‹ Le role de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitativeChapitre 34 sur 44 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

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l»i*i'ciru!«L et le»» prix, craprèiit leM «luniièes

Htatifiiifutvn.

Nous avons, conformément à la méthode qui nous a semblé être la [)Ius prudente, examiné, dans les chapitres précédents, dans quelles conditions pouvaient s'établir, dans une « économie à crédit », les trois relations successives entre : la balance des comptes et les mouvements des métaux précieux, les mouvements des métaux et ceux des prix, les prix et le commerce extérieur. Cet examen nous a démontré que les conditions dans lesquelles s'effectuent les échanges intcrnalionnnx n'autorisent pas à considérer ces relations comme nécessaires. Il a abouti en elTet, aux constatations suivantes :

1" La 1)0 lance des comptes peut ne pas pruvorp(c/' un transpoft de monncde mètcdlique j

2° Même si ce trcuisport a lieu^ il peut, pour diverses raisons (circulation Jiduciaire^ emplois industriels des métaux „ etc.Jj ne pas agir sur le stock métcdlique ;

3" Même s'' il agit sur le stocks, les prix peuvent ne pas varier conformément à V influence que la théorie quantitative attribue aux variations du stock (coutume^, prix d'' importation, etc.J, complexité de Vaction du stock monétaire ;

4° Même si la variation du stock agit sur les prix, d\(utres causes peuvent agir su/' eux à V intérieur du i)ags;

5° Même si les variations des prix intérieurs sont conformes à celles du stock j leur infuence sur le commerce extérieur peut être neutralisée par une cause provoquant un mouvement ancdogue des prix à V étranger ;

6" Même si r action du stock métcdlique s'exerçait seule, l^ rapport entre la diminution des prix et V augmentation des exportations fou inversementj iHétant pas connu, on ne saurait affirmer cpCelle aurait pour effet de redresser la balance.

L'enchaînement des faits qui devrait se réaliser pour que la théorie fût exacte peut donc, à tout moment, faire place à un enchaînement différent et contraire. C'est tout au plus si l'on peutie considérer comme possible dans certains cas. Or pour que la théorie fût l'interprétation

des conditions normales de réqiiilil)re, il faudrait ([u'on put les constater toujours.

Nous sommes diuie déjà auhwisés ù coud un; ;'i l'inexactitude de la tlu'MU'ie ricardiouuc du commerce international, (lai- certainement les conditions de l'équilibre du commerce extérieur ne sauraient s'expliquer par cette conception unique. Mais elle exprime peut-être l'action latente d'une force que nous n'avons pu isoler, et qui, si elle existe réellement, se combine certainement avec d'autres facteurs dont nous avons siiinalé rexisleuce. Ce[)(Midaul, il n'y a rien, dans les observations faites jus(|u'ici, (jui nous permette de mesurer l'influence de ces divers facteurs ; il n'est donc pas impossible que celle que la théorie ricardienne attribue aux variations du stock métallique soit />//r/>o/lc^é/'a/ia^ Un seul moyen s'offre à nous pour riM-hercher s'il en (^st ainsi, c'est de c(inq)arer les données slaLisli([ues relatives aux mouvements de la balance des comptes, du stock métallique, des prix et du eoniuierce extérieur.

S'il existe entre ces divers éléments la concordance qu'impliquerait la th(''orie ricardienn(\ cc^ sera une présomption en faveui- de eelle tlK'oi'ie. Si cette concordance n'apparaît pas, nous

n'aui'(iM> aiieuuc rai>i>u de ci iiisi(l(''|-ei' enuiiut' NoL,'aro H

ayant une action prépondérante les relations qui existent, selon cette conception, entre ces phénomènes.

Nous pourrions considérer d'abord ce qui constitue à la fois le point de départ de la théorie et son point d'arrivée : la balance des comptes, et rechercher si elle ne présente pas à l'observation des mouvements alternatifs qui permettent d'y voir une tendance à l'équilibre due à un redressement automatique, sous l'influence des exportations de numéraire et de la baisse des prix. Mais une telle constatation, même si elle était constante et universelle, serait de peu de poids, car bien d'autres causes, et, parmi elles, le seul hasard des transactions, doivent nécessairement amener quelques oscillations dans la balance des comptes.

