II. Données expérimentales
Les expériences entreprises pour essayer de démontrer le rôle pathogène des Lamblia ont été longtemps décevantes; mais, actuellement, elles semblent bien avoir abouti à des résultats probants.
En 1908, Bohne et Prowazeck essayent en vain d’infester avec des selles de lambliens: lapins, rats et jeunes chats; tous les sujets d'expérience restent bien portants.
En 1915, C.-M. Wenyon pouvait encore écrire (Lancet, 27 nov.) : « Les infections expérimentales chez l’homme n’ont pas donné de résultats vraiment satisfaisants. »
B.-R.-G. Russell (Lancet, 10 juin 1916) ayant mêlé une cuillerée de selles lambliennes liquides à 5 cc. de lait, introduisit un peu du mélange, avec une pipette, dans le pharynx de trois souris. Ces animaux furent tués quelques jours après, et chez deux d’entre eux on put observer de nombreuses formes mobiles de Lamblia dans le grêle. Mais l’auteur ne dit pas si les souris sacrifiées avaient semblé ressentir quelques troubles des hôtes insolites dont il les avait gratifiées.
Perroncito « a pu inoculer au lapin une lambliose mortelle » (Cade); et, selon Ch. Joyeux, Yakimoff a pu aussi infester des animaux avec des selles d’origine humaine.
En 1916, H.-B. Fantham et Annie Porter ont fait toute une série d’expériences sur des lapins et des souris. Auparavant ils examinèrent, pendant un mois ou davantage, les selles de ces animaux afin d’élimi-
ner les cas de lamblioses spontanées. Puis ils leur
donnèrent des repas mêlés de déjections humaines lambliennes : deux seuls cas restèrent négatifs sur dix-sept. Voici, à titre d'exemple, le compte rendu, résumé, d’une de ces expériences :
À un lapin mâle on fait ingérer des kystes : le 2° jour, on en retrouve très peu dans les selles; ils ont pu, semble-t-il, traverser, intacts, le tube digestif. Un 2° repas infestant est suivi, dès le 3° jour, de l’émission de selles diarrhéiques, jaune-verdâtre, contenant quelques kystes jeunes. Aucun changement les 4° et 5° jours. Par contre, les 6° et 7° jours, point de parasite dans les selles. Le 8° ils réapparaissent et les selles : sont très fluides. Le 12° jour, après le premier repas infestant, l'anus montre des signes d’inflammation. L’animal ne mange pas bien ce jour-là. Le 15° jour, deux kystes vides sont observés, puis plus rien jusqu’au 24° jour: Les jours suivants, les examens se poursuivent, alternativement et irrégulièrement positifs et négatifs, Le 44° jour, l’animal est inquiet, refuse la nourriture; son poil devient raide. Puis il vomit, pousse des cris déchirants. Le 49° jour, la diarrhée redouble et la mort survient. L’animal, qui pesait au début de l'expérience 725 grammes, est alors dèscendu jusqu’à 638 grammes.
Les autres animaux ont donné des résultats superposables; mais pourtant, dans un cas, malgré la présence de parasites dans les selles dès le 4° jour, l’animal semblait encore bien portant le 6° jour: le &', il mourut.
R. Deschiens (thèse Paris, 1921) complète ces recherches et expérimente sur le chat et sur la souris. Chez le chat, il peut inoculer une lambliose mortelle par l’ingestion de kystes de Giardia mûris; par l’in-
gestion de kystes de G. intestinalis; mais aussi par
l'injection intra-rectale de formes libres de G. muris,
Quant à la souris, les essais d’infestation par Lamblies humaines l’ont vu réagir différemment, selon qu’elle était ou non déjà infectée de Lamblies murines: les souris complètement neuves ont été facilement infestées, les autres se sont montrées réfrac-
taires.