RE APE
honnôte et laborieux il le recommandera à des propriétaires en quête d’exploitants et nul doute que ceux-ci ne l’acceptent si leur conseiller fait valoir auprès deux de pareilles qualités. Si le jeune homme manque de garanties et qu'il y ait là un obstacle à son admission, le notaire pourra les lui fournir et favoriser le preneur comme nous l'avons vu plus haut favoriser l’acheteur.
Il s’ensuivra que le notaire poursuivant son seul intérêt qui est de rédiger des baux, aura satisfait à la fois l'intérêt des propriétaires, l’intérêt des paysans et l'intérêt de la nation,
Qui pourrait nier, en effet, l'utilité qu'il y a à retenir chez eux les paysans ; qui pourrait méconnaître la nécessité qui s'impose pour un pays d’avoir une agriculture prospère? Depuis longtemps on s’ingénie à trouver des remèdes capables de conjurer ce fléau de la désertion des campagnes. On multiplie les concours, on abuse des décorations du Mérite agricole, on crée des syndicats d'agriculteurs, on travaille, en un mot, plus ou moins efficacement et par des moyens plus ou moins heureux, à contenir le flot des ruraux qui fuient vers la ville (1).
Or, ne serait-ce pas faire fausse route que de supprimer un officier ministériel qui peut, par ses conseils, par ses
propositions, par son influence et par le crédit dont il dis-
1. En 1866, la population rurale (pêche, agriculture, forêts), était de 7.221.683 contre une population active de 15.143.006 ; en 1896, de 8.501.685 contre une population active de 18.994.051 ; en 1go1, de 8.244.341 contre une population active de 19.715,075 ; en 1906, de 8,855.053 contre une population active de 20.720.879 (Résultats statistiques dressés par le ministère du Commerce).
pose, agir sur les jeunes paysans et leur procurer au pays une situation agricole ?
Il nous parait qu'à ce point de vue le notaire joue un rôle économique important et que c’est être d’accord avec les intérêts du pays que de réclamer son maintien.
Mais, d'autre part, avons-nous dit, c’est au notaire que les propriétaires d'immeubles ruraux, s'adressent pour trouver des fermiers ou des métayers. Le jour où le fonction naire aurait remplacé le notaire, il est bien évident qu'on ne pourrait charger celui-ci de cette mission. La conséquence en serait une baisse inévitable dans la valeur des domaines et la grande propriété ainsi que la propriété moyenne ont subi depuis 1892 une assez forte dépréciation pour qu’on ait à redouter celle qu’occasionnerait la disparition de l’offi-
cier ministériel que nous défendons.