liastaiiic, Dit, cit., p. I:î
taux de Tescompte ralentit les affaires ; d'où baisse des prix.
Il est concevable^ en effet, qu'une exportation de numéraire, due aux engagements internationaux, vienne diminuer le stock monétaire, peutêtre au point de provoquer une crise.
Dans une étude sur les crises (1) M. Em. de Laveleye, admet la possibililé d'une telle relation : c'est même dans l'état de la balance des comptes qu'il voit la cause la plus générale des crises. Que cette conception soit fondée ou non, nous devons retenir d'abord que la relation entre une exportation de numéraire et la crise n'est pas nécessaire. Nous ne savons pas en effet, à priori, dans quelle mesure le stock métallique doit être diminué pour que le mécanisme fiduciaire ne puisse fonctionner ; assurément cette mesure serait très varial^le et dépendrait de nombreuses circonstances. Mais nous pouvons affirmer que toute exportation de numéraire ne provoquera pas la crise qui doit amener la baisse des prix ; la baisse des prix ne résultera donc pas toujours d'une exportation de numéraire comme le voudrait la tbéorie ; et si elle se produit, ce sera, remarquons-le simplement ici, une baisse brusque et probablement
i. Le Marché monétaire et les crises.
passagèi'C, iioii inu' (liiiiiinilioii in-durcssivo. Déplus, il se peut (|iriiii(' crise, cl la baisse (les prix consécutive, provienne de causes autres (pTiine exportation de intMaux précieux. Et s'il en est ainsi, Finlluence de rexportalion des métaux précieux ne sera-t-elle pas neutralisée, son action rendue inutile, [)ar un(^ cause dilTéreute, (pii i)r(uluirait à rétr;uiu-c[' des eflcts idcnti(pies? Nous avons admis en elTet cpTune certaine ({uantité d'espèces métalliques était nécessair{^ au fonctionnement du système fiduciaire et que la diminution de cette quantité en pouvait enrayer le mécanisme. Mais la quantité de numéraire nécessaire dépend des conditions très variables dans lesquelles il fonctionne, de l'intensité momentanée de ses besoins. Or, le crédit, au sens propre du mot, peut accroître le besoin de numéraire réduit par la couqicnsalion. Ainsi, l'escompte, en mettant à la disposition du créancier une certaine somme de monnaie que le débiteur devra fournir à son tour à l'échéance, exige un ilouble déplacement de monnaie, tandis que le paiement à l'échéance n'en aurait exigé (pi'un. Il en est de même de toute avance, de tout prêt : cai- l'objet de l'obligation est ici, à la fois [)(Mir le débiteur et {)oui'le créancier, une somme d'argent ; et si cette avance ne re[)ose pas, <"(ainuc dans l'escompte, sur une
transaction déjà conclue, elle constitue une transaction nouvelle exigeant, à elle seule, un double déplacement de numéraire.
On peut objecter que escomptes et avances se font aujourd'hui bien souvent au moyen de simples inscriptions faites par le banquier au crédit du client et que ces sommes seront souvent réglées au moyen de virements, sans versement d'espèces. Sans doute, dans le règlement de ces avances, il sera fait usage des moyens les plus perfectionnés de compensation dont disposent les grands établissements de crédit. Mais, lorsque la spéculation demande beaucoup aux avances, puis que, au moment critique, il est fait appel aux renouvellements et aux réescomptes, il arrive que les banques ont beaucoup plus de créances à payer que de dettes à recouvrer. La compensation ne peut plus s'opérer dans la même proportion, et c'est par conséquent dans une plus large mesure que le mécanisme du crédit doit, pour continuer à fonctionner, recourir au numéraire. Et c'est seulement dans ces circonstances, d'après M. Juglar, que l'exportation du numéraire, résultat elle-même de la mévente due à la spéculation à la hausse, provoquerait la crise. La balance des comptes ne jouerait plus dans cette théorie que le rôle éventuel de cause occasionnelle. Il est aisé d'aller un
peu pins loin en affirmant ([no la ci-isr an rail pn se pi'odnire même sans rintervenlion de eette cause seeondaire : si la rnplnri» clNupiilibre entre le stock métallique et l;i ciicnlation liduciaire dépend d'une relation entre ces deux éléments, elle [tiMil cti-c anssi bien pi'(ivnqii(''c pni- im accroisscnuMil dw besoin de monnaie, le sNiek restant le même, (jiie par mie dimiiiMlii m (bi stock, le besoin restant le même.
