APPRÉCIATION ÉCONOMIQUE DU PILLAGE
vénient quelconque, ou le sentiment de l’immoralité de son action (lequel n’est au fond que le précédent motif, instinctif ou devenu habituel) ; ou bien, s’il se représente le danger qu’il courra, il le sent moins vivement (parce que c’est un état désagréable et éventuel) que le plaisir de la satisfaction (qui s’harmonise mieux avec son état actuel et lui parait immédiat). Aucune croyance n’intervient qui puisse faire contrepoids : il ne conçoit pas d'autre alternative que appréhension directe. Il ne connait peut-être pas le travail, ou bien, ses ancêtres ayant assez peu et depuis peu de temps pratiqué Peffort suivi et méthodique, il éprouve pour lui, comme cela à été constaté, une aversion naturelle. Ou bien il est impuissant à concevoir le processus de l'échange, — étant incapable de juger une quantité, une valeur, et à fortiori d’en comparer deux, de prévoir que les conséquences de la possession de l’objet acquis égaleront ou surpasseront pour lui celles de l’objet cédé. (On à vu des nègres échanger un royaume ou un objet de première nécessité contre un colifichet.) Dès lors, quel moyen employer pour se procurer ce que le besoin exige ou ce qu’il désire comme si un besoin essentiel l’exigeait, et dont il est dépourvu ? Il prend. (Des sauvages ont dévalisé les voyageurs, à qui ils donnaient une hospitalité sincère, tant ils sont incapables de saisir la possibilité de l’échange pour se procurer un objet ardemment convoité. D’autres, qui ont consenti un échange le matin, redemandent le soir leur prestation, dès qu’ils en ont besoin ou la désirent de nouveau.) — Si même le primitif réfléchit un peu, s’il conçoit la production ou lPéchange, — et c’est le second cas —, il lui semble, pour obtenir un objet, beaucoup plus expéditif de le ravir à autrui que de se donner la peine de le produire ou d’en céder un autre. Il croit S épargner un effort. Voilà ce qui, très souvent, à fait préférer même par des hommes beaucoup plus cultivés, le vol, la rapine, la guerre, Pexploitation unilatérale et violente, au travail productif, à l'échange, à la coopération.
Comment pourrait-on remédier à cette situation? Dans le premier cas, en l’absence de réflexion, on peut appliquer Péducation, la formation du moi, la réforme des impulsions, la transformation de l'acte impulsif, objet direct de désir, en acte téléologique qu'on pourra démontrer n'être pas adapté à sa fin. Si elles ne suffisent pas, on accentuera par une sélection artificielle l'élimination qui frappe naturellement les hommes et les groupes peu adaptés qui préfèrent le vol au travail et à l'échange. CE
sera dautant plus utile que lPhonnêteté individuelle ou collective habituelle, la notion de la nécessité de la réciprocité des prestations et des services, manquent encore chez beaucoup de peuples et de gouvernements. — Dans le cas où le pillage, Pexploitation unilatérale, sont des actes téléologiques, raisonnés, la volonté de les accomplir résulte d’une croyance erronée au sujet du moyen le mieux adapté à la satisfaction du désir. Il suffit donc pour les éviter de réformer cette opinion !, en montrant par où elle pèche, c’est-à-dire en justifiant la proposition sus-énoncée : La production et l'échange sont, économiquement, préférables au pillage.
Tout être cherche à utiliser les autres pour ses propres buts. I] a, théoriquement, deux moyens pour y parvenir : Putilisation sans réciprocité, par la violence, et Putilisation réciproque, pacifique. Le second est idéalement mieux adapté, car il nécessite une moindre perte de forces, fournit une somme algébrique plus considérable d'efforts convergents, réalise une économie, permet une plus grande adaptation du milieu à nos besoins.
Au point de vue de lintérêét général, au total, ce n’est pas douteux, car la guerre, le pillage ne produisent rien, ils détruisent. Hommes, c’est-à-dire producteurs, outillage militaire, outillage productif, objets de consommation, maisons... tout cela disparaît par le meurtre, la fureur destructive ou l'incendie. La masse de richesses à partager se trouvant moindre, la part de chacun l'est aussi; où bien si le prélèvement dobjets mobiliers ou de tributs remplit le Trésor d'un Etat ou enrichit quelques-uns de ses nationaux, c’est done nécessairement aux dépens de leurs compatriotes et de l'étranger. Ce que l’un gagne, l’autre le perd. H faut bien que À ait produit ce que B s’approprie, sinon, au cas où tous deux chercheraient à se dépouiller réciproquement au lieu de produre, il y aurait bien peu de chose à se partager. Le procédé, alors même qu'il profiterait à l’un ne saurait donc être généralisé ?,
1. Comme dans toute guerre, et même dans toute action, la part de croyance est plus facile à extirper que celle de désir, même quand la croyance est passée par habitude à l’état de foi.
2. Novicow, Les gaspil. des soc. modernes, p. 107: Soient deux hommes sur la terre. Ponr que A puisse s'emparer du bien de B, il faut que B produise. Si lui aussi n’a d’autres occupations que de dérober ceux de A, aucun d’eux n’aura quelque chose à prendre à l’autre, Hypothèse où B travaille : si A et B font de la besogne, l’adaptation de la planète à leurs besoins s’opérera deux fois plus vite que si B travaille seul. Si A et B travaillent 50 ans, ils verront une adaptation
égale à x; si A dépouille B, il verra seulement une adaptation égale à Depuis