CHAPITRE I
HISTORIQUE $S I. -- Des origines jusqu’à 1793.
Si le port de DUNKERQUE n’a pas une origine aussi brillante que celui de MARSEILLE, si aucune légende n'est à la source de son histoire, ce ne fut toutefois pas le hasard qui présida à sa création que peuvent expliquer des considérations d'ordre géographique très spéciales à ces rivages encore si mal délimités de la mer du Nord. En effet toute la région appelé « Plaine Maritime », large bande de terrain d’environ neuf kilomètres de profondeur, jadis habitée par les Ménapiens, puis occupée par les Romains, avaient été recouverte à Ja fin du 1v° siècle de notre ère par une inondation marine. Un cordon littoral formé de petits îlots de sable alignés à la manière de lArchipel Frisox, forma un barrage situé à peu près à l'endroit où se trouve le rivage actuel. En arrière ce n'étaient que lagunes et marécages recouverts par les eaux marines deux fois par jour. La plaine était devenue un vaste bassin de décantation, le fond s’exhaussa lentement par suite du dépôt de sédiments marins. L’eau
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s’écoulait à marée basse par des rigoles aboutissant à de petites criques qui plus tard donnèrent naissance aux ports de GRAVELINES, DunkERQUE, Zuyocoore et Nizuporr. Lorsque la région fut devenue habitable, vers le 1x° siècle, l’homme put s’y fixer. Ce fut alors qu’apparurent dans la plaine asséchée les localités dont les noms se terminent en Kerque ou Capelle et parmi elles DUNKERQUE.
Les premiers habitants s’installèrent au fond d’un petit port naturel abrité des vents du large par une rangée de dunes. Ils s’adaptèrent aux conditions favorables procurées par la nature car toutes les eaux de l’arrière-pays convergaient vers leur port qui pouvait ainsi constituer un nœud de trafic régional. Et dans la suite des siècles, ces eaux canalisées continuèrent à le mettre en communication avec l’hinterland qu'il put ainsi desservir à bon compte.
Le nom de DUNKERQUE apparaît pour la première fois dans l'Histoire dans une charte de Baunoun V, comte de Flandre en 1067. Le premier sceau de la ville porte simplement un grand poisson plat qui en occupe tout le champ. C’est le symbole de la seule industrie dont vivent ses habitants car DuüunkERQUE s'affirme dès l’origine comme un important port de pêche. En 1170, le port était susceptible de recevoir à la fois plusieurs barques. Et en 1186, le comte Philippe de Flandre put y faire construire un certain nombre de bâtiments qui transportèrent en Terre Sainte les chevaliers flamands ; cependant, malgré l’importance du commerce de la Flandre et de l’Angleterre pendant les xI° et x1° siècles DUNKERQUE n’est pas un port de transit, alors que BRUGES est encore en pleine prospérité.
Dès le xm° siècle, Dunkerque prit part plus largement à Ja Lors générale, son enceinte fut agrandie par Philippe-le-
ardi.
Les relations de Dunkerque avec l'EsPAGNE se développent, son port reçoit des vins du Bordelais et en même temps des marchandises des pays du Nord (bois du Danemarck et de Norvège, fers de Suède) et aussi des laines d'Angleterre en assez grande quantité.
Pendant tout le moyen-âge, le grand port de commerce de la côte flamande fût BRUGES et celui de pêche : Nizuport. La volonté de l’Archiduc MaximiLIEN contre qui les gens de Nuporr prirent les armes transféra à DUNKERQUE la prépondérance en matière de pêche. Quant à BruGes, l’ensablement du Zwine le vouera à la mort dès la fin du xv° siècle au bénéfice d'Anvers. Mais le jour où les « Gueux » révoltés se furent emparés des Ports de ZÉLANDE et par FLESSINGUES eurent embouteillé Anvers, DUNKERQUE devint le principal et à certain moment, le seul port dont put disposer le roi d’Espagne sur la Mer du Nord,
De par sa situation DUNKERQUE faisait partie des Flandres Espagnoles et depuis l’avènement du Gantois Charles-Quint au trône d'Espagne, cette riche province sera pendant tout le xvi° siècle et la première partie du xvir siècle l’un des principaux théâtres de la lutte entre Charles-Quint et ses successeurs contre la FRANCE, la HoLLANpE et l’ANGLETERRE, DUNKERQUE était dans cette partie un magnifique enjeu : on ne fit pas faute de se le disputer.