Nous n'avons pas à nous excuser de ne pas aborder ici le problème des crises. Mais, quelles que soient les divergences dans l'interprétation de ce pbénomène et même la (bveisilé des conceptions, en l'absence cFune ({(''linitiim pri'cise, on ne contestera probablement [)as ([ne la crise, au sens vague, qui senle nons intéresse, d'une dépression des prix, provoqnée })ar une pertnrbalion économiqne (juelcouque, ne puisse tout au moins avoir d'autres causes qu'un excédent d'exportation dn numéraire ; et dès lors, il est vrai que l'iidbienee de l'exportation des métaux précieux [uimia êti"e nentralisée par une cause dilï'érente (jiii [inidnirait à l'étranger des etTets identi([ues.
Ainsi, l'dftloii dircttr (fc-: /nof/rc/nc/it^ ^/^'.s' rnétai/cZ' p/'écictfJL' se Inutccrait , en li'iiiji^ nornml, rèriaite, en présence d'une i-inciihnion '//oss/e jui/'
la monnaie fiduciaire ; et elle pourrait être neutralisée par les variations delà circulation fiduciaire, dans la mesure où elles sont indépendantes du stock métallique.
Quant à l'action indirecte qu'ils devraient exercer, par les variations de ce stock, sur la circulation fiduciaire, elle est évidemment incertaine et bien différente de cette infiuence progressive cpie voudrcdt la théorie.
De plus, les conséquences que pourrait avoir sur le commerce extérieur une crise monétaire peuvent être neutralisées par toute autre cause qui produirait à l'étranger une dépression équivalente des prix. Cette dernière considération sera développée dans le chapitre suivant.
§ 2. — Le stock métallique et les prix.
Pour qu'il fût permis de compter sur les transports internationaux des métaux précieux^ pour modifier les prix conformément et proportionnellement aux besoins de la balance des comptes, il faudrait que leur action sur les prix ne pût être annihilée ni même démesurément accrue par un autre facteur. En est-il ainsi ?
L'action possible de l'étendue du stock métallique sur les prix peut être troublée par des eau-
ses ou générales, ou propres aux cruidiliiuis du commerce international.
Parmi les facteurs qui peuvent agir — el [)n\cisémont en sens invei'se du stock métallique — sui- les [irix nationaux, il l'aul citer d'abord le prix des objels imijorlés. En elTet riulliKMice de la quantité des espèces ni(''lnlli(|ues ne pcnl s'exercer que sur les pi-ix inh'M'ionis : supposons (pie la (piantilé d'espèces en circulation diniiinie, les prix, d'après la théorie, baisseront dans le [lays ; quant aux prix étrangers, s'ils varient, ils ne pourrunl que Aaricr en sens inverse, et, dans notre exemple, augmenter, grâce à l'accroissenient du slock étranger ; ou du moins, restant constanls, ils auront toujours augmenté par ra|)[)orl aux prix intérieurs qui oui baissé (1). Seule une conception trop simpliste peut ne voir dans l'élévation, au moins relative, du prix des importations, qu'un facteur tendant à redresser la balance des comptes. Celte conception inq)li-
1. ]>es pays dont lu monnaie nalionale est dépréciée, et où la luonnaie extérieure a une valeur plus grande qu'à l'étranger, donnent un exemple probant de la résistance des prix d'importation. Ainsi, au Mexique, tandis (jue les prix des produits naturels n'ont guère varié par lapport à la monnaie nationale, et, partant, ont baissé, par rapporta lor. les prix des importations ont écbappé à ce mouvcMuenl de baisse. Cf. S/iecia/ Coiisular //fyw/7i-.\\'asliingi(m, [.\\\\ . Mnmij diid lu-iccs In forriijn coimtrit'x. p. 1 15 sq.
que en effet le postulat invraisemblable que les marchandises importées font l'objet d'une consommation immédiatement destructive et sans influence sur les prix intérieurs.
