‹ Le role de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitativeChapitre 12 sur 44 · L'expression est de M. Bastable · texte numérisé non relu

L'expression est de M. Bastable

est une marchandise qui peut toujours être offerte en échange d'une demande de produits, et qui est toujours acceptée ; il n'est donc pas nécessaire, tant qu'il existe un stock de monnaie de limiter les transactions à l'offre et à la demande des produits que chaque pays est momentanément apte à fournir à l'autre ; il est possible de vendre et d'acheter pour la satisfaction d'un besoin unilatéral. Lorsqu'il arrive que la demande d'un pays dépasse celle de l'étranger, nous voyons apparaître la monnaie, qui compense tout l'excédent : de telle sorte que l'hypothèse par laquelle St. Mill explique les fluctuations de la valeur d'échange (c'est-à-dire la nécessité de modifier le rapport d'échange pour satisfaire à une demande supérieure de l'une des parties) ne se réalisera pas.

Et non seulement la nécessité, mais la possibilité même de déterminer la valeur d'échange dans le commerce international, suivant la formule de St. Mill, n existe pas. En effet, que les quantités fournies de part et d'autre soient équivalentes à des sommes de monnaie égales ou inégales entre elles, que la monnaie doive intervenir matériellement ou non dans le règlement des échanges internationaux, les importateurs et les exportateurs de chaque pays ignoraient la nature et la somme des marchandises à vendre

et à acheter. Et s'il n'est pas possible que le processus psychologique d'un échange se réalise, la valeur d'échange se fixe différemment, car les facteurs dont elle dépend ne sont pas les mêmes quand la monnaie intervient.

Le rôle de la monnaie, dans la détermination de la valeur d'échange, ne dépend pas de son intervenUcni matérielle : il suffit qu'elle existe comme monnaie de compte pour qu'il ne soit pas permis logiquement de faire abstraction de son rôle. En effet, la monnaie brise le troc : elle le résout en deux opérations indépendantes, qui s'ignorent réciproquement (1).

Et lorsque un achat ou une vente ont été effectués, il est impossible de savoir, bien plus, impossible de concevoir la vente qui est la contrepartie de l'achat en question, ou inversement. On a, d'un côté, des achats, de l'autre, des ventes, sans qu'il soit permis de dire que telle vente correspond à tel achat, fussent-ils évalués à une même somme d'argent.

La réunion, faite par abstraction, d'un achat et d'une vente, montant à un même prix, en une

1. Il est vrai que le cours du change exprime l'état des engagements réciproques ; mais s'il agit lui-même sur les prix, en tant q(ie prix de transport du numéraire, on ne conçoit pas des commerçants qui vendraient leurs marchandises meilleur marché par ce que le cours du change leur apprend que les exportations de leur pays sont insuffisantes,

seule opération est arbitraire ; et elle est particulièrement illégitime, lorsqu'il s'agit de déterminer la valeur d'échange ; car, précisément, la valeur d'échange ne dépend pas des mêmes facteurs dans les deux cas.

Examinons en effet, comment s'applique la loi dite de l'offre et de la demande à l'hypothèse d'un troc : l'expression « offre » désigne les conditions dans lesquelles l'une des parties est disposée à aliéner ; la demande, les conditions auxquelles l'autre partie est disposée à acquérir. Mais supposons un troc : un homme désire un chapeau et peut fournir, en échange, des chaussures ; il en rencontre un autre qui désire des chaussures et peut fournir des chapeaux. Comment la valeur d'échange se déterminera-t-elle, selon la loi classique ? dépendra-t-elle du rapport entre les conditions dans lesquelles l'une des parties est disposée à acquérir et les conditions dans lesquelles l'autre est disposée à aliéner c'est-à-dire de l'offre et de la demande ? Mais chaque partie doit à la fois acquérir et aliéner : il y a donc double offre et double demande. Et si l'on considère que l'offre n'est faite qu'en vue de la demande, on pourra dire, pour abréger, que la valeur d'échange, selon le principe de la loi dite de l'offre et de la demande, dépendra du rapport entre les deux demandes, ou qu'il

ot

dépendra de la demande réciproque : telle est en effet la formule à laquelle St. Mill s'est arrêté dans sa théorie du commerce international : et s'il a, dans cette circonstance, été amené à modifier la formule habituelle de « offre et demande», c'est précisément parce qu'il se plaçait dans l'hypothèse d'un troc.

