‹ Le Rôle Pathogène des LambliaChapitre 12 sur 23 · I. Observations cliniques · texte numérisé non relu

I. Observations cliniques

À. Bohne et Prowazek rapportent (in Arch. für Protistenkünde, 1908, XII, p. 1 à 8) deux cas qu'ils -ont observés personnellement, et qui leur paraissent indéniablement dûs au Lamblia :

O8s. I (très résumée). — Il s’agit d’un malade qui revient d'Alexandrie, et qui est atteint de diarrhée sanglante. A l’entrée, rien aux organes thoraciques; mais état général mauvais, L’appétit est mauvais. Le ventre, souple, n’est pas douloureux; ni le foie, ni la raté ne sont perçus. La diarrhée qui se traduit par 5 à 10 selles par jour s’accompagne de mucus et de sang. L’examen du sang montre une légère basophilie et éosinophilie. Pas de température. L’examen microscopique des selles montre de très nombreux Lamblias libres et enkystés, et beaucoup de kystes de Trichomonas ; en outre, sur les préparations colorées, on voit quelques Amibes. Mais, ces Amibes seraient des Entameba coli. Quant au Trichomonas (1), sa présence en:grande quantité est très commune, et ce que nous savons de son genre de vie permet de l’exclure aussi. Il n’y a donc que le Lamblia auquel on puisse attribuer ce cas.

La deuxième observation est analogue

Le malade a beaucoup voyagé (Lisbonne, Algésiras, etc...). L’affection a débuté par des douleurs d’estomac, de la diarrhée, et de la perte de l’appétit. L’état général est mauvais;

(1j Remarquez l’opinion des auteurs sur le rôle des Trichomonas ; d’autres auteurs (par ex. Deglos, voyez Lyon Médical 25 Mai 1925 - Rôle pathogêne des L. en pathologie intestinale) sans être aussi exclusifs, lui assignent également une action assez restreinte. Landis que la tendancd actuelle serait plutot, comme pour les L. à leur reconnaître un plus vaste champ d'action,

les selles, ont le nombre atteignait jusqu’à 50 par jour dans les premiers temps, sont liquides, avec un peu de sang et du mucus. À l’entrée, le thermomètre donne 39°5 et cette situation se maintient jusqu’au traitement (Simaruba) et cède avec la diarrhée. L’examen microscopique des selles est tout à fait semblable à celui qui a été pratiqué dans le cas précédent.

En 1912, Parisot et Janin (ouvrage cité) donnent l'histoire d’un

Homme de 39 ans qui, parti à 18 ans pour le Tonkin, y a séjourné 27 mois sans être malade. À un second séjour, il est atteint de dysenterie et soigné à l'hôpital de Hanoï (1897). A cette époque, ses selles étaient gélatineuses, non liquides ; sur les conseils d’un infirmier le malade absorbe un gâteau de riz qui aurait, parmi les indigènes, la réputation d’être efficace contre la dysenteric. Il se trouve guéri, et quitte l’hôpital après un séjour total de deux semaines. Ilrevient en France ; en 1900, subitement, il présente des crises diarrhéiques qui durent dix mois, occasionnant chaque jour de 10 à 20 selles liquides et sanguinolentes. Ces crises s’accompagnent de douleurs violentes et entraînent par leur répétition ur amaigrissement considérable. Depuis cette époque, le malade continue à avoir de la diarrhée et des douleurs, et entre à l’hôpital le 11 avril 1911. Nous l’examinons à ce moment; homme robuste, quoique amaigri, chez qui l’intégrité de la digestion et de l’appétit est conservée d’une façon remarquable, Les selles diarrhéiques, non sanguinolentes, sont encore fréquentes (8 à 12 par jour). Le foie, légèrement douloureux, dépasse d’un travers de doigt le rebord costal. On note du subictère des conjonctives. La rate est perceptible à la percussion, Les autres appareils sont normaux. A la suite de purgatifs répétés à faibles doses, l’état du malade s’est trouvé considérablement amélioré; mais peu de temps après son départ de la clinique, les selles reparurent diarrhéiques et abondantes. Dans les évacuations intestinales de ce malade nous avons trouvé un parasite flagellé : le Lamblia.

