‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 52 sur 471 · MOYEN D’'ÉLUCIDER LES AFFAIRES INTERNATIONALES · texte numérisé non relu

MOYEN D’'ÉLUCIDER LES AFFAIRES INTERNATIONALES

nant ses armes à travers Europe, conquérir à la France ses frontières naturelles : les plaçait-il done aux environs de Moscou? — Des contemporains ne tirent-ils pas, de Papplication inexacte de principes justes, comme ceux de race ou de nationalité, le prétexte de visées aussi risibles à Pexpansion ? Une femme d'élite, et d'esprit cependant libéré ‘,ne va-t-elle pas jusqu’à dire que la France € peut se targuer de son nom même pour revendiquer le pays des Francs qui s’étendait, encore du temps de Charlemagne, entre PEscaut, la Meuse et le Rhin et comprenait même la Franconie allemande, c’est-à-dire toute la vallée rhénane jusqu'aux sommets opposés. » Ce fut, ajoute-t-elle, une faute grande à nos rois, de n'avoir pas dès le moyen-âge pris pour objectif de leurs conquêtes les villes flamandes et wallonnes, Cce qui leur aurait valu l'acquisition de frontières naturelles et de populations kymriques facilement assimilables par leurs parents celtiques. »

Contre lPémission de prétentions aussi injustifiées, il n’y a guère de remèdes: on ne peut compter que sur le perfectionnement intellectuel et moral de Phumanité. Pour éviter qu’elles n’enveniment les conflits et les fassent dégénérer en crises belliqueuses, 1l fallait la réunion de deux conditions : existence de certaines institutions et d’un certain état d'esprit. La Conférence de la Haye a réalisé la première : afin de circonscrire nettement les prétentions en présence et d’éviter l’ingérence non seulement de prétextes, mais même de considérations sincères d’ambition, de dignité, d’amour-propre... étrangères aux débats, elle a réglementé le fonctionnement et les conséquences des Commissions internationales d'enquêtes sur les faits relatifs aux différends internationaux ?. Ce moyen aurait le meilleur effet pour délimiter et définir la question. — Il ne reste plus qu’à réaliser la seconde condition, la plus difficile. L’éclaireissement et Padoucissement de la querelle ne peut en résulter que si le procédé est appliqué avec sincérité et si ceux qui ont à l’employer peuvent faire fond sur la bonne foi et le sang-froid des populations, — ce qui exige

4. Mme Clémence Royer, J. des Econ., 1880, 1v, p. 241. — Le pangermanisme, qui n’est guère plus justifiable que le panceltisme, invoque des arguments moins subtils, plus brutaux.

2, GConv. pour le règl. pacif. des conflits intern., art. 9-14. — M. H. La Fontaine a proposé au Congrès universel de la Paix de 1900 (Bull. off., p. 121) qu’on crée, à côté des Commissions officielles, une organisation internationale officieuse pour effectuer les enquêtes, au cas où les gouvernements n’auraient pas encore eu recours au procédé.

le développement de la conscience populaire. La première application qui en à été faite permet de grandes espérances : la commission instituée au sujet des incidents de Hull entre la flotte russe et des chalutiers anglais (1904) a montré que, quelles qu'aient été les circonstances, il était impossible de parler d’un attentat » (comme lavait déclaré d’abord le ministre anglais lord Selborne) et que par conséquent la dignité de l’Angleterre n'était nullement compromise. Il y a lieu d'espérer qu’à Pavenir les gouvernements pourront par le même procédé, calmer la surexcilation de lopinion, puisque daris le cas présent ila dénoué une situation singulièrement tendue.

On lit dans maints ouvrages historiques ou pacifistes que de grandes guerres ont eu de très petites causes. Les uns croient par là discréditer la guerre ; les autres, à l'inverse des partisans des € grandes causes », €cherchent la petite bête » et voient les faits historiques à travers un microscope. Les deux tendances aboutissent à une conclusion erronée. La guerre, étant un fait de la plus haute gravité et ayant des elfets considérables, tels que la mort d’un grand nombre d’hommes, semble devoir résul- !. Les futilités dont on parle sont les prétextes ou les occasions, mais non les causes efficientes ?. Si Phomme se bat à propos d’un but peu important, d’un point d'honneur minuscule, 11 n’y en a pas moins une cause de guerre dans l’agressivité, la combativité ou pour tout dire la sauvagerie ?. Le plus souvent même, une intention longuement müûrie se cache derrière l’occasion. Préteætes futiles, causes profondes, dit le proverbe *. Dans les guerres de succession, le droit invo-

ter toujours de causes sérieuses

1. On connaît pourtant la boulade de Schopenhauer : Plus d’un individu serait homme à tuer son semblable pour oindre ses bottes avec la graisse du mort.

2. [D. Guerrini], La guerra e lo stalo sociale, 1892, p. 9: la cause occasionnelle est toujours un fait presque insignifiant, la cause efficiente est un principe (?)

3. Dans un chap. consacré aux « causes de guerre sans nom », E. de Laveleye (Des causes de q., p. 69 s.) voit cette cause dans la férocité et la folie des hommes.

4, En 41739, le capitaine Jenkins naviguait dans les eaux de la Havane; des gardes-côtes montèrent à son bord ef, furieux de ne point trouver de contrebande, lui coupérent l'oreille, L’Anglelterre réclama, l'Espagne s’obstina. De la guerre résulta la fin de la puissance maritime espagnole, certainement désirée par les Anglais. C’est bien la preuve que l’Angleterre nourrissait d’autres desseins que la vengeance de l’oreille de Jenkins, (E, de Laveleye, ib.). Mézières (Poémom., p. 135) y ajoute la fatigue de la paix.

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