‹ Le Rôle de la Médecine dans la Rationalisation du Travail industrielChapitre 30 sur 59 · A) MODIFICATIONS DE L'ETAT PHYSIOLOGIQUE GÉNÉRAL AU COURS DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

A) MODIFICATIONS DE L'ETAT PHYSIOLOGIQUE GÉNÉRAL AU COURS DU TRAVAIL

1° Modifications chimiques des liquides de l'organisme

a) URINES. — Le volume des urines émises est diminué, mais il y a compensation par l'élimination de sueur elle-même beaucoup plus toxique qu’à l’état de repos. L’acidité et la toxicité urinaires augmentent et de même les sels urinaires (phosphates, sulfates). SUOTT et TRÈVES attachent une certaine importance à l’élimination des sulfates. L'excrétion d’ammoniaque et des produits azotés (urée ,acide urique et acides aminés) est augmentée ; pour certains auteurs, l’urée et l'acide uri-

de la créatinine ne présente aucun intérêt, dit Gh. CRAS QuIN (Thèse du Laboratoire de Médecine Sociale de Lille). On trouve parfois des modifications anormales que feraient défaut chez les sujets entraînés. Le dosage de l'urine la présence d’albumine, de glycose, de cylindres, d’hémoglobine, d'érythrocytes, de leucocytes, d'adrénaline même abondante. Notons que la perméabilité rénale est diminuée.

b) Sanc. — Le travail agit sur tous les éléments constituants du sang. La résistance globulaire est diminuée. BARCROFT a vu à la radioscopie la rate diminuée de volume après l'exercice musculaire, ainsi que dans les cas où la teneur du sang en globules actifs risque de s’affaiblir. La leucocytose apparaît, et pour GUERRINI, l'index phagocytaire des leucocytes s'abaisserait de plus " éni plus. La concentration et la viscosité sanguines augmentent, ainsi que la teneur du sang en substances réductrices. L'alcalinité sanguine diminue ainsi que la teneur en sucre. La quantité d'acide lactique en circulation augmente de façon notable, dit Ch. CRASQUIN, mais il faut simplifier la méthode de RYFFEL pour l'emrployer dans la pratique courante, Les produits de défense du sang (pouvoir antitoxique, opsonique, etc.) sont diminués, mais dans le cas de fatigue extrême on trouve une augmentation du pouvoir bactéricide. Les diastases sanguines aussi sont modifiées.

Ces tests basés sur des modifications du chimisme des urines et du sang ne sont guère utilisables pratiquement, mais, dit V. DHERS, comme ils sont liés directement aux modifications de l’activité, il semble que l'avenir des tests de fatigue se trouve dans cette voie.

2° Modifications des échanges et des phénomènes

respiratoires.

La respiration est une des fonctions que le travail modifie le plus ; elle doit fournir à l'organisme en travail plus d'oxygène et éliminer une plus grande quantité d'acide carbonique, ce qui se traduit par une augmentation du volume de l’air qui passe dans les pouinons et des modifications qu'il y subit. Mais, dit Henri MAGXE, ces deux moyens ne se combinent pas de la même façon chez tous les individus : « Ceux qui sont entraînés au travail mécanique ont la faculté d'éliminer l'acide carbonique à un concentration élevée, ce qui leur permet une économie de ventilation. Au contraire, le travail qui dépasse les capacités physiologiques du sujet trouble, dans les muscles qui le produisent, les phénomènes chimiques normaux, comme le révèle l'augmentation du quotient respiratoire. Il y a production dans les tissus de substances incomplètement oxydées qui ajoutent leur action excitante à celle de l’acide carbonique sur le centre respiratoire. Il en résulte une ventilali:n exagérée, disproportionnée avec les quantités d'acide carbonique éliminé et d'oxygène absorbé, qui constitue le symptôme le plus apparent de l’essoufflement ».

Le quotient respiratoire s'élève et dépasse parfois sensiblement l’unité, et H. MAGUE, considère ses variations comme le témoignage d'altérations du métabolisme musculaire. A la fin de ses recherches sur les modifications des échanges respiratoires pendant lexercice musculaire, H. MAGNE, formule, au sujet des travaux industriels exigeant le développement de la puissance musculaire avant tout, les conclusions suivantes :

« 1° Puisque c’est la force que l'employeur achète à

l'ouvrier, la métnode respiratoire permet au premier de savoir ce qu'il paie, au second de connaître ce qu'il vend. Sans doute la force dépensée parait moins intéressante que le résultat mécanique qu’elle permet d'obtenir et l'on objectera que c’est plutôt Iui qui doit faire l'objet de l'échange. Mais ce résultat n'est pas toujours facile à mesurer ; il est, au contraire, toujours facile, grâce à la mesure des échanges gazeux, de connaître l'énergie dépensée ;

20 La mesure de la quantité d'oxygène consommé permet de comparer diverses manières d'effectuer le même travail, de rechercher, par exemple, la vitesse pour laquelle le rendement est maximum. Par contre, elle n'offre aucun moyen de reconnaître la fatigue. S1 donc elle permet de fixer dans le travail le facteur intensité, elle demande à être complétée par d'autres méthodes pour la détermination de la durée du travail, du nombre et de la longueur des périodes de repos dont il doit être coupé.

