ORIGINE DE L’ÉCHANGE
pillage. € Quand on vole son prochain, on se vole indirectement, on se fait tort à soi-même, puisqu'on diminue la somme des utilités offertes sur le marché‘. »
On voit par là que lPéchange correspond au même but que le vol : la satisfaction d’un désir personnel. Il à le même rôle, mais il le remplit mieux et doit, par conséquent lui être substitué. L'évolution, en fait, tend à réaliser sans cesse plus complètement cet idéal, d’abord dans les relations individuelles, puis dans les rapports collectifs. Grâce au développement psychique, à lintervéntion de la volonté réfléchie là où s’exerçait antérieurement le désir impulsif, forcément unilatéral, s'opère une substitution croissante de la coopération, de la mutualité de satisfaction des désirs, de échange, à l’exploitation sans réciprocité et autoritaire, au vol.
L’'échange a une double source. Il est né du confluent de deux courants de sens inverses. Le présentet le vol ont, au point de vue psychologique, un caractère commun : tous deux résultent d’un désir impulsif, sans connexion établie avec un désir analogue chez autrui ; ils ne comportent pas le chassé-croisé de satisfactions que présente l’échange. Seuls, ils peuvent exister primitivement, eten réalité ils coexistent ordinairement dans les sociétés tout à fait primitives ?. Les cadeaux, faits spontanément ou provoqués, la rapine, suppléent alors à l'échange, pour atteindre la même fin : assurer la satisfaction des besoins, et, en particulier, échapper à l’étroite dépendance du sol (par suite de Pabsence de procédés perfectionnés pour en tirer parti, ce qui varierait les productions, — de l’étroitesse de l’économie domestique fermée, — de l’impraticabilité des voyages) *. Cela explique la fré-