LES SECOURS PÉCUNIAIRES AUX PARENTS ET AUX AMIS
Il en est à peu près de même lorsqu'il s'agit de se grever indirectement en se portant garant. Il est encore plus délicat de prendre alors une décision ; en effet, la seule réponse possible est : « Oui ou non, » et cependant la perte que l'on risque, est ordinairement sérieuse. Il surgit en pareil cas un conflit bien caractérisé entre un juste altruisme et un égoïsme raisonnable. D'un côté, il paraît cruel de fermer l'accès d'une position enviée, qui sera peut-être le premier pas dans une carrière brillante. D'autre part, il paraît plus qu'imprudent de s'exposer au risque de la ruine qui peut être la conséquence d'un acquiescement. Il faut, pour répondre à coup sûr de la bonne conduite d'un homme, posséder une science exceptionnelle des caractères. La réalité est souvent en complet désaccord avec l'apparence et peu d'hommes sont suffisamment en garde contre ces erreurs d'appréciation. Des manières agréables et des promesses plausibles attirent d'ordinaire une confiance que n'obtiendrait pas une brusque sincérité ne se mettant pas en frais pour plaire ; on a le tort de se laisser plutôtséduire par la première de ces attitudes que par la seconde.
11 saute aux yeux que la restriction la plus énergique à une bienfaisante trop complaisante est, dans de pareils cas comme dans ceux qui précèdent, celle qu'inspire le souci légitime des droits de ceux qui dépendent de nous. Tel homme d'une générosité supérieure, qui serait prêt à risquer dans l'intérêt
d'aiitrui le bonheur de toute sa vie, n'a pas le droit de risquer la ruine des existences dont il est responsable. Opposant à l'avantage présent d'un seul homme les catastrophes qui peuvent dans l'avenir en menacer plusieurs, une bienfaisance judicieuse trouvera d'ordinaire des motifs suffisants pour résister à la pression, dont elle est l'objet.
De nos jours toutefois il est rarement besoin de faire valoir de telles considérations : depuis que le principe de l'assurance a pris une extension qui permet, moyennant le paiement d'une prime annuelle, de faire cautionner sa bonne conduite, il ne viendra à l'esprit d'aucun homme doué d'un sens droit l'idée de demander l'intervention d'un ami. Quiconque demande à autrui de s'exposer à un tel péril atteste ainsi son indignité.
§ 451. — A ces conseils d'une bonté tempérée par la prudence que suggère à la plupart des hommes l'expérience ordinaire, il faut en ajouter un autre dont la raison est moins apparente. Alors même que, dans certains cas, notre désir d'assurer le bonheur d'un ami ou d'un parent nous engage à lui consentir un prêt important, un sage souci de son intérêt s'unira aux autres raisons et nous décidera à lui refuser notre assistance.
Celui-là même ^ui est appelé à bénéficier de notre aide peut avoir besoin, en effet, qu'on le sauve des catastrophes dont le menace sa nature trop entre-