‹ Le rôle de la tuberculose dans l'œuvre artisteChapitre 14 sur 19 · A EN · texte numérisé non relu

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style. S'il n’est pas un grand philosophe, c’est un artiste.

Mozart. — J. Leopardi. — Maurice de Guérin.

— Marie Baskirscheff.

Il est exceptionnel d’avoir sur les géniaux phtisiques des biographies aussi décisives que les précédentes. Le plus souvent leurs auteurs négligent l'état de santé de leurs héros ; car celui-ci passe pour être sans relation avec leurs œuvres.

Très nombreux sont les géniaux artistes qui ont produit en tuberculose et qui sont morts de ce mal.

Parmi eux, nous avons choisi les suivants parce que leur maladie, bien que peu étudiée, a agi manifestement sur le mode de travail ; hyperactivité de Mozart, pessimisme de Léopardi, tristesse de M. de Guérin, égotisme de Marie Baskirtscheff.

Mozart (1956-1791). — Fut paresseux dans son enfance, il avait alors une bonne santé. À part la musique, il n’était pas cultivé. En 1788 se seraient manifestés lés premiers symptômes de son mal de poitrine, compliqués d’affection nerveuse, d'accès de mélancolie, de crainte de la mort. A la fin de sa vie il croyait qu'un ennemi l’avait empoisonné. Mais la création musicale ne fut jamais pour lui un tra-

— ho —

val, c'était une floraison (1). Il avait une facilité extraordinaire et était constamment occupé à son art.

La phtisie n’arrêta pas son activité mentale, bien au contraire. Il eut, la dernière année de sa vie, une activité prodigieuse,

Léopardi. — Est le type du tuberculeux pessimiste. Enfant, il est déjà maladif et chétif.

Sa sensibilité physique est très vive, les sensations visuelles, auditives, de température, le ravissent quand elles sont agréables, le torturent quand elles sont pénibles. De même sa sensibilité morale : c'est un passionné. « J’ai besoin d'amour, de jeu, d'enhousiasme, de vie, écrit-il à son frère. »

Son imagination est ardente, à huit ans, il compose de petits romans. Analyste, il cherche le vrai et il le hait. Finit tuberculeux, cardiaque, hydropique. Amours malheureuses.

Il devint tuberculeux et de ce fait tourne au pessimisme.

On retrouve dans les vers de Léopardi les étapes de sa vie. Il n’a jamais prétendu peindre autre chose que son propre cœur, et il l’a fait avec une sincérité sans égale, il ne s’est pas composé une figure d'emprunt. De quelque côté qu’on l’examine,

(x) Romain ‘Roland. Les musiciens d’autrefois, p. 260.

c'est toujours le même homme immobilisé dans une altitude qu’on n'oublie pas.

Les poètes lyriques, qui puisent largement dans leurs inspirations personnelles, et dont l’imagination mobile s’ébranle au choc des mille incidents de la vie, habitent dans leur œuvre et il y a un grand charme à les y chercher. (Bouché-Leclercq.) Depuis sa mort sa gloire n’a fait que grandir. En 1898, les Italiens ont commencé une édition en dix volumes de ses pensées littéraires et philosophiques.

Maurice de Guérin (1810-1829). — À une indi-

vidualité parente à celle d'Amiel et celui-ci le remarque dans son journal.

[Il fut dès l’enfance un candidat à la tuberculose ; il était débile, frêle, d’une santé faible avec une tristesse inquiète ; il vécut solitaire et timide. Les premières manifestations de son mal datent du printemps de 1837.

C’est en puissance de tuberculose qu'il écrivit son journal et sa correspondance. Et il était déjà malade quand il écritvit son Centaure et son Bacchus.

Comme Amiel, Maurice de Guérin s’introspecta et décrivit ses états d’âäme. Mais il n’entreprend pas de philosopher. Il nous émeut parce que ces émotions sont vives, parce qu'il décrit et analyse ses

sentiments êt les exprime en un beau style. Il donne l'expression peut-être la plus haute de la tristesse humaine, et ce fut un douloureux pessimiste.

Marie Baskirtscheff (1860-1884). — À aussi écrit son journal. Elle a commencé à douze ans et la continué jusqu'à onze jours avant sa mort, causée par la phtisie chronique.

Elle avait des parents poitrinaires. Elle eut dans son enfance une gouvernante phtisique. |

Le mal est devenu manifeste en 1876 et a progressé peu à peu.

Son journal ëst une confession pleine de franchise ; elle expose ingénument ses qualités et ses défauts. Elle est vaniteuse de sa situation sociale, de son aristocratie, de ses relations, de sa fortune, de son talent. « Je me crois, dit-elle, trop admirable pour me censurer ».

On aime sa sincérité, ses pensées sont peu cohérentes : elle n’a pu donner toute sa mesure.

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