La valeur dépendra du rapport entre les deux demandes, et il y aura deux demandes, parce que deux marchandises déterminées sont prises en considération ; en d'autres termes parce que chaque producteur, pour vendre, se trouve enprésence d'un cadre producteur déterminé. Ils ne peuvent donc dans cette hypothèse qu'échanger leurs marchandises. Et pour connaître, dans ce cas, les facteurs déterminants de la valeur d'échange, il faut connaître les producteurs qui sont en présence et l'intensité compccrative de leur demande. Ainsi la valeur des chapeaux variera suivant qu'ils sont échangés avec les chapeliers — ou avec les marchands de parapluie, etc. ; et comme il s'agit d'un troc, elle dépendra du rapport entre la demande quiest faite par le chapelier des chaussures et celle qui est faite par le cordonnier des chapeaux, etc. En d'autres termes, la valeur d'échange de chaque marchandise dépendra de la demande d'une catégorie limitée de producteurs ; et du rapport entre

la demande qui est faite par ee groupe et celle qui lui est adressée. Telle est en effet la conception à laquelle St. Mill est conduit dans son application au commerce international de la notion du troc : la valeur des exportations dépendra selon lui delà demRnde/aite par l/étranger, comparée à la demande constituée par les importations.

Mais l'intervention de la monnaie modifie les conditions dans lesquelles s'établit la valeur d'échange. Dans un troc dont elle est un élément, l'autre marchandise est seule prise en considération. Considérons celui qui aliène cette marchandise : il trouve pour consommateur, non plus le producteur d'une autre marchandise déterminée, mais l'ensemble des producteurs : car la monnaie représente toute espèce de marchandise : ses acheteurs ne sont plus ses propres vendeurs, comme dans l'hypothèse du troc : ou du moins ils lui vendent tous une même marchandise : la monnaie. La situation de l'acheteur donne lieu à un raisonnement analogue. On peut donc, dans un troc dont la monnaie est un des éléments, négliger l'offre et la demande de cette marchandise commune et ne considérer qu'une offre et une demande.

Il n'y a plus une valeur d'échange pour chaque catégorie de producteurs : le marchand de parapluie se procurera des chaussures

dans les mêmes conditions que le chapelier. La valeur d'échange ne varie plus selon la qualité réciproque du vendeur et de l'acheteur.

La monnaie a^ sur la détermination de la valeur d'échange^ l'influence que l'on attribue d'ordinaire au marché (1); mais tandis que le marché ne réunit que les producteurs et les consommateurs de certaines catégories données de marchandises, la monnaie, en représentant tous les produis, met tous les consommateurs en présence de chaque producteur. Elle crée unmarché univer-

1 II nous paraît d'autant plus opportun de dégager cette influence de la monnaie sur la détermination de la valeur d'échange que souvent, lorsqu'on pose la question, on la résout parla négative. C'est ce que fait formellement St. Mill (chap. de la monnaie). « L'introduction de la monnaie ne modifie en rien l'action des lois de la valeur exposées précédemment » (dans l'hypothèse d'un troc) — et plus loin « Les rapports des marchandises entre elles ne sont pas altérés par la monnaie ; le seul rapport nouveau qui soit introduit est leur rapport avec la monnaie elle-même; contre quelle quantité de monnaie vont-elles s'échanger? en d'autres termes comment la valeur d'échange de la monnaie elle-même est-elle déterminée? et la question ne présente aucune difficulté si l'on dissipe l'illusion qui fait considérer la monnaie comme une chose particulière qui n'est pas soumise au.x mêmes lois que les autres choses : la monnaie est une marchandise, et sa valeur est déterminée, comme celle des autres marchandises, d'une façon temporaire par la demande et roffri\ d'une façon permanente et en moyenne par le coût de production ». C'est le sophisme : la monnaie est une marchandise ; elle n'est donc qu'une marchandise quelconque.

selj qui embrasse et confond les opérations du commerce intérieur et du commerce international.

Par conséquent il est désormais aussi inutile qu'illégitime de relier par la pensée les achats d\in groupe limité d'individus aux ventes cVun autre groupe. Vintensité comparative de leur demande n^ existe pas ; pût-on la deviner, elle ne nous apprendrait rien sur les facteurs qui déterminent réellement la valeur d'échange.

Si le commerce international pouvait se ramener à un troc, la valeur d'échange des importations et celle des exportations s'établiraient corrélativement ; elles dépendraient nécessairement l'une de l'autre et varieraient inversement. La valeur des importations, par exemple, dépendrait du rapport entre la demande dont elles sont l'objet de la part du pays considéré et la demande dont les exportations de ce pays sont l'objet à l'étranger, et à l'étranger seulement. C'est ce qu'affirme la théorie de St. Mill. Or, une expérience constante montre que le prix des marchandises qui figurent dans le commerce extérieur dépend de la demande universelle, intérieure aussi bien qu'extérieure : et d'autre part, on sait fort bien que le prix des exportations et celui des importations varient indépendamment. C'est que, en réahté, la mon-

naie intervient dans le commerce international, ne serait-ce que comme monnaie de compte ; dès lors, il n'y a plus de troc, mais des opérations d'achat et de vente qui s'ignorent réciproquement, et qui ne soni pas plus reliées entre elles qu'avec les opérations du commerce intérieur.

