IL -- La Fatigue
Il est assez difficile de donner une définition exacte de la fatigue. Au point de vue biologique, M"° IOTEYKO la définit : « la diminuton ou la perte de l'excitabilité par l'exercice, c'est-à-dire par un excès d’excitation ». Pour LAGRANGE, la fatigue, chez l'homme sain et normal est « une diminution du pouvoir fonctionnel des organes, provoquée par un excès de travail et accompagnée d'une sensation caractéristique de malaise ».
Rappelant l'aphorisme de LEIBNITZ : « Le rythme préside aux actes nécessaires ». A. BouTRY montre la vie animale, végétale et peut-être minérale, soumise à une « cadence d'épargne, alternée et rythmique, caractérisée par une période d'activité, d'usure, et un temps d'arrêt réparateur. Grande loi d'action et de réaction, qui crée l'harmonie ». Tous les biologistes d’ailleurs, ont décrit dans les manifestations de la vie des phénomènes de
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périodicité et de rythme. Tout individu, tout organe, tout tissu même aurait son rythme propre. L'hygiène générale enfin ne serait que l'obéissance à ce rythme. En fait, nous avons pu constater que le travail bien rythmé s’exécutait avec une certaine euphorie, à condition qu'il soit suivi d’un repos compensateur suffisant. S'il n'en est pas ainsi, l'harmonie est détruite, il y a fatigue et aussitôt douleur, Si le travail continue sans repos, la douleur augmente, le surmenage apparaît avec le début de l'usure de l'organisme et peut entraîner la mort.
La fatique est donc un état psycho-physio-pathologtque, qui se manifeste après un travail non suivi d’un repos compensaleur suffisant.
Mais cet état de fatigue est très difficile à déterminer. I! serait utile de connaître le seuil de cette fatigue. Or, ce phénomène psycho-physiologique est, au début,
“purement subjectif de sorte qu'il est difficile à appré-
cier objectivement. Pour y parvenir, les auteurs qui ont étudié cette question complexe ont cherché à analyser son mécanisme. Ils nous montrent que les phénomènes de la fatigue sont caractérisés par la diminution ou la perte de l'énergie spécifique de chaque organe ou partie d’organe ; mais l'énergie spécifique propre à un organisme ou à un tissu n’est qu'un des termes des transformations énergétiques dont il est le siège. Pour le muscle, dit M’ IorTEeyxko, à côté de la fatigue de contraction, il faut étudier la fatigue de chaleur, la fatigue des transformations chimiques, la fatigue des phénomènes électriques, etc., et, en outre, leur mode et leur tour de disparition.’ La qualité de l'excitant présente une importance réelle à côté de l'intensité dans la production de la fatigue. Certains excitants sont dits inactifs
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(addition latente, qui permet cependant d'épuiser un muscle) ; un organisme fatigué cesse de réagir au monde extérieur,
La fatigue est une défense automatique et aussi une défense consciente. Les animaux inférieurs n’ont auCcunement besoin de sentir les effets de la fatigue pour arrêter le mouvement : cet arrêt se produit automatiquement. La défense consciente exerce une action préventive et par ce fait est un phénomène intellectuel, et dont le moment doit pouvoir être rapproché le plus possible de l’arrêt automatique du travail.
Il faut distinguer dans la fatigue deux phénomènes, dit M° IOTEYKO, un phénomène physiologique, consistant dans la perte graduelle de l’excitabilité des organismes soumis à un excès de travail et un phénomène psychologique, qui est le sentiment de fatigue, apparaissant d’une façon soudaine, quand la fatigue progressivement accumulée dans l'organisme, de phénomène local est devenue phénomène général. Ce n’est que lorsqu'elle retentit sur l'ensemble de l'être vivant qu'elle parvient à la conscience. Waller admet que ce sont les centres de la mœlle qui sont les premiers à ressentir la fatigue, et pour lui, le sens du mouvement, celui de l'effort et celui de la fatigue sont des degrès d'un même phénomène sensoriel ; on observe en effet des troubles de la sensation de résistance après le travail dit AMAR, et Mosso a montré que le sens musculaire est diminué dans la fatigue. Pour M"° IoTEYKo, les phénomènes de la fatigue motrice sont dus à l'arrêt de fonctionnement des terminaisons nerveuses intramusculaires. Cette fatigue se produirait avant celle des centres nerveux. Ce serait d’abord une défense d'origine périphérique, puis si l’on est soumis à des excitations
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plus fortes, intervient le sentiment de fatigue, qui n’est sans doute que l'expression d’un état particulier des muscles devenu conscient à un moment donné.
La fatigue d’un organe se transmet même aux organes qui n'ont pas pris part au travail par suite de la loi de la diffusion de l’excitabilité. La théorie de la transmission nerveuse, plutôt que circulatoire, de la fatigue, est en accord avec la loi de l’économie de l'effort. Mais un organisme ne travaille jamais seul, et lorsque les signes de fatigue commencent à se manifester on est indécis pour préciser le siège de la fatigue; c’est peut-être comme le dit Mosso, parce que la nature de la fatigue est toujours la même, parce qu’il n'existe qu'une force agissante : la force nerveuse.
La résistance individuelle à la fatigue est très variable et les facteurs de variabilité sont nombreux. L'homme en état de fatigue est un réactif d’une impressionnabilité physique et morale exagérée, il présente de la dépression de tous les organes. L'ennui, le découragement, qui apparaissent au cours d’un travail monotone, sont des défenses qui joignent leurs effets à ceux de la fatigue en sollicitant l'abandon du travail fatigant.