Il est donc nécessaire de rechercher si la réalité présente, entre chacun des éléments des relations successives que nous avons envisagées, des coïncidences qui permettent de croire à l'existence de ces relations. La théorie ne saurait manquer, si elle est l'interprétation exacte de la réalité, d'être aussi bien vérifiée par un examen analytique, et les constatations ainsi effectuées seraient plus probantes.

Voyons donc dans quelles conditions il est

possible d'atteindre ces divers éléments et de suivre leurs variations successives.

A. Balance des comptes et mouvements de numéraire.

Nous avons déjà dil que la balance des comptes ne peut être directement constatée ; il est donc impossible de comparer, au moyen de la statistique, les variations de la balance des comptes avec celles des mouvements de métaux précieux; le point de départ de notre observation ne peut donc être que le transport international des métaux précieux ; et nous avons vu que cet élément ne pouvait être pris en fonction du premier. Nous savons donc seulement que, pour une part considérable et croissante, la fonction de monnaie dans le commerce international est enlevée par les valeurs mobilières aux métaux précieux. Et, par conséquent, il n^y a certainement pas entre les variations de la bcdance des comptes et les mouvements de la monncde métallique la corrélation constante qu'exigerait la théorie.

B. — Mouvements du numéraire et prix.

Pour élucider cette [)artie du pi'oblème, il

serait désirable de connaître à tout moment la relation existant, pour chaque pays, entre le stock métallique et les prix ; ainsi nous en pourrions suivre les variations simultanément dans les divers pays. Si la théorie est exacte, les prix doivent être d'autant plus élevés que le stock métallique est plus considérable et inversement ; et les variations de ces deux éléments doivent être inversement proportionnelles ; si nous envisageons plusieurs pays à un moment donné, ceux qui ont le stock métallique le plus considérable ont les prix les plus élevés, et inversement ; et si nous considérons les mouvements de numéraire d'un pays à l'autre, les prix doivent tendre à baisser dans cekii qui a exporté du numéraire et à hausser dans ceux qui en ont importé ; du moins ils baisseront dans les pays qui ont un excédent d'exportation de monnaie et hausseront dans ceux qui en ont un excédent d'importation. Et comme, d'après la théorie, les fluctuations des prix doivent rétablir l'équilibre dans la balance des comptes, la courbe des mouvements du numéraire doit, au bout d'un temps que la théorie ne détermime pas, changer de direction. Ainsi nous devrions constater simultanément, dans certains pays, des importations de numéraire accompagnées de hausse des prix, et dans d'autres, des exporta-

tions accompagnées de baisse. Puis, au bout cVun certain temps, les mouvements des métaux précieux ayant renversé la balance, les pays considérés présenteraient une relation inverse. La production des mines conipliquc un [tcu le [jmblème : mais cette j)r()(lii('iioii nouvelle doit se disli'ibiici' snivnîil les mêmes principes (pie le slock exislani (1) : le pays producteur verra sa circulation iiiél,illi([U(> s'accroître jusqu'à ce que les prix haussent, et dès lors, la balance des cmnptes devenant d(Mavoi'able, la production se diriii'era vei-s les pays où la bîiisse des [)rix a amené une balance favoi-able (2). Ce ((ui est perdu poui'uue nation est gagne) par d'autres : de telle sorte (jiie nous devrons constater dans les (litTérents pays des mouvements inverses des métaux et des pi-ix.

Mallieureusemenl il ne nous est pas possible de les suivre dans leur ensemble ; cai' nous ne possédons pas |)onr tous N^s pavs considérés dans une même p(''riode dt's i-enseiniK^ments statistiques à la t'ois sur le stock nu-lallicpie et siu' les prix. Nous en sonnnes donc i"f''(luils à reeliercbei', isolément, ponr (li\'ers paysel à (\o<

{. nirarJo. Hit/li iirire o/ Imllion.

•1 Loslii', h'ssai/s. 2*'i''diL, XX, donne de oeltc disliil)ution des métau.x précieu.x une description (jui, mallieureusenient, rond compte moins des faits que de la conception de l'auteur.

époques différentes, la relation entre le stock métallique et les prix. Mais si la théorie est exacte elle devrait trouver sa confirmation dans ces constatations isolées.

