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se regarde penser. Il « aboutit par cette manie » à la déroute de son esprit. »
Premier défaut, il est personnel à l'extrême. Puis la vivacité, l'intensité de ses images, est telle qu’il en perd sa personnalité, qu’il la change.
Il a des extases comme les mystiques et il en distingue deux degrès : « Au premier, le monde se volatilise et devient un pur songe; au second, notre moi à son tour n’est plus qu'une ombre, le rêve d’un rêve, fantasmagorie brahmanique. »
« Tout, dit-il, me tente et m'’attire, me polarise, me métamorphose et m’aliène momentanément de ma personnalité qui, volatilisée, expansive et centriP fuge comme l’éther, tend toujours à se perdre dans l’espace, sans bornes, ou inversement à se condenser dans un point insignifiant de sa propre étendue. » (1856.)
Dans cet état Amiel ressent une impression d’allegement comme si, passant à l’état gazeux, il abandonnait la terre, gravissait le ciel jusqu'à un point qui dominerait le monde, maïs où le vertige vous guette. L’élévation spirituelle s'ajoute
« On se sent exister sous une forme pure, dans le monde le plus éthéré de l'être, la conscience de soi. » (2 janvier 1880.)
« Les relations avec le corps, avec le monde extérieur, avec les autres individus, s’épanouissent. »
(18 février 1881.) « Je reviens de moi même à l’état fludie, vague indéterminé » « Toutes les idées, manies, connaissances, habitudes, s’effacent en moi. » (14 août 1869.) « La pensée nous dépersonnalise et nous fait vivre dans le grand tout. » (18 août 1875, 9 h. 30.) Je ne trouve aucune voix pour ce que j'éprouve.. Un recueillement profond se fait en moi, j'entends battre mon cœur et passer ma vie.
Je me sens anonyme, impersonnel, l'œil fixe comme un mort, l’esprit vague et universel comme le néant ou l’absolu ; je suis en suspens, je suis comme n'étant pas.
En ces instant sublimes, l’âme est rentrée en soi, retournée à l’indétermination.
« C’est à l'extase tranquille, l'enthousiasme recueilli, la contemplation émue, l’adoration calme.
« Il lui faut un effort pour se ressaisir, pour l’affirmer et se personnaliser. Comme tous les mystiques, il s’imagine, par l’extase, acquérir une connaissance objective et percevoir l'absolu.
Mais, loin de conquérir l’absolu qui devrait être toujours identique à lui-même, ses idées sont en contradiction constante. Son cerveau est un caléidoscope.
D'ailleurs, nul n’a été plus sévère pour luimême. Il se rend compte de l’inanité de sa méthode et de la vanité de ses résultats, quand il dit :
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« La rêverie tourne sur elle-même comme le rêve. Le soliloque sans but est une perte de temps. »
Amiel n’est donc pas un grand philosophe, mais c'est un artiste. Comme c'était un fatigué, il ne s’astreignait pas au dur travail du style. Quand il écrit son journal intime, il est spontané, intuitif :
« Hors de mon journal ou de ma correspondance, où ma plume court la bride sur le cou, je ne puis écrire. » (3 février 1862.) Il est rare qu'il se relise, aussi ses idées sont-elles souvent décousues.
Mais souvent il a des beautés de style, par des images inattendues, par des métaphores pittoresques, par la force des expressions, par sa sincérité absolue, toutes qualités qui mettent en relief l’originalité de ses pensées et de ses états d'âme.
Concluons : Amiel, dès sa jeunesse, est affaibli, déprimé, mélancolique, sa tuberculose à une marche lente.
En 1870, à 49 ans, il a chaque hiver des rhumes et des bronchites, puis en 1874 des étouffements, il meurt en 1881. |
On attribuera à son mal sa timidité inquiète, sa sentimentalité, sa terreur de l’action. Il se borne à rêver, à s’étudier.
Sa pensée, toujours active, s’introspecte constamment. Le résultat est des contradictions constantes ; mais il séduit souvent par des beautés de