L'accoutumance est considérée par M” IOTEYKoO comme une adaptation de l'organisme à l'excitant et elle dit que les effets de toutes les excitations se meuvent entre deux limites, d'une part la fatigue, et de l’autre l’accoutumance. C’est bien évidemment entre l'accoutumance et la fatigue, le plus près possible de la fatigue sans jamais l'atteindre que se trouve la solution du rendement optimum.
La fatigue réalise des conditions de consommation anormale de l'énergie (théorie toxique de la fatigue) et les modifications énergétiques du muscle fatigué sont
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d'un rendement pitoyable et détruisent l'organisme par l'abondance et la nocivité des produits de déchet.
La fatigue à un rôle pathogène des plus évidents, d'ailleurs, au même titre que tous les intoxications.
On peut trouver à la fatigue une extrême variété de formes, imagées souvent par le langage populaire, elle peut être active ou passive, aiguë ou chronique, etc.
Tissié distingue quatre degrès de la fatigue :
1° Lassitude, qui tonifie après le repos, qui est le résultat du travail et qu’il faut rechercher :
2° Epuisement, qui atténue le pouvoir de réparation, provoque de la parésie, de l’hypotension, de la tachycardie, etc... ;
3° Surmenage, qui irrite le système nerveux, détermine de l’anorexie, des insomnies, de l'hypertension, de la bradycardie, etc. ;
4° Forçage, maladie grave avec arrêt du cœur par inhibition, auto-intoxication, phénomènes psychiques allant jusqu’à l'ivresse motrice de Féré.
Le premier état qui exerce une action excitante est a rechercher dans l'entraînement, il est limité par la fatigue, les trois autres sont à éviter absolument. Pour Tissté, les effets psychiques de la fatigue se manifestent par le dédoublement de la personnalité, des illusions et des hallucinations individuelles ou collectives.
Il faut citer encore le syndrome d'effort de Lewis avec palpitations, syncope, douleur précordiale, dyspnée, syndrome qui est parfois suivi de dilatation du cœur.
Le cœur forcé et la néphrite aiguë sont des manifestations graves de fatigue. Elle se manifeste encore par une symptomatologie constante et variée : hyperesthésies multiples, esthésies paradoxales, algies, douleurs ostéocopes de la lame tibiale ou juxta-épiphysaires,
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coccygodynie, blafardise du teint ou rubéfaction anormale des pommettes, dermographisme, salivation, selles ncmbreuses et désordres hépatiques, fétidité de l’'haleine, amaigrissement, tachycardie, hypotension, Au moral, instabilité, émovité, crainte, anxiété, irasCcibilité, tristesse « Post coitum, animal triste », avait constaté le vieux Pline, et Peter, en 1800, parlait déjà des maladies de fatigue. Chez les neuro-arthritiques, la fatigue se manifeste avec plus de violence et se dissipe moins vite. Bouchard dit que le système nerveux débilité est un réactif particulièrement sensible pour tous les agents provocateurs de la fièvre. On sait que Sydenham ressentit son plus violent accès de goutte après s'être fatigué en écrivant son traité de la goutte. Les expériences de Charrin et Roger sur les cobayes fatigués sont connues. Roux et Nocard ont observé l’exaltation de virulence des cultures de bacillus anthracis additionnées d'acide lactique. Seny a montré que la fatigue diminuait le pouvoir bactéricide du sang. Verdina, après un effort violent et continu, constata une diminution pour son propre sérum, de la capacité d'exercer son action de phagocytose sur le bacille tuberculeux, Vincent a vu un abaissement parfois considérable du pouvoir alexique du sérum de cobaye surmené. De nombreux auteurs citent la fatigue et le surmenage comme des facteurs importants dans l'apparition de la myosite infectieuse, de l'ostéomyélite des adolescents, de la pyohémie, des endocardites infectieuses, de la typhoïde, du tétanos, de l'hypertension et de l’artério-sclérose, des néphrites, de l'emphysème pulmonaire, des troubles nerveux dépressifs, des crises des diabétiques, des manifestations arthritiques (goutte, migraines, etc.).
Nous devons, tant au point de vue du dépistage, du
dosage et de la détermination de la fatigue qu'au point de vue de sa prophylaxie, examiner successivement la fatigue musculaire et la fatigue intellectuelle, qui se rencontrent l’une et l’autre dans tous les travaux industriels.
Chacun sait que la contraction musculaire volontaire est un tétanos et que la fréquence d’impulsion maximum des centres nerveux est d'environ 10 par seconde. On constate dans l'organisme dit M"° IOTEYKO, l’existence de deux espèces de contractions : La première est la contraction tétanique formée de la fusion de secousses élémentaires ; elle produit des transformations <himiques intenses, un dégagement important de chaleur et un grand travail mécanique ; elle ne peut être soutenue longtemps, la fatigue survenant assez rapidement; elle a pour substratum la substance fibrillaire anisotrope des muscles. La deuxième est la contraction tonique, contraction durable, localisée au sarcoplasme et qu'on peut appeler à juste titre contraction économique. Les fibres rouges sont plus riches en sarcoplasme que les fibres pâles ; le sarcaplasme se contracte plus lentement, il est moins excitable, il se fatigue plus lentement et meurt plus tard que la substance fibrillaire anisotrope: aussi la contraction tonique ou sarcoplasmatique est notablement plus résistante à la fatigue que la contraction fibrillaire anisotrope (un rapport systématique peut même être établi entre la structure du muscle et sa fonction). En raison des phénomènes de vitalité obscure qui se passent dans le sarcoplasme, sa contraction ne s'accompagne pas de transformations chimiques Importantes, et peut, en conséquence, être soutenue fort longtemps. Or, tout le domaine des muscles involontaires appartient à la contraction tonique, mais les muscles