Au début du xvi siècle, la pêche v avait pris un remarquable essor ; On y armait annuellement 400 à 500 barques de 50 à 60 tonneaux, qui rapportaient 400.000 mille ducats, soit environ 35 millions de francs de notre monnaie. Ces bateaux appelés « busses » montés par environ ).000 matelots se livraient à la pêche dans la Mer du Nord, et la préparation du hareng constituait alors une industrie très prospère.
Malgré l’état de guerre perpétuel de grands travaux furent entrepris à partir de 1538 au port et aux remparts. Charles-Quint procure aux « Messieurs de la Loy » qui composaient le Magistrat de DunkERQUE les ressources nécessaires et leur envoie des ingénieurs. Les jetées sont construites de chaque côté du chenal ; la nuit des chaînes en barrent l’entrée ; un château s’élève qui en assure la protection. Les deux vieux phares sont restaurés et s’allument d’abord « quand il est besoing », puis toutes les nuits à partir de 1548.
Cette ère de prospérité fut de courte durée. DUNKERQUE suivit les Hollandais dans leur révolte contre le duc d’Albe et la ville fut pendant 7 ans sous la domination des Provinces Unies jusqu’au 16 juillet 1584, date à laquelle les Espagnols reprirent la citadelle.
Sous le règne de Philippe If, la marine dunkerquoise connût un développement rapide. Farnèse institue l’Amirauté et remet le port en état, car DUNKERQUE attend l’arrivée de l’Invincible Armada. Cependant on n’y verra que des galions désemparés s’échouer sur le rivage, des épaves rejetées par la mer et les brisants roulant des cadavres d'Espagnols. Les préparatifs maritimes auront au moins servi à donner à la Course une vigoureuse impulsion. L’appât du gain attire les chercheurs de fortune, et en ces temps troublés les corsaires avaient Jeur tâche facilitée. En dix ans les bateaux armés par Vandewale amenaient dans le chenal près de 600 navires dont 6 vaisseaux de ligne pris à l’ennemi. En attendant les facilités économiques réclamées en vain aux Espagnols, les pêcheurs dunkerquois poursuivent les baleines jusque dans les mers arctiques et créent des comptoirs jusqu’en Moscovie. |
Quand la lutte séculaire entre la France et la Maison d’Autriche reprit au xvn° siècle, le nom de DUNKERQUE revient souvent dans
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les traités d'alliance et les conventions diplomatiques avec Îles Etats Généraux. Les Hollandais eussent été bien aises de s'emparer à nouveau de ce nid de corsaires, et Richelieu souhaitait vivement d'assurer à notre marine reuaissante la possession de ce « havre fameux ». En présence de ces ardentes convoitises, les Espagnols jugèrent sage d'accroître les moyens de défense de DUNKERQUE : le chenal fut approfondi, les chasses rendues plus fréquentes et plus puissantes, les estacades réparées ; on dépensa aussi des sommes considérables pour rétablir, en la renforçant par de nouveaux ouvrages, l’enceinte primitive de la ville.
Mazarin reprit le dessein de Richelieu et en poursuivit la réalisation avec la persévérance la plus intelligente. Par les prises successives de BERGUES, de BourBouRrG, de GRAVELINES, de MARpbYeK, on s’attacha à s'emparer de toutes les approches.
Enfin, le grand Condé fut chargé de frapper un coup décisif et après un siège mémorable, Dunkerque lui ouvrit ses portes le 11 octobre 1646.
Pendant six années, DUNKERQUE appartint à la France, mais elle lui fut enlevée par les Espagnols à la faveur des troubles de la Fronde.