Miss Et les auteurs ajoutent quelques pages plus loin :

L'histoire de notre malade présente deux périodes : dans la première (séjour en Indo-Chine), il y eut des accidents dysentériformes typiques, caractérisés par des selles gélatineuses, non liquides. Dans la deuxième période (1900-1911), le malade, revenu en France, depuis plusieurs années, présente des crises diarrhéiques à répétition, avec selles liquides,, bien différentes des selles de la première période. A la dysenterie primitive, d’étiologie inconnue, a donc succédé une infection secondaire dans la production de laquelle le Lamblia intestinalis seul, paraît pouvoir être incriminé.

Woodcock signale en 1915 (1), un cas de Lambliose pure. Voici cette observation très résumée :

« Malade admis le 26 septembre 1915, pour diarrhée; cinq à six selles par jour, pâteuses ou liquides, de couleur allant du jaune au vert-olive ou au brun-vert. Pas de sang ni de mucus; mais, au microscope, nombreux kystes de Lamblia. Avant son admission, le malade souffrit à Gallipoli, d’où il vient, de dysenterie et de diarrhée qui durèrent six semaines, avec sang et mucus dans les selles. Durant cette première période, il eut 3 ou 4 injections d’émétine; donc, probablement, ce malade eut une dysenterie amibienne, qui fut entièrement guérie par l’émétine, car jamais nous n’avons trouvé dans ses selles ni entamibes, ni kystes. Mais l’émétine n’eut ‘ apparemment aucun effet sur le Lamblia. »

Un point qu’il n’est pas sans intérêt de noter, c’est que la Lambliose, considérée longtemps comme une affection en quelque sorte exotique, n’atteignant que des sujets qui quittaient nos contrées pour aller vers

(4) None on the protozoan parasits present in the fœces, in Brit. Med. Journal, 13 nov. 1915. :

Ta. M

des pays plus chauds, revêtant là-bas une allure plus grave de beaucoup qu'ici, la Lambliose a perdu ces caractères exclusifs et, depuis qu’elle est mieux connue, est devenue une affection cosmopolite, grave aussi bien en France, qu’en Egypte ou ailleurs.

En effet, si B.-R,-G. Russell (1), Lancet, 10 juin 1916, d’une part, À. Mills Kennedy et D. D. Rosewarne, Lancet, 10 juin 1916 (2), d’autre part, rapportent plusieurs cas de Lambliose dont le caractère de gravité s’efface à mesure que les malades se rapprochent d’un climat plus tempéré,

d’autres auteurs ont observé des faits qui paraissent bien montrer que la latitude ne joue pas le rôle important qu’on avait tendance à lui attribuer.

(1) « Etudiant en médecine, lieutenant en Egypte; diarrhée (7 à 8 selles par jour) résistant à l’émétine (41 injection en trois semaines) : selles très fluides, maïs ni sang, ni mucus. Il va mieux dès qu’il revient sous une latitude plus fraîche. Mais il subit une rechute à l’occasion d’un léger écart de régime. L’examen des selles montre des kystes de Lamblia. »

L'auteur a expérimenté avec les selles de ce malade'sur trois souris. dans le pharynx desquelles, avec une pipette, fut introduit un peu de lait mêlé de selle liquide. Le résultat fut positif dans deux cas. Un essai de traitement fut fait par le thymol, mais le résultat n’est pas rapporté.

(2) 12 malades évacués de Gallipoli pour diarrhée dysentériforme sévère, avec sang et mucus dans les selles, avec aussi des douleurs abdominales; tous symptômes résistant à l’émétine et que le microscope montre due au Lamblia. L’état de ces malades s’améliore dès qu’il sont rapatriés, ou même déjà pendant le retour.

