EXPLOITATION UNILATÉRALE ET COOPÉRATION RÉCIPROQUE
procité. Cela est possible sans déchoir, sans renoncer à un droit ou à un devoir, Car nous n’avons pas le droit d'exploiter autrui, ni lui le devoir de repousser notre offre amiable. Cela est probable, sil s’agit d'obtenir une chose qui n’a pas pour autrui une valeur considérable et si nous pouvons lui en offrir un équivalent qui le satisfasse et dont la cession ne nous coûte pas plus que ne nous vaudrait l’objet désiré.
Pourquoi les nations persistent elles à employer le premier mode, de préférence au second? L'intérêt qu’on à à s’en abstenir, la crainte de la réaction ont l’inconvénient de devoir être calculés dans chaque cas qui se présente, d’être évalués trop faiblement et de ne pas tenir suffisamment compte des réactions hypothétiques. Chez Pindividu, ils sont précédés, remplacés ou renforcés par une répulsion instinctive, une inhibition morale, qui généralise et ne distingue pas suivant le plus ou le moins des avantages et des risques. Mais, chez les nations, la crainte du châtiment est moins forte que chez les imdividus (tandis que les compagnons du lésé se solidarisaient avec lui, la nation lésée est réduite à ses propres forcés pour obtenir vengeance ou réparation; et ceux qui décident la guerre peuvent espérer qu’ils échapperont à sa nuisance) et les obligations morales ont moins d’influence, soit que les gouvernants en aient moins le sentiment d’une façon générale que les particuliers, soit qu’ils Paient moins en tant que gouvernants qu’en tant que particuliers : ils croient permis pour PEtat ce qu’ils considéreraient comme un crime pour leur propre compte; leur morale d'Etat n’est pas leur morale personnelle. Pour y remédier, il faut encourager au respect de la personnalité et de indépendance des autres nations celles qui auraient la tentation d’y attenter par la spoliation ou la contrainte, et éveiller entre elles le sentiment de leur étroite solidarité en leur montrant que chacune est intéressée à la prospérité des autres. Ces sentiments, à la longue, se transformeraient en une répulsion instinctive et héréditaire pour le procédé violent et unilatéral, et passeraient dans le domaine de la morale et du droit internationaux. L’évolution de fait qui s’est produite chez l'individu doit nous faire espérer dans l’avenir du processus entre les nations.
CHAPITREIII
Guerres génésiques et d’esclavage.
I. Rareté et variétés des guerres faites en vue de se procurer des femmes. — II. Évolution et appréciation des guerres faites en vue de se procurer des esclaves.
Parmi les besoins d’ordre physiologique, le plus pressant, après celui de la nourriture, est celui de la génération. Mais par la nature même des choses, il est plus facile de le satisfaire. Le processus naturel adapte le remède à la souffrance qu’il peut procurer : tandis que les matières alimentaires sont loin de croître selon la même proportion que la population, le nombre des femmes est approximativement proportionné à celui des hommes; il y aurait même plutôt, par suite des guerres, pénurie de mâles. Un être d’un sexe peut d’ailleurs en servir à la rigueur plusieurs de lPautre : en cas de disproportion des sexes, les populations y remédient plus où moins intentionnellement par la polygynie ou la polyandrie, qui ont du moins l'avantage d'éviter des guerres. En outre le besoin génésique, à la différence du besoin alimentaire est intermittent, ne demande pas aussi impérieusement satisfaction et ne dure pas toute la vie. C’est autant de raisons pour que les conflits soient plus rares. Il y a une autre raison pour qu'ils ne dégénèrent pas en guerres : c’est qu'ils sont individuels plus souvent que collectifs. Un individu s'empare par la violence d’un être du sexe opposé au sien et qui lui résiste ou bien il le dispute à un rival: ce n’est pas une affaire d'Etat. Même si les rivaux groupent autour d’eux de nombreux partisans, le besoin génésique n’est que l’occasion ou le préteæte de la guerre; parfois même, il lui est étranger : pour être dérivés du besoin de reproduction, amour inspiré par une courtisane, le désir de la posséder n’en sont pas moins différents de ce besoin. C’est pourquoi on peut, sans injure au sexe