Pour arracher DUNKERQUE aux Espagnols, nul sacrifice ne coûlta à Louis XIV. Ne pouvant espérer, dans la situation périlleuse où se trouvait le pays, s’en emparer pour son compte, il proposa aux Anglais de la conquérir avec eux pour la leur livrer ensuite en échange de leur coopération militaire contre l'Espagne. DUNKERQUE capitula en juin 1658 après la défaite du Grand Condé par l’armée de Turenne à la bataille des Dunes. Le 26 juin 1658, la ville était remise aux Anglais en exécution des conventions du Traité d’Alliance. Mais, profitant des embarras financiers de Charles IT, Louis XIV négocia, avec autant de célérité que de secret, l’achat de la ville pour 5 millions de livres, et le 17 octobre 1662, DUNKERQUE devenait la base avancée de la domination française dans les Flandres Maritimes. Le Parlement et l’opinion anglaise se montrèrent d’ailleurs violemment hostiles à cette vente. Un courrier qui venait apporter au Gouverneur anglais l’ordre de ne pas évacuer la place croise en mer les bâtiments rapatriant la garnison. Tandis que l’envoyé français d’Estrades s'applique à calmer « la vaine appréhension » du peuple de Londres, Colbert écrit à l'ingénieur de Chastillon et examine « tout ce qui se pourra faire, tant à la fosse de Marpycrk qu’au havre de Dunkerque lequel il faut rendre, s’il se peut, un des meilleurs ports de l'Océan ».
Vauban mènera les travaux du fond de mer comme ceux de
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terre ferme, et 30.000 travailleurs seront occupés à reconstruire les fortifications. Du côté de la mer, Vauban prolonge hardiment le chenal à travers le banc de Schewitjen, lui donne 100 mètres de large, et l’encadre de deux jetées de 1.200 mètres de longueur. Des chasses puissantes et savamment combinées entretiennent la profondeur nécessaire dans le chenal. Les vaisseaux de 60 canons peuvent bientôt entrer et sortir facilement.
Louis XIV voulut de plus faire de DUNKERQUE un grand port marchand capable de rivaliser avec les villes hollandaises si prospères, grâce à la flotte de ce pays et à la facilité des communications par eau avec l’Europe du Nord et du Centre. Aussi l'ordonnance du 26 mars 1669 assurera-t-elle à notre port le privilège de la franchise en même temps qu'à MARSEILLE et à Bayonne. Cette franchise que malgré bien des vicissitudes DUNKERQUE conservera jusqu’à la Révolution fut une des principales causes de la prospérité de la place et témoigne de l’intérêt que Louis XIV portait à cette rivale directe des ports si prospères des Provinces-Unies. DUNKERQUE se trouva donc favorisé pour effectuer des réexportations et devenir un entrepôt important, au siècle où régnaient en maître, les théories mercantilistes avec le système industriel instauré par Colbert.
En février 1700, l'autorité souveraine décidait à la requête du Magistrat et des marchands de DunkEeRQUE d’instituer dans cette ville une chambre de Commerce à l'instar de celle de Marseitce, la seule qui existait alors et dont la création remontait au 5 aoûl 1599. Sa mission était soigneusement définie, elle devait « conférer sur les moyens de faire fleurir le commerce à DUNKERQUE, de maintenir le crédit des marchands, d'empêcher les abus, de prévenir les désordres qui pourraient se commettre, et, généralement, délibérer sur tout ce qui serait capable de bonifier et augmenter le commerce tant au dedans qu’au dehors du royaume ».
Cependant DUNKERQUE devint plutôt un port de corsaires qu'un port de guerre, malgré les projets de Vauban qui voulait y voir des vaisseaux de 50 canons.
Au début du xvirr° siècle, DUNKERQUE entretenait des relations suivies avec les îles d'Amérique. En échange des denrées coloniales : sucre, indigo, café, cacao, coton, tafia qui leur procuraient un fret de retour, les navires dunkerquois transportaient à la Martinique, à Saint-Domingue et dans toutes les Antilles, des étoffes, des toiles, des soieries, des briques, des faïences, des carreaux, des outils ou des meubles. Ajoutons que ces bâtiments se livraient accessoirement à la traite des nègres.
Mais le dommage que cause aux Anglais et aux Hollandais la