‹ Le role de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitativeChapitre 15 sur 44 · Laughlin. Principles of moneij · texte numérisé non relu

Laughlin. Principles of moneij

observer le véritable caractère non pas cléductif mais inductif de cette démonstration, il était nécessaire de se demander si l'induction était parfaitement légitime : et, sans vouloir discuter ici en principe sa valeur comme procédé de démonstration, les caractères très particuliers de la marchandise considérée ne semblent pas permettre, en l'employant, de raisonner par analogie.

Aussi beaucoup d'auteurs se sont-ils efforcés de fournir à cette théorie une démonstration expérimentale directe. Voici comment ils procèdent généralement : ils mettent en regard les variations du stock monétaire et les mouvements des prix ; puis ils cherchent si les deux courbes concordent : lorsqu'il y a concordance, c'est une confirmation de l'hypothèse quantitative : lorsqu'il y a discordance, on explique cette anomalie par une variation dans la demande de la monnaie, ou par tout autre facteur capable d'agir sur les prix.

Cette méthode est incorrecte, et fausse en son principe : car, ce qu'il faut comparer aux mouvements des prix, pour savoir si ils dépendent du rapport entre l'offre et la demande de monnaie, ce ne sont pas les variations du stock métallique, qui sont seulement celles de l'offre de monnaie,

mais les variations du rappoi-l ci i lie cette olî're et la demande de monnaie. Ce iTesl donc pas seulement en cas de discordance entre la courbe du stock métallique et celle des prix qu'il faut tenir compte de la demande, mais dans tous les cas. La concordance entre ces deux courbes ne prouve rien : elle n'indique i)as (pTil y ait corrélation entre les variations des prix et celles du rapport entre l'offre et la demande des métaux précieux. Par conséquent, l'invoquer comme une présomption en faveur de la théorie quantitative, pour chercher ensuite à expliquer les discordances par une variation dans la demande de monnaie, c'est commettre une pétition de principe.

Certains auteurs ont posé le problème d'une façon scientifique : tel M. Levasseur qui, dès 1857, dans la Question de l'or tient compte expressément du rapport entre l'offre et la demande de monnaie et cherche à déterminer en quel sens il faut entendre la demande de monnaie ; puis, dans un ouvrage récent (1), M. Aupetit. La grande difficulté qui se présente alors est d'atteindre les variations dans la demande de monnaie : tandis que nous avons sur l'accroissement du stock de numéraire des données satisfaisantes,

l. Théorie yènéralf de la monnaie. Paris. lUUO.

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sur le mouvement des prix des informations utilisables, il nous est très difficile d'apprécier même approximativement Tintensité de la demande de monnaie. Aussi M. Aupetit a-t-il voulu envisager des périodes où la demande pût être considérée comme constante, de telle sorte que les variations du stock métallique, c'est-à-dire de Toffre seule pussent être prises en fonction des variations du rapport entre Toffre et la demande. Telles sont les conditions qu'il a pensé réaliser en choisissant des périodes, relativement courtes, pendant lesquelles une brusque augmentation d'abord (de 1849 à 1860 découverte de mines d'or) puis une brusque diminution (de 1868 à 1879 démonétisation de l'argent) de l'accroissement annuel du stock ont coïncidé avec une augmentation puis une diminution des prix. Dans ces conditions, en effet, la comparaison de la quantité de numéraire et des prix peut avoir une certaine force probante. Il tente ensuite d'expliquer les divergences des deux courbes pendant d'autres périodes par une démonstration très ingénieuse, mais dont il reconnaît luimême le caractère conjectural.

Il faut ajouter, d'ailleurs, que même la constatation certaine de quelques coïncidences ne saurait avoir que la valeur d'une présomption : puisque aussi bien elles pourraient être fortui-

tes ou avoir une autre cause (1). S(Mile la connaissance du processus qui relie reffet à la cause aurait pleine force probante ; il semble que tout n'ait pas encore été fait en ce sens et que la démonstration expérimentale de la théorie quantitative laisse encore beaucoup à désirer.

A plus forte raison, ne pouvons-nous considérer comme démontrée expérimentalement une doctrine dont elle est la base.

Encore y a-t-il quelques réserves à faire sur la valeur déductive de la doctrine ricardienne du commerce international. (>ai- la théorie qui fait dépendre la valeur de la mormaie de sa quantité, ou, plus exactement, du rapport entre l'offre et la demande de numéraire n'a jamais été affirmée que toutes choses égales d';\illeurs : or, pour que la doctrine ricardienne fût l'interprétation exacte des conditions d'équilibre du commerce international, pour que la monnaie eût le rôle d'un régulateur naturel des transactions, suffisant à lui seul pour assurer le maintien de l'existence économique de la nation, il faudrait que son action ne fût pas seu-

1. Les causes techniques, agissant sur les conditions de la production, peuvent avoir également pour résultat final un mouvement des prix qui s'e.xprime par une hausse ou une baisse générale — Cf. Levasseur, op cit. De Forville. aji. cil. Arnauné La i/io/tnaie — , et il est assez uialaiséde les isoler.

lement virtuelle, mais toujours effective. Cette thèse contient donc au moins un postulat : à savoir qu'aucun autre facteur ne peut contrarier l'influence de la monnaie sur les prix.

Ce simple examen logique de la doctrine qui sert en quelque sorte de thème à cette étude suffit à montrer que nous ne saurions opérer sur les données qu'elle nous fournit. Mais il est permis et il sera peut-être utile d'étudier quelles sont les propriétés des instruments monétaires qui servent à régler les échanges internationaux, et quel est leur rôle dans le commerce international ; ou, du moins, si ce rôle est bien celui qu'indique la théorie, si ces instruments monétaires ont sur les prix nationaux une action qui mette la production nationale en harmonie avec les besoins des échanges avec l'étranger.

Il faudra donc rechercher d'abord quels sont les moyens de règlement usités dans le commerce international ; et comme le rôle que leur attribue la théorie ricardienne repose sur une relation entre l'état de la balance des comptes et les transports de monnaie métallique, nous aurons à chercher d'abord quelle relation il y a entre ces deux éléments, ou, en d'autres termes si c'est toujours la monnaie métallique qui intervient pour régler la balance des comptes.

Il faudra ensuite examiner si les variations du stock métallique, dues aux transports de métaux précieux, ont sur les prix, et si les prix ont sur le commerce extérieur l'action régulatrice qu'indique la théorie ricardienne.

Il y aura donc à rechercher si l'observation présente les trois relations successives indiquées plus haut entre :

1° La balance des comptes et les mouvements de la monnaie métalliciue ;

2" Les mouvements de la monnaie métallique et ceux des prix ;

3° Les prix et le commerce extérieur.

Un procédé fréquemment employé en économie politique consisterait à suivre d'abord les variations de chacun de ces éléments pour voir si elles sont concomitantes. Mais étant donné la complexité des phénomènes, la difficulté de les atteindre, le petit nombre des observations possibles, ce procédé nous semblerait ici peu probant, et aussi peu explicatif. Car, de ce que la réalité présente des faits conformes à une certaine conception doctrinale, il ne s'ensuit pasqueTexplicationdes phénomènes soit dans cette conception : plusieurs processus différents pourraient donner un même résultat, et des coïncidences n'expriment pas nécessairement des relations.

Il semble donc plusprudent d'examiner d'abord dans quelles conditions elles peuvent s'établir.

C'est à cet examen que seront consacrés les trois chapitres suivants. Et la comparaison des divers éléments dont la théorie affirme la corrélation fera l'objet d'un quatrième chapitre.

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