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LES SALAIRES

Le but du travail est d'assurer les moyens d'existence. La vie industrielle moderne a mis-en évidence l'intérêt qu'il y à à encourager le rendement de l’ouvrier par un aménagement convenable du salaire. Le salaire agit sur le rendement de la main-d'œuvre à la manière d’un excitant et c’est pourquoi, indépendamment de la journée de travail et de toute organisation plus ou moins scintifique, le mode des salaires peut être l'origine d'un véritable surmenage.

On peut considérer trois grandes catégories de formules de salaires :

1° Le salaire aux pièces, à la tâche, dans lequel l’activité de l’ouvrier profite à lui seul. Il doit avoir pour correctifs immédiats la limitation stricte de la durée du travail et l'obligation de prendre des repos intercalaires bien définis ;

2° Le salaire au temps, à l'heure, à la journée, dans lequel l’activité de l'ouvrier profite au patron seul. Il nofire pas les mêmes inconvénients que le salaire à la tâche ; mais on peut craindre une diminution du rendement normal, si une tâche précise n’est pas assignée à l’ouvrier :

3° Diverses formules de salaires à primes, dans lesquelles la répartition du bénéfice résultant de l’activité de l’ouvrier est faite entre l’ouvrier et le patron, suivant des proportions déterminées. Ce système réclame de la part de l'employeur une étude approfondie du temps nécessaire à l’accomplissement du travail ; mieux que cela, il faut que ce temps ainsi calculé permette à l’ouvrier d'accomplir sa tâche sans se surmener.

La formule HALSEY donne une répartition fixe, quelle que soit l'augmentation de l’activité de l’ouvrier.

La formule Rowan donne une répartition variable passant par un maximum au profit de l’ouvrier et tendant vers zéro lorsque son activité augmente sans limites. Soit, par exemple, à effectuer un travail pour lequel on a fixé un temps de base de 7 heures avec un salaire correspondant (salaire d’affûtage) de 4 francs par heure ou de 28 francs en tout.

Si l’ouvrier exécute la tâche en cinq heures au lieu de sept, le salaire au temps consistera à lui attribuer encore 4 francs par heure soit 20 francs. L'économie de deux heures à 4 francs, soit 8 francs, profite entièrement au patron.

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Dans le salaire à la tâche, on maintiendra le salaire total de 28 francs obtenu à l'allure de base. L'économie de 8 francs sera entièrement acquise à l'ouvrier.

Dans le salaire HALSEY, l'économie est partagée entre patron et ouvrier dans la proportion de 1/3 et 2/3 ou + et à par exemple. Adoptons ce dernier taux : l’ouvrier aura droit à 4 francs sur l’économie de 8 francs et touchera 24 francs.

Dans la formule Rowaw, l'économie est partagée entre ouvrier et patron au prorata du temps passé et du temps économisé, c’est-à-dire ici proportionnellement à 5 et à 2. L’ouvrier touchera donc 5/7 de 8 francs = 5 fr. 71 et le patron conservera 2/7 de 8 francs = 2 fr. 29. Le salaire total de l’ouvrier sera donc 25 fr. 71.

Cette dernière formule de salaire paraît assez satisfaisante et J. M. LaHy la défend. Il trouve qu’elle peut donner Satisfaction à l'employé comme à l'employeur et qu'elle à l'avantage d'inciter l’ouvrier à limiter son effort de surproduction puisque l'intérêt matériel qu'il en retire va en décroissant,

Il existe encore de nombreuses formules de salaires à primes variables. La plupart ne sont que des modifications légères des précédentes. HOFF a appliqué dans les chemins de fer allemands une formule de salaire assez avantageuse pour l’ouvrier. Ce dernier reçoit toujours son Salaire de base minimum garanti, calculé sur le temps de base et non le temps passé, plus une prime proportionnelle au temps économisé et sur laquelle l'employeur ne prélève rien. L'établissement d'une formule de salaire à prime variable se fait dans presque chaque industrie, et on peut donner libre cours à son imagination dans ce champs presque illimité ; c’est ce qui se produit et a fait dire à Marcel FRoIs :

« L'introduction des salaires à primes nous ramène par un chemin détourné au salaire à la tâche, avec cette aggravation que l'ouvriér est incité à surproduire sans pouvoir toujours apprécier la prime qui lui est retenue sur s0n salaire. Certains, il est vrai, attribuent aux salaires à primes des vertus physiologiques en supposant que le faible accroissement de la prime, à partir d'un moment donné, engage l’ouvrier à modérer son effort. En raisonnant ainsi, on feint d'ignorer le but de la prime et on méconnaîit la psychologie de l'ouvrier,

de l'ouvrière surtout qui se dépense sans compter,

méme pour une infime majoration de son salaire horaire, »

On à cherché à compléter le salaire ouvrier en le liant au rendement de l'entreprise, par une échelle mobile des prix, par une participation aux bénéfices ou au capital des entreprises mais la tentative faite avec la loi de 1917 sur les sociétés à participation ouvrière fut un échec.

Dans la lutte pour la fixation des prix, dit le Professeur Roger Picanp, le patron cherche à comprimer son prix de revient et l'ouvrier cherche à maintenir et élever son niveau de vie, En réalité, le salaire s'établit par un débat entre les intéressés ; plus les ouvriers sont solidement organisés, mieux ils connaissent la situation économique et plus ils sont à méme d'obtenir un juste salaire, Le salaire, dit Poger Picarp, n'est pas seulement fonction du rendement du travañl, il est en rapport avec le prix de revient des produits et avec le niveau général des prix. 11 doit étre complété par des allocations familiales qu'on peut rendre obligatoires, ou mieux, dit-il, intégrer dans les assurances sociales. En résumé, dit M. FroIs :

« Les facteurs essentiels dans le problème des salaires sont l'équité et la solidarité. L’ouvrier doit travailler consciencieusement, mais le patron a l'obligation de le rémunérer de telle sorte qu'il puisse assurer son existence, celle des siens, et faire face aux vicissitudes immédiates du lendemain. »

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