice internationale; F. Passy, Magalhaës-Lima, Réveillère; Kamarowsky, p. 483; Revon, p. 527; de Roquefort, p. 274. — Contra : Rev. libér., avril 1889, p. 133 s; R, de la Grasserie, p. 11; d’Armstrong, p. 13 : avant l'arbitrage ; Fromentin, p.171, et Dupasquier, p. 189 : immcdiat. (C’est dire que l’organe doit disparaître avant la fonction. Toutefois il n’est pas nécessaire que toutes les causes de liliges soient disparues.) — Pradier-Fodéré, t. VI, p. 184 : oiseux.
2. J. Lorimer, La quest. du dés. et les diffic. soulevées au point de vue du dr. intern., R. dr. int., 1887, p. 412. — Contra : Thuillier, Désarm. el conséq. écon.
3. Mérignhac, #. ; Lorimer, Inst. of the law of nations (ou tr. fr. Nys), 1. V, ch. 1, et R. dr. int., 1885, p. 50 : le désarm. proport. — R.q. dr. int., 1894, p. 514,
puissances des divers États. La difficulté ne serait que reculée. Il serait malaisé, en effet, d'éviter que le centre de l'équilibre ne fût déplacé. La base des calculs (chiffre et qualité des ellectifs actuels) est indéterminée, et la proportionnalité mathématique simple aboutirait à une disproportion militaire : 550.000 hommes préparés à la guerre n’auraient pas, toutes choses égales, contre 500.000 les mêmes chances de succès que 2.200.000 contre 2.000.000. Mais on résout à chaque instant des problèmes similaires dans les traités de commerce et il suffirait qu’on ne puisse déterminer a priori de quel côté se trouve la perte ou le profit. Le désavantage subi par une nation dans la fixation du pied de paix serait d’ailleurs singulièrement atténué par l’impossibilité de limiter le pied de guerre (ce qui ne supprime pas l'avantage d'empêcher l’ingérence de la guerre dans la paix). Le nombre des soldats et des armes et la préparation à la bataille ne constituent pas, en outre, les seuls facteurs de puissance militaire et de succès guerrier et le fait que les autres facteurs jouent un rôle plus considérable diminuerait l’importance des erreurs commises sur les premiers, rapprocherait les éléments de supériorité militaire des éléments de supériorité sociale et susciterait l’émulation dans la poursuite de ces derniers. La prévision d’une résistance efficace d’un ennemi moins fort que soi suffit d’ailleurs le plus souvent à éviter le recours aux violences et à sauvegarder l’indépendance des faibles.
Des nécessités spéciales, objecte-t-on encore, exigeraient que certaines nations possédassent des effectifs plus considérables que certaines autres. Mais la situation des pays à frontières ouvertes où non naturelles, ou bien entourés de pays puissants, n’est pas moins dangereuse dès le temps présent. Quant aux besoins de la colonisation et de ordre intérieur, ils se restreignent à des effectifs si peu élevés que leur inégalité d’État à État ne saurait porter ombrage.
Supposons acceptés par les intéressés le principe et les bases de la réduction : ne resterait-il pas un obstacle à son accomplissement dans Pabsence de garanties ? Comment se prémunir contre le défaut possible de sincérité dans l’exécution des engagements ? Ne serait-on pas placé dans cette alternative, dont les deux termes sont inacceptables : ou bien de se fier à la bonne foi des contractants, contrairement à la vraisemblance, ou bien de la contrôler, de s’immiscer dans leurs affaires, en violation de l'indépendance des nations ? — Une convention de désarmement