Or, il arrive bien souvent que l'importation est matière première, machine, ou capital flottant, c'est-à-dire qu'elle entre dans la composition des produits nationaux ; et par conséquent son prix de revient est un élément constitutif de celui des marchandises produites dans le pays ; d'ailleurs même les importations, telles que les produits alimentaires, qui font l'objet d'une consommation destructive, peuvent avoir sur les salaires une influence qui se traduirait par une variation des prix. Il est absolument impossible de déterminer a priori dans quelle mesure cette action directe des variations du stock métallique serait compensée par l'action qu'elles exerceraient indirectement sur le prix des importations. Mais il y a assurément dans cette action indirecte une force compensatrice. Et cette observation théorique est confirmée par les faits dans les pays où des circonstances particulières présentent à l'observation une différence de valeur entre la monnaie nationale et la monnaie étrangère (1).
1. C'est l'une des principales causes qui incitent les pays à
Un autre facteur qui peut aiiir sur les prix nationaux, indépcndamnient des besoins de la balance des comjjtes et de la quantité d'espèces métalliques, c'est la diiïérence d'étalon monétaire. Soit un pays à monnaie d'argent : cette monnaie a perdu une partie de sa valeur par rapport à l'or ; si les prix n'ont pas varié relativement à la monnaie d'argent, ils ont baissé relativement à l'or, monnaie internationale. En fait, on constate généralement dans les pays à circulation dépréciée une augmentation des prix relativement à cette circulation qui modère leur diminution par rapport à l'or ; mais on admet généralement que la bausse des prix, inférieure à la prime de l'or, laisse encore subsister une certaine diminution des prix exprimés H?n or. Mais cette baisse des prix, qui peut avoir sur le commerce extérieur les effets indiqués par la théorie (sauf la réserve indiquée plus haut) est — souvent du moins — indépendante de l'état de la balance et de la quantité d'espèces en circulation : cela est évident pour les pays à étalon d'argent ; et même dans les pays à monnaie de papier, l'émission ou le cours forcé du papier, dont ladéprécialitui
monnaie dépréciée à revenir à la bonne monnaie. Voir le rapport de la commission mexicaine, Diario officiai du Me.ri(/ut', oct. l'J03 et le rapport de M. Villavcrde. /ùonoiiiisfc rurojti'ni, S-'sem. 1903.
Nogaro 10
amène une baisse des prix par rapport à l'or, apparaît le plus souvent comme le résultat immédiat de la situation budgétaire et non comme une conséquence, du moins directe, d'une diminution de stock monétaire. Il y a donc bien là un facteur dont l'action indépendante peut ou contrarier celle de la quantité des espèces, ou la renforcer : de telle sorte que les résultats de ces deux forces réunies ne soient aucunement proportionnés à la première.
En dehors de ces causes propres à l'existence d'économies nationales distinctes, il en existe de plus générales qui peuvent exercer sur les prix une influence indépendante de celles que la théorie attribue aux mouvements des espèces métalliques.
Et d'abord, si l'on applique la loi de l'offre et de la demande à la monnaie, on doit se rappeler l'exception classique qui est faite pour les prix fixés par la coutume (1). Nous devons donc admettre ici que certains prix échappent à l'influence possible des variations du stock de monnaie ; — et, comme les marchandises d'exportation ne sont pas nécessairement négociées sur un marché, il se peut qu'une partie au moins des exportations ne la subisse pas. Il y a donc, dans