‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 49 sur 471 · PRÉTEXTES JURIDIQUES · texte numérisé non relu

PRÉTEXTES JURIDIQUES

vaise foi de Pennemi, à ses intentions hostiles. En pareille occasion, où est le véritable provocateur? I devient de plus en plus difficile de le déterminer‘, d'autant plus que, souvent, chaque peuple s’imagine de bonne foi, sur l'affirmation de ses gouvernants, être attaqué ou sur le point de l'être. N’osant plus avouer franchement son:but, on se retranche derrière la nécessité, on veut prouver qu'on à été contraint et qu'on entreprend les hostilités à regret. La guerre prend un masque de contrition : c’est un signe de diminution de l'esprit guerrier, une preuve des tendances, au moins superficielles, à la pacification.

Eu Les prétextes, dit Vattel, sont au moins un hommage que les injustes rendent à la justice. Celui qui s’en couvre témoigne encore quelque pudeur; il avoue tacitement que l'injustice décidée mérite l’indignation de tous les hommes. » Leur usage signifie. en même temps que l’aveu de la bassesse des sentiments dont s’inspirent les auteurs et qu'ils cachent, le développement réel de l’esprit de justice chez ceux que les prétextes sont destinés à tromper ; ils ont pour but de rétablir au profit de l’impulsion guerrière la prépondérance que le développement de lPinhibition morale avait établie en sens inverse. [ls supposent un fossé, qu’ils sont destinés à combler, entre les principes dont on se réclame et la conduite réelle, un contraste, qu’ils voilent tant bien que mal, entre les spéculations des théoriciens du droit publie et les agissements des praticiens de la politique ?. La nécessité d’invoquer des prétextes juridiques a été certainement accrue par lexigence des € justes causes. »

Même sous ces dehors, ils servent à couvrir les prétentions les plus inattendues, à dissimuler les pires desseins. Machiavel Ÿ signale des procédés souvent employés par les princes pour provoquer une attaque qu’ils désirent et spécialement pour susciter une guerre entre eux et leurs alliés sans paraître forfaire à lPhonneur et manquer à leurs engagements : j’attaque un ami de mon allié et ce dernier, prenant la défense de son ami, me fournira

veniez à noustirer des coups de fusil chez nous, à bout portant. » (Rapport Stoffel, der fév. 4868; v. G. Heimweh, La parole soit à l'Alsace, p. 6 s.) Le « coup » de la dépêche d’Ems fut l’expédient employé pour arriver à ces fins malhonnètes. Mais la France n’était pas tout entière hostile à la guerre.

1. Aussi n’avons-nous qu’un seul mot: guerre, pour désigner les deux faces du combat, comme le mot rixe et à la différence du mot meurtre qui n’englobe pas la défense.

2, « I1 est mal, disait Frédéric le Grand, de violer sa parole sans raison... mais on trouve toujours des raisons. »

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