‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 79 sur 471 · Novicow, 1b.; Les luttes, p · texte numérisé non relu

Novicow, 1b.; Les luttes, p

2, Hostis et le gothique gast, qui est le même mot, ont chacun un double sens significatif : ennemi que l’on tue (hoslire, tuer) et hôte que l’on régale (ghas, manger, en sanscrit) (Jhering, tb., p. 228). Cela montre l’incompréhension de l’échange et l’incertitude du sort de l’étranger, à qui on fait ou un bien ou un mal désintéressés, mais avec qui on ne conçoit pas la réciprocité de l’échange,

3. K. Bücher, Etudes, p. 14, 5l : les occupations et les moyens de subsistance du sauvage sont strictement déterminés « par le petit morceau de terre dont il s’est rendu maître ». — Montesquieu, Gr. et déc., eh. 1 : Rome étant une ville sans . commerce et presque sans arts, le pillage était le seul moyen de s’enrichir. — Id., Esprit des lois, xxx, 3 : « Vous persuaderiez aux Germains, dit Tacite, bien moins de labourer la terre et d'attendre l’année, que d’appeler l’ennemi et de recevoir des blessures; ils n’acquerront pas par la sueur ce qu'ils peuvent obtenir par le sang. »

quence originaire des vols, du brigandage et des dons *. Cela explique aussi que, procédés grossièrement ajustés pour remplir la même fonction que léchange, ils la remplissent moins bien ? (ce qu’on ne saurait reprocher aux primitifs, qui n’ont ni € nature économique » ni raison, leur permettant de connaître Péchange). Cest ainsi qu'aux Marquises, les montagnards et les habitants des plaines, se livrant par suite des différences orographiques à des cultures diverses, se razziaient mutuellement ; les premiers enlevaient aux seconds les fruits de leurs arbres à pain, et les seconds volaient aux premiers les bananes du musa fehi %. Or, si nulle part n'apparaît mieux, outre l’incompréhension du commerce, la possibilité de profiter, par le pillage, de la différence des productions déterminée par la nature du terrain ou la spécialisation des activités, — nulle part non plus on ne mesure mieux l’énorme supériorité que présente l’échange pour atteindre la même fin. La donation, certes, n’a pas les mêmes défauts, mais elle n’est pas toujours exempte d’imperfections : les sauvages dont parlent Cook et d’autres voyageurs, redemandaient le soir ce qu’ils regrettaient d’avoir donné le matin; Péchange, non révocable au gré d’une partie, présente par rapport à ce procédé, avantage de mieux assurer la stabilité économique. D’autre part, le présent n’est pas toujours absolument désintéressé : et dans ce cas, si la contre-prestation attendue fait défaut, on manquera son but.

L'échange remédie aux deux excès inverses, il est intermédiaire, ego-altruiste, et de ce caractère dérive pour lui Paptitude à remplacer le vol (ce qui est souhaitable totalement) ou les présents #. Du présent, on est passé à l'échange, à la fois, intentionnellement ou non, à cause de ses défauts et par une évolution automatique. Le bénéficiaire se sentait Cobligé » de répondre par un autre présent, il s’exécutait d'autant plus volontiers qu’il était content, flatté du cadeau reçu. Un cadeau en appelle un au-

1, Spencer, Soc., &. III, p.111 s : présents entre égaux, aux supérieurs, aux dieux, aux inférieurs... — Dominus, de do, je donne, — Le primitif se dépouille volontiers et pratique peu l’échange; de même l’enfant, sauf imitation.

8. Le don et le vol étaient pour ainsi dire complémentaires. Le don portait plutôt sur les objets dont on était pourvu en abondance et autrui dépourvu, et le vol sur celles dont on manquait et qu’autrui possédait, L’échange rétablit plus directement l’équilibre.

3. Mœrenhout, Voyages aux îles, 11, 38; dans Letourneau, L’évol. pol., p. 495; La g., p. 189.

4. Un grand nombre des actes qui ont la forme d’une donation sont conçus par leur auteur comme fournissant à autrui la contre-prestation d’un service rendu par lui antérieurement,

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