‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 453 sur 471 · PHILOSOPHES ANCIENS ET CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

PHILOSOPHES ANCIENS ET CHRÉTIENS

créateur a-t-1l fait un tel être pour la guerre et non pour Pamitié? La guerre, avec ses cohortes barbares, son fracas, ses déchirements, est une folie... La guerre sème la guerre : de feinte elle devient réelle, de petite immense ». Rien, à ses yeux, n’est plus impie, plus contraire au christianime que ce brigandage et ces homicides en grand !. Bourdaloue, Bossuet même et Massillon ont laissé échapper des sentences presque aussi énergiques. Fénelon à comparé au vol d’un champ ces conquêtes qui, € sous prétexte de convenances, mèneraient jusqu’à la Chine ». Les nations de la terre, dit-il, ne forment qu’une même famille, et, au lieu de se battre plus cruellement que les animaux, elles devraient contracter une grande alliance avec assemblée générale des souverains ?.

Comme à Fénelon, les guerres ne paraissent légitimes à Montesquieu * que si elles sont nécessaires. € Tant qu’on se fondera sur des principes arbitraires de gloire, de bienséance, d'utilité, des flots de sang inonderont la terre. » Le xvrrre siècle tout entier est libéral et pacifique, parfois même parmi les gouvernants et les militaires. Du champ de bataille de Fontenoy, d’Argenson écrit à Voltaire son horreur du sang ; Voltaire, dans une lettre à Frédéric 11, déplore les conquêtes : il eût, dit-il, préféré les gerbes de blé des champs de Rocroy aux moissons de lauriers qu'on y a cueillies ; Frédéric lui-même disait qu'il eût été plus satisfait d’avoir fait Afhalie que la guerre de Sept ans.

L'Encyclopédie renvoie à Grotius. Diderot #, d’Holbach montrent que la même morale, les mêmes devoirs s'imposent aux nations comme aux individus : stupidement, dit ce dernier, le peuple se fait le champion du délire et des iniquités de ses maitres, que Phistoire devrait couvrir de honte pour avoir sacrifié inutilement la vie des citoyens.

Par leur idée d'ordre providentiel ou naturel, les Physiocrates,

1. Erasmi Colloq. famil. Opera, t. 1, p. 823; Adagiorum, IV, 1, 4, Op., t. IF, p. 951$; Querula Pacis undique Gentium ejectæ profligalæque, Lugd., 1529; Polemos, sive Belli destestatio, Col.; The complaint of Peace (tr. angl.), 1559. — Juste Lipse, Les Politiques : C’est trop, trop. guerroyer. Paix salutaire, quand reviendras-tu nous voir? — Agrippa ab Nettesheim, De incerlit. el vanit. scientiarum, 79: La guerre est un immense homicide; les soldats sont une lie de scélérats.

2. Télém., vit, 1X, x, XI, xu1 ; Ex. de consc. sur les devoirs de la royauté, xvi-xvinr. — A la même époque : Fontenelle, Pluralité des mondes, 11. — Les publicistes, antérieurs ou postérieurs, se sont surtout efforcés de limiter les violences (v. Kaltenborn, Nys...)

3. Espr. des lois, X ; Réfl. sur la monarchie univ., 1124 (réimpr. Bordeaux, 1891).

4. Prince. pol. des souverains ; [D’Holbach], Pol, extér., p. 185, 192.

et, par un libéralisme qui lui est commun avec eux, Adam Smith", furent amenés à faire abstraction des bornes des États et à concevoir le rêve imprécis d’une république économique universelle.

Mably se demandait pourquoi il existe des frontières, Turgot, Necker ?, les deux Mirabeau, Dupont de Nemours ÿ, se proclamaient adversaires résolus des crimes internationaux. Les 6conomistes se montrent très généralement favorables aux relations pacifiques. En dehors de ceux qui ont proposé des € projets », on peut citer en Angleterre, Stuart Mill*, en France, Fourier, Bastiat, J.-B. Say *, Michel Chevalier, Dunoyer, H. et ne Passy, Paul Leroy-Beaulieu…

Le même idéal a 6t6 préconisé par plusieurs des hommes qui de près ou de loin ont participé au gouvernement où aux opérations nilitaires $. Au premier rang. pendant la Révolution, figurent l'abbé Grégoire et Condorcet 7. Au milieu des hostilités, en 1793, Isnard provoqua l’enthousiasme de ses collègues par ces paroles, prononcées devant l'Assemblée : € Les combats que se Hivrent les peuples par ordre des despotes ressemblent aux coups que deux amis, excités par une instigation perfide, se portent dans l'obscurité, Si le jour vient à paraître, ils s’embrassent et se vengent de celui qui les trompait . » En pleine épopée napoléonienne, Benjamin de Constant-Rebecque condamna l’Esprit de conquête. Si J. de Maistre trouvait divine la guerre, son frère Le

4. Recherches sur les ne de la richesse des nations, 1776, 1. I, 3, t. 20 1 IL1-%6;.t. 1, p. 5105 1. 11, 2, t. 11, p.533 : Le marchand n’arpas de ie 5 ce possesseur de capitaux est citoyen du monde.

2. Adm. des finances de la Fr., 178%, €. III, ch. xxx1v s. (Tr. en angl. : Reflections on the calamities of war, 1831.) — Mirabeau, Pacte de famille.

3. Phil. de V'Univ., 1196: Tous les êtres ont pour devoir, idéal aujourd’hui, plus tard réalisable, de s'unir; Herder, Dév. de l’hum., 1803, I, 41.

4. Dissertalions a. discussions, t. III, 2e 6da., 4875, p. 166, 171.

5, Cours complet d’éc. pol., t. II, p. 280: La paix est nécessaire au développement des facultés utiles de l’homme. Les guerres de conquête sont des crimes... — Un grand nombre des propagandistes du xix® s. ont été antérieurement cités. (Cf. Hamon, Psych. du mil., p. 198 ; Le Foyer, La q., p. 18 ; et surtout La Fontaine, Bibliogr. de la Paix.)

6. Parfois, comme disait Hoche, les guerriers deviennent philosophes, quand ils ne se battent plus. Peu de personnes parlent aussi librement qu’eux de la guerre et du métier militaire. (v. La Noue, Disc. pol. et mil., et Tavannes, dans Petitot, t. XXIII s.) Louis XIV, à son lit de mort, appela le dauphin: « Jai trop aimé la guerre, dit-il. Ne m’imitez pas. » Dans ses instructions à son petit-fils Philippe V, partant pour l’Espagne, il avait dit: « Faites le bonheur de vos sujets ef, dans cette vue, n'ayez de guerre que lorsque vous y serez forcé. » Vauban était pacifique ; Vauvenargues, dégoûté de la guerre, avait quitté le service. — Franklin, Madison, Washington ; Samuel Adams (proposition d’arbitrage, 1188), dans : Laveleye, p. 178.

7. Disc. de réc. à l'Ac. ; Proj. de const., xt; Lettres d'un citoyen des E.-U. à un Fr. ; Esquisse des progrès de l’espril humain, x, Œuvres, t. IV, p. 2317, 267.

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