‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 50 sur 471 · Disc! sur les Décades de Tite-Live, 1. I, ch, 1x · texte numérisé non relu

Disc! sur les Décades de Tite-Live, 1. I, ch, 1x

l’occasion cherchée de diriger mes armes contre lui-même. Ainsi procéda, dit-il, Annibal, en attaquant les Sagontins avec Pespoir d'irriter la patience des Romains et d’avoir un prétexte de passer en Italie.

Souvent le prétexte est d’une telle extravagance que personne ne saurait le prendre au sérieux: il semble que ceux qui Finvoquent veulent se moquer de l'opinion publique. Ainsi Frédérie IT, pour s’annexer une partie de la Pologne, invoquait qu'il fallait €indemniser la monarchie prussienne de ses pertes passées. » On dépouille une personne parce que lon a été soi-même volé par une autre personne : argumentation est excellente ! — À lépoque des guerres de succession, on prétendait avoir un droit sur tel territoire en vertu d’un principe parfois tombé en désuéiude, ou, plus souvent, tiré du droit successoral privé, ou bien en vertu d’une convention oubliée depuis longtemps.

Q Un généalogiste prouve à un prince qu’il descend en droite ligne d’un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a 3 ou 400 ans, avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d’apoplexie. Le prince et son conseil voient son droit évident. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu’elle ne le connaît pas, qu’elle n’a nulle envie d’être gouvernée par lui; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement ; ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d’hommes qui n’ont rien à perdre; 1l les habille d’un gros drap bleu à cent dix sous l’aune, borde leur chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche, et marche à la gloire !. »

À partir de la chute de l'empire de Charlemagne, le souci constant de nos rois fut de le rétablir dans son intégrité première ou même de Pagrandir encore; mais on cherchait à présenter comme une voie de droit ce qui n’était au fond qu’une voie de fait. Richelieu prétendait rendre à la France ses frontières naturelles ?. On répétait, après Louis XIV, que telle contrée appartenait naturellement à la France € comme alluvion du fleuve français » parce qu’elle lui avait appartenu € autrefois ».

4. Voltaire, Dict. phil., vo guerre; Œuvres, Hachette, t, XIII, p. 530. 2. Peut-être les étendait-il un peu loin? (Laurent, op. cit., t. X, p. 210.)

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