‹ Le role de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitativeChapitre 14 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

téC rôle de la monnaie et la théorie quantitative.

L'examen qui précède de la construction de StuartMill nous ramène à la théorie de Ricardo comme au seul fondement possible de cette doctrine de l'équilibre de la balance des comptes. C'est sur les propriétés de la monnaie et non pas seulement sur sa qualité commune de marchandise, que repose la thèse de Ricardo : la monnaie étant, par sa qualité d'instrument des échanges, destinée à s'échanger contre toute espèce de marchandise, toute variation dans sa valeur d'échange a pour conséquence une variation de piix pour toutes les marchandises. Or, la valeur de la monnaie, selon la théorie quantitative, dépend, comme celle de tout autre produit, du rapport entre les quantités offertes et les quantités demandées. Ces données étant admises.

voici comment elles s'appliquent au problème du commerce international : tout excédent d'importation provoque une exportation de numéraire ; cette exportation du numéraire diminue le stock métallique national ; cette diminution du stock, c'est-à-dire de l'offre de la monnaie, accroît la valeur du métal, en d'autres termes, provoque une baisse des prix ; cette baisse des prix, à son tour, stimule les exportations. L'inverse se produira au cas d'excédent d'exportations. Et l'on peut conclure : le même transport de numéraire qui résultait de la rupture d'équilibre le rétablit automatiquement.

Ainsi présentée, sous la forme primitive, qui s'adapte à une économie à monnaie, cette théorie formule, avons-nous dit, trois relations de cause à effet successives entre : 1° la balance des comptes et les mouvements de la monnaie métallique ; 2" les mouvements de la monnaie métallique et les prix ; 3" les prix et le commerce extérieur. Bien que chacune de ces relations puisse en impliquer d'autres secondaires que l'analyse pourra déceler, surtout lorsque nous verrons la théorie dans son cadre moderne d'une « économie à crédit », cette classification provisoire peut servira déterminer l'ordre des chapitres qui vont suivre.

Seule l'étude des faits nous permettra de

reconnaître si chacune de ces relations existe, mais la deuxième contient un élément qui excède les limites de cette étude et par sa nature, et par la généralité de son application.

Avant de rechercher si les variations du stock métallique national ont une influence sur celles des prix à l'intérieur du pays, il convient, en eff^et, de nous demander, s'il y a une raison expérimentale ou logique de supposer l'existence d'une telle relation. En d'autres termes il est nécessaire d'examiner ici quels sont les fondements de la théorie quantitative en général.

La théorie quantitative est essentiellement l'application de la loi de l'offre et de la demande à la monnaie. Le procédé de démonstration est simple : la valeur des marchandises dépend de la relation entre l'offre et la demande. Or la monnaie est une marchandise. Donc la valeur de la monnaie dépend de la relation entre l'offre (la quantité) et la demande.

Sous cette forme syllogistique, la démonstration prend une apparence déductive qui paraît la soustraire à un examen expérimental (1). Mais si la monnaie est une marchandise et s'il

i. Telle est, du moins, la prétention de F. A. Walker, Quar, Jouni. Econ. juillet 1895.

est prouvé que toute marchandise soit soumise à la loi de l'offre et de la demande, ce raisonnement déductif devient inutile : la théorie quantitative a dû être l'objet d'une preuve expérimentale directe. Pour que l'on éprouve le besoin de faire cette démonstration, il faut ou que l'application de la loi de l'offre et de la demande à toutes les marchandises n'ait pas été établie, ou du moins qu'il ne soit pas évident que la monnaie est une marchandise.

Les partisans de la théorie ne paraissent pas douter que la loi de l'offre et de la demande ne soit établie comme une vérité générale. Et s'ils prennent soin d'en étendre expressément l'application à la monnaie, c'est, pensent-ils, que son véritable caractère de marchandise a été méconnu. La monnaie est pour eux une marchandise « comme les autres ». Nous n'avons pas à préciser ici le sens de cette réaction nécessaire contre certaines croyances du mercantilisme.

Mais il n'en est pas moins vrai que si cette loi a été l'objet d'une démonstration directe en ce qui concerne la monnaie, une telle déduction est inutile ; et, si la démonstration n'a pas été faite, ce raisonnement ne peut avoir que la valeur d'une induction. Et cette induction n'a "de valeur logique que si la monnaie est véri-

tablement une marchandise « comme les autres ».

Or la monnaie est-elle vraiment une marchandise « comme les autres » ? Assurément la monnaie apparaît comme constituée par une marchandise, c'est-à-dire par un produit du travail humain ayant un certain coût de production, et une valeur d'échange qui dépend en partie de l'usage qui en est fait. Mais est-c& bien comme instrument des échanges — ainsi l'exige la théorie quantitative, qui fait dépendre la valeur de la monnaie de la quantité d'espèces en circulation — est-ce bien comme instrument des échanges que cette marchandise serait soumise à la loi de l'offre et de la demande ? A cette question soulevée récemment par un auteur américain (1), et résolue négativement par lui, le plus qu'on puisse répondre serait qu'elle n'est pas encore tranchée. Et d'autre part ne serait-on pas en droit de se demander si l'usage monétaire n'aurait pas pour effet de donner à cette marchandise une situation toute particulière à l'égard de la loi de l'offre et de la demande ? Nous ne pouvons songer à résoudre ici ce problème théorique qui dépasse de beaucoup les limites de ce travail ; mais, après avoir fait

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