H.-B. Fantham et Annie Porter, en 1916 (Brit. Méd. Journ., 29 juillet), ont observé des cas de Lambliose pure, non seulement sur des diarrhéiques évacués de Gallipoli, mais encore sur des soldats du front occidental: ces derniers, qui n'étaient jamais sortis d’Angleterre auparavant, avaient contracté leur diarrhée en Flandres. Les auteurs ont donc eu sous les yeux et pu examiner comparativement ce qu’ils appellent deux « souches » différentes de Lamblias. Or la souche « Flandres » s’est montrée « la plus virulente à Ia fois chez l’homme et chez l’animal inoculés ». Brièvement, il s'agissait de diarrhéiques, avec sévère atteinte de l’état général, asthénie, faiblesse empêchant le plus léger effort. Parfois la température fut légèrement subnormale. L'examen du sang décelait une augmentation notable du nombre des mononucléaires et des lymphocytes. Les selles étaient quelquefois de couleur et de consistance particulières ; beaucoup étaient jaune soufre, mais dans quelques cas, la couleur était à peine différente de celle de fœces normales. Elles renfermaient parfois du sang.

D'ailleurs, déjà en 1913, Brumpt et Goiffon avaient (selon Deschiens) « signalé des cas évidents d’entérite lamblienne autochtone à Paris ». Et depuis, les observations se sont multipliées.

Lebœuf et Braun (Soc. Méd. Hôpit., 20 oct. 1916) donnent l’histoire d’un homme évacué des lignes de l’Argonne pour diarrhée; et dans les selles ils ont trouvé des parties muqueuses de constitution spéciale : « À part quelques leucocytes, ces flocons d’apparence muqueuse étaient exclusivement formés de

Giardia étroitement accolés; c’est seulement par dissociation que l’on pouvait se rendre un compte exact de la nature du parasite ». Et les auteurs concluent: « Cette constatation histo-pathologique nous permet, croyons-nous, d'affirmer en ce cas le rôle pathogène de ce flagellé ».

A la suite d'observations faites aux armées, Orticoni et Nepveux estiment aussi que les Lamblia sont capables de déterminer des désordres intestinaux (cité par Lebœuf et Braun).

MM. Cade et Hollande (Arch. des Mal. app. digestifs) ont observé en 1920 dix cas de Lambliose sur des sujets dont le plus grand nombre n’avait aucun passé colonial. Chez tous, il s’agit de « diarrhée qui souvent s’est établie de façon insidieuse, mais parfois a débuté d’une façon plus aiguë ». Le nombre des selles est variable (dans un cas il a atteint 40 par jour) et leur consistance aussi. Elles renferment parfois un peu de sang, chez trois malades seulement (mais chez l’un d’eux on a noté une première hémorragie abondante) ainsi que du mucus. Dans les autres cas, la recherche des hémorragies occultes n’a donné « que rarement un résultat légèrement positif ». Dans un cas seulement cette diarrhée s’accompagne de température à 40°. Dans un autre cas, l'examen du sdng indique de l’éosinophilie. Mais’ chez tous, « l’état général est plus ou moins altéré; les malades ont maigri et pâli ». Enfin, « les troubles fonctionnels sont assez peu accentués. Quelques coliques pourtant; mais le ténesme les épreintes et les faux-besoins (notés pour-

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tant chez le premier mulade, ancien colonial) sont exceptionnels, même pendant les poussées aiguës ». Le diagnostic a toujours été fait par l'examen microscopique et celui-ci a montré en outre « l’absence de pus, la mauvaise digestion d’un assez grand nombre de fibres musculaires; les graisses et les amylacées, par contre, bien transformées.

Et parmi les auteurs qui ont décrit cette entérite à Lamblia, citons encore J. Carles qui (Journ. Med. Bordeaux, 25 mai 1919) dit avoir « vu un jeune homme en proie depuis sa petite enfance à une entérite chronique tenace et résistant à tout, gênant à la fois le développement physique et intellectuel... une infection intense par Lamblia en était responsable. »

Ce même auteur écrit ailleurs (Presse Médicale, 10 février 1919) : « Nous considérons la Lambliose comme presque plus redoutable que l’amibiase, en raison de la fréquence et de la multiplicité des rechutes qui la caractérisent, et aussi du fait du peu d’effcacité des médicaments que nous avons à lui opposer. »

Enfin, Marcel Labbé (Presse Médic., 27 mars 1919) donne trois observations d’entérite à infection lamblio-amibienne et cinq d’entérites à infection lamblienne pure.

« La plupart de ces observations sont des types d’entérocolite chronique, de faible gravité, mais parfois touchant assez profondément l’état général pour conduire le malade à la réforme ou pour simuler la tuberculose. Une de ces observations est un type parfait de dysenterie chronique grave. »

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