On peut, sans doute, considérant le commerce international, en apprécier les résultats d'après les quantités de marchandises fournies pour une même somme (1) ; et le pays qui, pour un prix donné, recevra plus de marchandises qu'il n'en avait reçu précédemment, sans en fournir davantage, bénéficiera évidemment de cette modification de la valeur d'échange ; mais cette constatation est seulement celle d'un résultat, La valeur d'échange^ dans le commerce internationalj n'est pas plus déterminée par la demande réciprociue des exportations et des importations ^ même en supposant la balance égale, que la valeur d'échange d'une paire de chaussures et d'un chapeau, dont le prix est également fixé à 10 francs, n'est déterminée par le rapport entre la demande de chapeaux par les cordonniers et la demande de chaussures par les chapeliers.

D'ailleurs la preuve de ce que la valeur

1. Là est probablement la cause de la confusion qui ressort de la théorie de St. Mill.

^'échange, dans le commerce international, riè se détermine pas comme dans un troc, ressort du fait que la valeur des marchandises importées et exportées ne subit pas les fluctuations corrélatives auxquelles elle serait soumise si elle dépendait des variations de la demande réciproque. St. Mill reconnaît d'ailleurs le fait : le pays qui a une balance défavorable, au lieu d' « offrir ses marchandises à meilleur compte », « prend son excédant d'importations au même prix qu'avant». Mais, dit-il, la différence entre ce proeessus et celui du troc n'est qu'(( extérieure » ; en effet l'excédent d'importation donnera lieu à une exportation de numéraire ; la diminution du stock monétaire fera baisser les prix ; les exportations aussi seront vendues moins cher. Donc dans les deux cas, « le pays dont les exportations ne suffisent pas à payer les importations offre ses marchandises à meilleur marché, jusqu'à ce qu'il provoque la demande nécessaire. Et en d'autres termes la loi de la demande internationale, est sous le régime de la monnaie (c'est-àdire en réalité) comme sous celui du troc la loi du commerce international ». Et St. Mill estime que dans les deux cas, la détermination des valeurs internationales est « essentiellement » la même. Et c'est sans doute la justification ou, du moins, l'explication de son effort

pour réduire le commerce international à un troc.

Même en admettant provisoirement que l'emploi de la monnaie ait, sur la détermination de la valeur d'échange, l'influence qu'indique Stuart Mill, l'examen de sa théorie ne nous permet pas de nous rallier à son appréciation sur la valeur logique de cette réduction du commerce international à un troc, en ce qui concerne la valeur d'échange. Nous avons établi, en effet, que r « équation de la demande », par laquelle il prétend la justifier, n'est nullement démontrée — et que, d'ailleurs, elle ne la justifierait pas. L'analyse des conditons réelles de la détermination de la valeur d'échange, dans le commerce international, ne permet aucunement de les ramener, en principe, au mécanisme d'un troc.

Il n'est donc pas possible de voir, dans cette théorie des valeurs internationales, autre chose que la description vaine et stérile d'un cas irréel et sans rapport avec la réalité. Il faut donc reconnaître que cette théorie, fondée sur une assimilation superficielle de faits insuffisamment analysés à un mécanisme irréel et différent en principe, n'éclaire en rien — et obscurcit au contraire — notre conception de la réalité.

Cette théorie a cependant trouvé écho, non

seulement dans une grande partie de l'école anglaise, mais aussi en Allemagne et en France ; et les critiques eux-mêmes ont, à notre connaissance, accepté l'assimilation sommaire et stérile, en ce qui concerne la valeur d'échange, du commerce international à un troc. Nous croyons donc devoir, en passant, attirer l'attention sur le vice de cette méthode infructueuse et dangereuse, dont la théorie des valeurs internationales n'est malheureusement pas la seule application : cet enseignement sera la compensation des subtiles analyses auxquelles la nature du sujet nous a entraînés.

A défaut d'une identité de principe, y a-t-il une analogie de résultat entre les conditions de la détermination réelle de la valeur d'échange et la conception de Stuart Mill ? C'est ce qu'il nous importe finalement d'établir. St. Mill affirme : le pays qui aura une balance défavorable verra baisser ses prix ; c'est-à-dire, selon lui, ■(( qu'il modifiera le rapport d'échange à son propre désavantage » ; il fournira plus à l'échange pour un même prix. Toutes réserves faites sur la réalité de cette baisse des prix, examinons la question de plus près. Considérons un pays où la monnaie a une valeur plus élevée que dans les autres, et partant, où les prix sont plus bas.

