DÉSARMEMENT PROPORTIONNEL ET PROGRESSIF
n’est concevable qu’en un temps et chez des nations où règnerait la confiance mutuelle. La bonne foi est présamable avec une probabilité croissante, à mesure que les diplomates et les gouvernants s’aperçoivent que, dans leur intérêt même, le Prince de Machiavel n’est pas un modèle à imiter. Les affaires publiques sont traitées au grand jour, sous le contrôle de la presse (et des agents officiels ou non de l’étranger). On ne peut songer à rendre clandestines les opérations. de la conscription ni, par une complicité unanime, à préparer de formidables armées dans le secret.
Il parait inconcevable qu’on fixe à chaque État l’organisation de ses effectifs ou l’emploi de ses crédits militaires : l’un ne pourrait-il dès lors se préparer à l’offensive, concentrer ses troupes près de la frontière, utiliser les fonds à des armements plutôt qu’à des fortifications défensives, alors que son voisin ferait exactement le contraire ? Mais est-il besoin de s’immiscer dans les affaires d'autrui pour apercevoir la supercherie? Et, dans ce cas, le pacte n’est-1l pas rompu pour cause d’inexécution et ehacun ne reprend-il pas sa liberté ? Si on objecte qu’en s’endormant dans la confiance on se sera laissé devancer, ne peut-on répondre qu’il en est exactement de même à l’heure actuelle ? À supposer même que l’une des parties trouvât dans le marché un léger avantage, n’est-ce pas le sort de tout marché, et n’y gagnent-elles pas considérablement toutes deux ? Il serait même assez simple de parer à toute fraude, à toute surprise : pour éviter une trompeuse surélévation réelle ou fictive des troupes, au moment du calcul, on n’a qu’à tabler sur la moyenne du pied de paix des années précédentes ou à prendre une base indépendante (comme le chiffre de la population) qui permettrait de tenir compte des variations ultérieures ; pour se garantir contre une inexécution ou une violation postérieure subreptice, telle que Le passage de toute la population sous les drapeaux (Prusse sous Napoléon), il suffit de rendre la réduction progressive *.
4. Mérignhac, L’arb., p. 512, et Conf. int., p. 42; Kamarowsky, Quelques réfl. sur les arm. croissants, R. dr. int., 1887, p. 419. — Le défaut d'unité des théories dissémine l'effort. E. de Girardin préconise tantôt la suppression radicale des armées (Dés. europ., p 19), tantôt leur réduction à 1/200 de la population et leur industrialisation, tantôt l'abolition du service obligatoire (4bol. de l’escl. mil., p. 25, 160). — Les uns préfèrent une armée nationale (Dupasquier, p. 205), avec service obligatoire jusqu’à trente ans et illimité pour les professionnels (Block, L'Eur. pol., p. 152); d’autres, des armées soldées et des gardes nationales, ou une armée internationale (Pecqueur, III, 4, p. 222; quelques-uns, confondant les défensives, militaire et politique, se contentent de simples milices (J.-B. Say, £c. pol., t. Il
Désarmer le personnel est peu compliqué : une loi y suffirait!. Qu'adviendrait-il par contre de l’immense matériel de guerre, des fortifications et des navires? Il ne saurait être question de détruire l'énorme capital qu’ils représentent; mais alors dans quelle mesure les entretiendrait-on et les renouvellerait-on ?
La contradiction ou l’absence de solutions sur plusieurs des points précédents appelle une longue élaboration théorique. La difficulté pour les pourparlers ultérieurs d'aboutir s’accroitra encore par les malentendus, les craintes d’être trompé ou lésé. « Des deux côtés, on sera disposé à attribuer une grande valeur à ses concessions, tout en dépréciant celles du voisin; on redoutera une situation nouvelle qu’on n’aura pas expérimentée. » (Reuter.) Espérons cependant qu’une certaine largeur de vues empêcherait la discussion de ressembler à Çun marchandage entre gens avaricieux ». La présence de tiers impartiaux présenterait des garanties et Le fait que chacun jouerait tour à tour le rôle d’intéressé et celui de tiers encouragerait peut-être même aux ménagements mutuels.
La plus grande difficulté qui contre-balance les avantages économiques résulte des épineuses questions politiques à solulionner préalablement, faute de quoi la convention serait une duperie. L’obstacle toutefois n’est pas insurmontable, et un nouvel échec ne donnerait pas lieu de désespérer. Le désarmement, auquel ne s'opposent que des difficultés relatives, n’est done pas radicalement impossible, et, en tous cas, demeure désirable ?.
La réduction des armées suivra la diminution du risque de guerre et celle-ci suppose, non l’absence, mais la résolution pacifique des conflits. € Pacifique » n’est même pas assez : il faudrait dire € juridique », car il se pourrait qu’une nation fût assez puissante pour imposer sa volonté, sans violence, par la seule menace de sa force. T’arbitrage a précisément pour rôle de faire régner la justice entre les peuples. Loin qu’il consti-
tue un instrument d’oppression, il serait plutôt à craindre qu’il
p. 292; Pecqueur, p. 228, et référ.), ou même comptent uniquement sur les soulèvements populaires improvisés (L. Henry, p. 192)...
4. Moch, Désarm., p. 31 : non par licenciement, mais par non incorporation, (augmentation de la taille légale, dispenses, diminution de durée); solde réduite aux gradés libérés...
2. Contra : Steinmetz, Krieg, p.51; von Reichenau, Einfl. der Kultur auf Krieg u. Kriegrüstung, p.2 $, 52; gel Lewal, La chimère du dés , p. 63, 81, 12 : il ne peut venir qu’après l’arbitrage, lui-mème pure fantaisie, et équivaudrait « à la suppression des pompiers. à la destruction de l’assurance mutuelle pour l’indépendance de notre paix » (?).