Examinons les procédés par lesquels nous pouvons atteindre les variations du stock métallique d'abord ; celles des prix ensuite.

§ 1. — La statistique des mouvements internationaux des métaux ppéeieuœ.

En ce qui concerne le stock métallique, sa quantité ne peut pas, étant donné la dispersion des espèces, être mesurée, mais seulement évaluée ; d'ailleurs il nous importe moins de connaître son état, à un moment et pour un pays donné, que ses variations au cours d'une certaine période. Cependant des procédés d'évaluation très ingénieux qui ont été imaginés et mis en œuvre par divers auteurs (1) aboutissent à des résultats assez concordants pour qu'il puisse être permis de tirer quelques conclusions de leurs résultats. La comparaison du stock évalué et des prix dans divers

1. Notamment, en France : de Foville {Economiste français, 1878, 1894, 1898) et Ottomar Haupt.

pays montre immédiatement que les relations entre ces deux éléments ne sont pas proportionnelles : ainsi le stock monétaire de la France est supérieur de près de moitié (1) à celui de rAngleterre, pour un chiffre d'affaires certainement très inférieur, et l'on peut admettre sans conteste que s'il y a entre les prix, dans les deux pays, une différence, elle n'est pas proportionnelle ; le développement inégal du crédit dans ces deux nations suffit à expliquer ce phénomène. Mais il nous importe de savoir si les variations du stock métallique dues au commerce extérieur y ont ime action égale sur la circulation, et par là sur les prix.

Pour atteindre les variations du stock métallique, nous disposons de moyens d'investigation nom])rcux, mais imparfaits : les statistiques douanières, les cours du change, les encaisses des grandes banques, la statistique des frappes, celle de la production des métaux précieux, les évaluations officielles de leur emploi dans l'industrie. La combinaison de ces divers éléments donne quelque précision aux

1. La statistique américaine du difcclor of ihe iniii/ donne pour 1900, en millions de dollars 617,8 à l'Angleterre et 1.231.8 à la France.

résultats ; cependant, il est nécessaire d'examiner séparément la valeur de chacun d'eux.

Les statistiques douanières sont les premières — bien souvent les seules — auxquelles on s'adresse lorsqu'on veut suivre les transports internationaux des métaux précieux ; cependant leur imperfection notoire est encore plus évidente à Fendroitdes métaux précieux ; et la faible valeur de ces statistiques se manifeste clairement par les contradictions que présentent les relevés de divers pays ou même les différents services d'un même état lorsqu'ils enregistrent les mêmes mouvements. Ajoutons que les transports individuels, qui, pour les autres marchandises ne bénéficient guère à rimportation que d'une tolérance minime, jouissent généralement pour les métaux précieux d'une complète liberté.

La valeur de ces statistiques est, d'ailleurs, variable selon les pays. Ainsi, la concordance remarquable entre les relevés anglais et ceux des Etats-Unis des mouvements de métaux précieux entre ces deux pays les signale l'un et l'autre à la confiance de l'économiste (1). Mais entre la France, l'Allemagne et l'Angleterre, par exemple, les différences sensibles invitent à la défiance (1).

i. Sœtbeer. Maténaiix pour servir à F étude de la question monétaire, pp. 46, 47 et s.

Tout au plus peut-on iiidiquor pour la France notamment, comme un témoigna.ne possible d'exactitude générale, la coïncidence de la prime de l'or avec l'enregistrement des exportations de numéraire (1). En Italie, les différences d'évaluations de deux services publics semblent indiquer que des entrées el des sorties considérables (2) échappent à radininislralidn des douanes. Ainsi, le mancpie (riiomogén(''il('' pdiiiun moyen (rinfoi-nialion destiné à meltre en évidence simultanément des faits qu'il |»eut èlre nécessaire de suivre dans plusieurs pays à la fois, vient s'ajouter à l'imperfection inhérente à sa nature.

Aussi ne devons-nous tirer de la slatislique douaiiirrr ({ue des conclusions très prudentes : un excédent d'exportation considéi'able, comme celui que présente la statistique italienne entre 1862 et 1868 (3), ou un excédant presque constant d'imporlalioi) (-(imme ceux qui l'olèveni les sta-

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