SUPÉRIORITÉ DE LA PRODUCTION ET DE L'ÉCHANGE
Mais au point de vue de l’intérét personnel des parties en présence ? L’une d’elles, certainement, perd, et on n’est pas certain,
d'avance, qu’on ne sera pas celle-là : il y à donc risque. L’autre, outre qu’elle court ce risque, a-t-elle vraiment un avantage ? Pour le rechercher, nous supposerons le cas extrêmement simplifié où il ne s'agirait que de deux individus (les mêmes raisonnements s'appliquant à un plus grand nombre, à deux ou à plusieurs collectivités).
1e Hypothèse. Des deux individus, À seul produit pour satisfaire ses propres besoins et ceux de B (exploitation unilatérale). À doit fournir la somme totale 100 du travail productif. B doit s’employer à le contraindre par la violence ou par d’autres procédés (ruse, suggestion, etc.) L'entreprise comporte de grands risques : d’abord celui d’échouer, puis celui de voir dans la suite les rôles renversés. Les pertes réelles qu’il subit et Peffort qu’il déploie, initialement pour établir le joug ou d’une façon permanente pour le maintenir, sont plus considérables qu’on ne le croit ordinairement. I faut qu’il monte la garde auprès du produit de son vol après s'être battu et s’être fait blesser pour lobtenir : d’où des frais d’armements et des travaux militaires pénibles, avant, pendant et après la lutte. Son effort n’est pas loin d’égaler, s’il ne le dépasse, celui de sa victime. Et pourtant il ne peut prendre pour lui seul toute la richesse produite par A, et est bien forcé de lui laisser au moins le nécessaire pour conserver sa force productive.
2 hypothèse. À utilise Bet B utilise À à leurs fins respectives ; tous deux travaillent à la satisfaction de leurs désirs. S'il y a simplement morcellement du travail, chacun travaillant indépendamment pour soi seul, leffort total fourni pour produire la même quantité est au plus égal à 100. S'il y a division du travail avec échange, la somme d’effort à fournir est moindre que 100 au total”. l’apparition de notre espèce sur la terre, il y a eu des hommes qui ont produit la richesse et d'autres qui ont vécu en la leur dérobant. Si tous avaient travaillé, la face du globe serait toute différente, — Novicow attribue cette situation à l’erreur céésohédonique, ou confusion de la richesse avec la propriété, et à la confusion du travail avec la souffrance. ;
4. L'école anglaise a ainsi établi, toutes choses égales, les avantages de l’échange libre. Outre l’avantage de pouvoir se procurer des choses qu’on ne pourrait produire soi-même, on obtient à meilleur marché celles même que lon pourrait produire. Supposons, pour le démontrer, qu’une unité de pouvoir productif puisse produire, dans la contrée À, 10 hectol. de blé ou 100" de drap; en B, 145 de blé ou 70" de drap. Avant l'échange, 4 unités de pouvoir productif donnent au total : 25% de blé, 170% de drap. Après établissement de relations d'échange,
chaque pays se spécialise dans la tâche où il est favorisé par ses aptitudes ou par le milieu; chaque couple d'unités produit : en A, 200" de drap, et en B, 30h de blé:
I y a done avantage pour A et Bconsidérés globalement, par rapport à la {re hypothèse : ensemble, ils gagnentau moins l'effort decontrainte B(presque égal et quelquefois supérieur à 100)et, au plus, cet effort, plus l'avantage produit par la division du travail. Il y à de même avantage pour chacun d'eux isolément : chacun d’eux fournit au plus 50, ou 50 moins une fraction de Péconomie due à la division du travail. Pour que B soit désavantagé il faudrait que dans la 1° hypothèse son effort de contrainte, qui oscille vers 100, soit de beaucoup inférieur à 50. Mème s’il l'était sensiblement, il aurait encore un avantage, à raison de la suppression des pertes de la préparation, de la lutte et de la garde ; à raison de l'élimination des risques de non-réussite, de refus, de rébellion ; à raison du surplus de rendement de travail libre de À; à raison de Pabondance, de la variété des produits échanger et de la propension à les échanger plus volontiers ; raison de l’avantage physiologique et moral qui existe pour B employer son activité à un travail suivi pour ne pas subir la déchéance du parasite !, à ne plus penser que le profit de lun est fait de la perte de l’autre. De plus, leffort de contrainte nécessaire tend en fait à augmenter, plutôt qu’à diminuer, avec le temps, par l’équilibration croissante des individus dans le groupe et des groupes entre eux, et surtout par Pimpraticabilité plus grande des moyens de coërcition (vulgarisation des facteurs matériels et moraux de résistance à l'oppression) ?. Enfin si A et B consacralent à la production le total des efforts qu’ils dépensaient dans la première hypothèse, 11 y aurait plus que doublement de la richesse produite : d’où, avantage pour chacun, puisqu'il n’avait auparavant qu'une fraction de son montant simple, et en particulier pour B qui évite les pertes et les risques. Done, passif moins considérable, actif plus abondant que sous le régime du
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c'est-à-dire qu’il y a un excédent de 30" de drap et 5 de blé par rapport à l’état antérieur. — Autre démonstration. En A, l’effort global pour produire le drap dont A à besoin s’exprime par 100; le blé, par 120; en B, le blé dont B a besoin par 400, le drap par 120. Chaque pays, pour se suffire dépensera un effort égal, avant l’échange, à 220; après, à 200; soit une économie totale de 40 unités d'effort. — Dans tout échange, pour chaque partie, la valeur de la chose reçue s’apprécie par la valeur de la chose qu’elle cède (Loi du coût relatif de production),
1. Les fourmis aristocrates sont incapables de porter elles-mêmes les aliments à leur bouche, si les esclaves leur manquent : elles meurent.
2, Tout le monde connaît aujourd’hui les découvertes de l’ordre matériel qui surviennent, et il est bien diflicile de cacher les applications qu’on en fait aux armements. D'autre part, on éprouve moins de respect pour les barrières morales et sociales qui ne correspondent pas à des suptriorités réelles : la domination par un peuple ou une classe à raison d’un titre, d’une « qualité », d’une ré” putation qu’il ne mérite pas, s'efface.