Pour donner corps à cette hypothèse, supposons un pays où, la monnaie nationale étant dépréciée, l'or, monnaie internationale, a plus de valeur que dans les autres. Les prix qui ont suivi — admettons-le — les fluctualions de la monnaie nationale, se trouvent, exprimés en or, plus bas qu'ailleurs. Considérons donc la baisse des prix évalués en or qu'exprime la dépréciation de la monnaie nationale. Soit le Mexique en 1875 et en 1900. En 1875, une marchandise A valait 1 piastre, autrement dit 5 francs en monnaie d'or. En 1900 la même marchandise est toujours vendue 5 francs en monnaie d'or et comme elle vaut désormais 2 piastres au Mexique, elle rapporte le double : c'est un stimulant à l'exportation. Par contre, une marchandise importée, qu'on payait et qu'on paye encore 5 francs à l'étranger, doit être payée maintenant 2 piastres, c'est-à-dire encore le double. La proportion de la prime et de la perte est, en principe, la même ; le pays regagne ce qu'il perd à l'échange et le rapport rVéchanf/e n'est point modifié. C'est du moins ce qui ressort des données sur les([uelles repose le raisonnement de St. Mill. Si la valeur de la monnaie vient à hausser dans un pays et provoque une baisse correspondante des prix, le bénéfice de l'exportateur sera accru dans la même propor-

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tion que le bénéfice de l'importateur diminuera : telle est la seule conclusion que l'on puisse tirer. Et si, de cette variation des bénéfices on voulait ensuite tirer une déduction dans le style de St. Mill, on ajouterait : le capital se portera de l'industrie la moins avantageuse (l'importation) vers celle qui l'est le plus (l'exportation), si bien que l'équilibre économique se rétablira avec la balance des comptes.

Ainsi, de ce que les prix baisseroîit à l'intérieur du pays on ne peut tirer qu'une conclusion, c'est que les exportateurs auront un bénéfice plus grand ; pour admettre avec St. Mill {\\x'ils vendront moins cher {sous l'action de la concurrence^ par exemple) il faut faire une hypothèse supplémentaire.

Nous aurons peut-être, au cours de cette étude, l'occasion de relever bien des objections à cette conception simpliste ; mais il importe de la dégager ici dans toute sa pureté et sa rigueur logique.

La théorie des valeurs internationales de St. Mill qui prétendait expliquer le principe de la théorie ricardienne n'en exprime même pas le résultat. Mais il est possible, à présent, de faire ressortir, a contrario^ le caractère exact de la théorie ricardienne, dépouillée de l'interpréta-

tion paradoxale d'un disciple trop fidèle, peutêtre, au texte du maître (1). La théorie ricardienne voit donc dans l'intervention de la monnaie dans le commerce international un mécanisme régulateur, qui adapte à tout moment les conditions du commerce extérieur aux facultés productives de la nation, en limitant les échanges, mais sans modifier la valeur des marchandises échangées ; les oscillations des prix ne hii imposent pas d'autre sacrifice que celui qui résulte nécessairement de la diminution des avantages de l'échange international.

La deuxième proposition qu'implique la théorie des valeurs internationales de St. Mill est que la valeur d'échange, dans le commerce international ne dépend pas du coût de production. La valeur d'échange, en général, dépend, d'après St. Mill lui-même, de deux catégories de facteurs : l'offre et la demande — et le coût de production. Le coût de production fixe un minimum, au-dessus duquel le maximum oscille, au gré de l'offre et de la demande, sans que^ d'ailleurs, l'action de la concurrence lui permette, en général, de s'élever beaucoup. Dans le commerce interna-

\. Voir page 11.

tional au contraire, le coût de production n'aurait aucune influence sur la détermination de la valeur d'échange. Il n'y aurait à tenir compte que du coût relatif, et par coût relatif il faut entendre « les coûts dans chaque pays des marchandises qui sont l'objet de l'échange, et non les coûts différents de la marchandise dans les pays échangistes (1) ». La suite de cet exposé éclaircira cette notion.