3° Quand le travail demandé à un muscle dépasse une certaine valeur la ventilation pulmonaire s'accroît sans proportion avec les besoins apparents de l'organisme en oxygène ou avec sa production d'acide carbonique ; sa concentration diminue dans l'air expiré et le quotient respiratoire augmente. Ges phénomènes semblent assez nets, assez constants et assez rapides pour permettre de reconnaître qu'un travail imposé dépasse la puissance musculaire du sujet et trouble gravement la nutrition musculaire.

4° La recherche du degré de sensibilité du centre respiratoire à l'acide carbonique constitue une méthode d'exploration permettant de fixer un élément important parmi ceux qui constituent l'état d'entrainement aux

HSE

travaux de force. Elle donne un moyen d’en suivre les progrès et peut-être aussi serait-elle d’un utile secours dans les examens physiologiques d'orientation professionnelle. »

La fréquence du rythme respiratoire est augmentée, et passe facilement de 15 à 18 à l’état normal, à 30 après quelques minutes de travail, soit 75 % environ de sa valeur de repos.

H. PErTITHOME (thèse du Laboratoire de Médecine Sociale de Lille) donne sur les modifications du rythme respiratoire les conclusions suivantes :

« L'homme résistant supporte bien, au point de vue respiratoire, le travail, même intensif qu'on lui impose. Quatre minutes &près la cessation du travail, on ne perçoit chez lui au pneumographe aucune modification saisissable du rythme respiratoire. Au contraire, l’homme peu développé donne, même avant tout travail, un pneurogramme particulier. Les mouvements respiratoires sont généralement fréquents, irréguliers dans le rythme et dans l’amplitude, saccadés dans l'inspiration et l’expiration. Après le travail, ces troubles respiratoires seront plus accusées et demeureront perceptibles pendant plus de quatre minutes après la cessation du travail. Ces modifications peuvent apparaître également chez des individus qui avaient initialement un pneumogramme normal, mais qui se sont livrés à un travail intensif et exagéré ».

Les vitesses de retour à l’état normal du rythme respiratoire, ainsi que de la plupart des manifestations respiratoires provoquées par le travail et la fatigue, sont d'autant plus ralenties que la fatigue est plus avancée.

A l'apparition de la fatigue, les inspirations sont prolongées et les exbirations courtes, à l'inverse de la loi

qui régit ces mêmes phases au repos ;: le rapport, en temps, de l'expiration à l'inspiration, va en diminuant. Le débit respiratoire, prend une valeur particulière de régime, qu'il atteint au cours du travail, mais la fatigue diminue la capacité vitale. Les valeurs de la pression de l'air expiré et de l'air inspiré sont modifiées dans la fatigue avancée.

Tous ces résultats ne sont guère appliquables dans la pratique, et d'ailleurs, ils dépendent de tant de facteurs dont le rôle nous est souvent si peu connu, qu’il serait dangereux de leur accorder une grosse valeur.

3° Modifications cardio-vasculaires

La fréquence du pouls est auginentée ; on compte 65 pulsations au repos, l'augmentation par le travail est d'environ 50 à 60 % et le pouls atteint 100, 120 ; la limite extrême, d'après Weiss, serait 167. L’amplitude du pouls diminue, il devient petit et irrégulier, on note un allongement de la systole, et une diminution du rapport diastole-systole qui est normalement d'environ 2,5 à 3 ; ce rapport à été étudié au cardiogramme par AMAR. Le pouls veineux n'a pas été étudié. Le pouls capillaire, dans la fatigue, est caractérisé par une ascension et une descente ralenties, un sommet émoussé. Bet et COURTIER, étudiant l'influence du travail musculaire sur la circulation capillaire, ont obtenu ce qu'ils ont appelé le pouls sthénique avec une fatigue modérée (marche) et le pouls asthénique avec une fatigue profonde fefforts locaux). KRoGH a montré qu'un muscle au travail à 250 fois plus de capillaires traversés par le sang que quand il est au repos.

La pression artérielle augmente, elle faiblit parfois dans certains efforts violents. La pression différentielle,

l'indice oscillométrique augmentent dans la fatigue. Beaucoup d'auteurs disent que ce qui importe, c'est la rapidité du retour à l’état normal après le travail, et ce temps est augmenté dans la fatigue. AMAR dit que « tant que le rythme et l'amplitude des pulsations suivent la progression du travail, tant que leur régularité ainsi que le dicrotisme s'observent parfaitement, l’activité du muscle peut être considérée comme normale, Mais si le rythme s’exagère, si les courbes sont irrégulières, par décroissance de l'amplitude et vibration de la branche dicrote, et si la pression artérielle monte à 23 (au Pachon), on peut dire que les conditions du travail ne sont pas normales ».

LAHY a remarqué que les travaux où l'attention, continuellement en éveil, est dirigée vers un même objet, sont ceux qui agissent le plus pour amener une augmentation de la pression du sang.

LEE a construit des tables de vélocité relative du flux sanguin, qui est le produit de la pression diastolique du pouls par sa fréquence. Félix ELOIRE, trouve que, d’une façon générale, chez l'homme résistant, le travail normal n'’entraîne aucune modification cardio-vasculaire importante, et on lit dans les conclusions de sa thèse (Laboratoire de Médecine Sociale de Lille) : « Un travail plus dur provoque une légère augmentation de la maxima, avec ou sans augmentation de la minima, peu de modification de la courbe oscillométrique. Après un même travail, l’homme moins résistant présente un abaissement de la minima, avec diminution, stabilité ou augmentation de la maxima, une modification de la courbe oscillométrique, et une augmentation notable de l'indice oscillométrique ».

Le tonus vasculaire est diminué dans la fatigue, par

Page 1