Ici encore, c'est une idée de Ricardo, ainsi que St. Mill nous le dit lui-même (2), qui a été le point de départ de la thèse. Il affirme, comme un fait d'observation, que certains pays reçoivent de l'étranger des marchandises qu'eux-mêmes pourraient cependant produire avec moins d'effort : par conséquent ce sont d'autres pays qui fournissent ces mêmes marchandises, quoique leur production y soit plus onéreuse. Et, bien que le fait puisse sembler paradoxal, les deux pays y pourront trouver leur intérêt : « Il peut être de notre avantage, dit St. Mill, de faire venir du fer de Suède contre des cotonnades, alors même que les mines d'Angleterre, aussi bien que ses manufactures, seraient plus productives que celles de Suède ; car, si nous avons un avantage de 1/2 sur les cotonnades et de 1/4

i. Cairnes, Leading principles, p. 373. St. Mill. Ch. XVII. 2. St. M. Pr., 1. m, ch. XVII, %il.

seulement sur le fer, et que nous puissions vendre nos cotons en Suède nu prix qu'elle en donnerait si elle devait les produire elle-même, nous obtiendrions notre fer avec un avantage de 1/2 tout comme nos cotons. Il peut nous arriver souvent dans notre commerce avec les étrangers d'obtenir leurs produits en dépensant moins de travail et de capital qu'ils n'en coûtent aux étrangers eux-mêmes. Le marché est encore avantageux pour les étrangers car la marchandise qu'ils reçoivent en échange, tout en nous coûtant moins, leur aurait coûté plus » (1) (St. M. P/., 1. III, ch. XVII, §2).

Ainsi le commerce peut s'établir entre deux pays, sans que le coût de production de la marchandise exportée soit moindre dans le pays producteur : puisque dans l'iiypothèse ci-dessus les deux objets coûtent meilleur marché dans l'un des pays. Dès lors, le coût de production n'est pas un élément de la valeur d'échange dans le commerce extérieur ; il doit être éliminé dans la théorie des valeurs internationales.

L'explication de cette anomalie c'est, dit St.

\. Elle ne leur aurait pas coûté plus, puisque, dans l'hypothèse, l'Angleterre doit vendre le coton à la Suède « au pnx qu'elle en donnerait si elle devait les produire elle-même ». Passons sur cette inadvertance ; car on peut concevoir que la vente s'opérera à un prix intermédiaire.

Mill, que « les nations n'émigrent pas en masse » (St. M. Pr., 1. III, ch. XVII, § 3). Pourquoi, en effet, la différence dans le coût de production est-elle une condition nécessaire des échanges entre régions d'un même pays? c'est, dit St. Mill, parce que les individus porteront leur travail et leurs capitaux là où ils seront le plus productifs ; le courant des échanges ne sera donc plus déterminé que par les aptitudes locales de la production ; c'est là une division du travail bien entendue.

Mais, dans le commerce international, il en sera autrement, parce que les individus ne portent pas volontiers leur travail ni même leurs capitaux au delà des frontières, dûssent-ils y trouver des conditions de productivité meilleures Aussi un pays pauvre se contente-t-il de retirer du commerce extérieur des avantages relatifs. Il fournira donc à l'étranger (et nécessairement au prix du marché extérieur) des produits qui lui reviennent plus cher qu'ils ne coûteraient aux producteurs étrangers, mais pour en obtenir des marchandises dont la production à Vintèrieur serait encore plus onéreuse.

C'est ce que St. Mill exprime en disant : « Ce n'est pas une différence dans le coût de production absolu qui détermine l'échange (international) mais une différence dans le coût compara-

tify> (St. M. Pr., 1. III, ch. XVII, § 2). Dans le cas particulier c'est parce que le coût de production est relativement plus onéreux en Suède pour le coton que pour le fer, que ce pays a un avantage, relatif aussi sans doute, mais certain, à faire l'échange. Il obtient ainsi, par l'échange, ses cotons à moins de frais que s'il les produisait lui-même. Ainsi, c'est dans les seules limites du coût relatif, que la valeur des marchandises varie au gré de l'offre et de la demande.

Postérieurement à St. Mill, certains auteurs (1) ont cru trouver, dans la réalité, certains exemples qui confirment sa théorie. Aussi Gairnes cite le commerce du beurre entre l'Australie et l'Irlande : l'Australie, assure-t-il aurait plus d'aptitude que l'Irlande à cette production, et cependant c'est elle qui est l'acheteur. Bastable (2) cite également le commerce de Jersey avec l'Angleterre. « Jersey, dit-il, pourrait produire le blé plus efficacement que l'Angleterre, mais elle trouve plus avantageux de cultiver les fruits et les pommes de terre de primeur, — et d'importer le blé dont elle a besoin ».

Expliquons d'abord la signification de ces

1, Bovven. American polilical economij. Bastable, Comm. intern. Cairnes. Leading priiicip/es, pp. 376-377.

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