CHAPITRE PREMIER
Données parasitologiques:
Morphologie.
La forme végétative, flagellée, est la forme normale d'existence du parasite, mais c’est aussi la forme que l’on observe le moins communément ; il faut, pour arriver à la voir, en effet, certaines conditions rarement réalisées en pratique : selles diarrhéiques ; examen microscopique immédiat des matières émises. Il serait illusoire de vouloir chercher des Lamblia mobiles dans une selle moulée, et ces mêmes formes s’immobilisent et deviennent méconnaissables, même dans une selle liquide, peu de temps après leur émission.
De plus, toutes conditions remplies, le parasite n’est jamais vu d’emblée tel qu’il existait dans les matières ; les flagelles, plus ou moins brisés, sont réduits, sur les lames, à quelques tronçons de filaments; et, si le contour extérieur de l'organisme demeure
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assez nettement typique, les fins détails de structure intérieure restent invisibles, si l’on n’a eu soin, au préalable, de fixer et de colorer la préparation d’une façon appropriée.
Technique microscopique.
Voici, d’après Woodcock, une manière rapide de faire une préparation définitive : prendre une très petite quantité de fèces sur un fil de platine et la mélanger avec une goutte de solution saline (0,5 ‘%) stérile. Mettre sur lame. Placer celle-ci, immédiatement, dans un tube contenant une petite quantité de solution à 4 % d’acide osmique plus une goutte d’acide acétique glacial, pour la fixation. Y laisser la lame pendant dix secondes environ. Puis secouer la préparation à l’air, pour la sécher, et ensuite placer dans l’alcool absolu pendant un quart d’heure, pour durcir. Laver à l’eau et colorer avec giemsa pendant vingt minutes. Rincer à l’eau.
Forme - Type.
La description de cet organisme, vu dans son ensemble, peut se résumer ainsi : protozoaire flagellé, piriforme, à symétrie bilatérale. Une seule cellule, mesurant de 10 à 20 y de long., sur 8 à 10 y de large, composée d’un protoplasma finement granuleux et clair, entouré d’une mince cuticule qui le déli-
mite et lui donne sa forme ; celle-ci rappelle celle
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d’une poire, renflée en avant, effilée en arrière, qu’on aurait coupée en deux selon son grand axe.
La face ventrale, plane dans sa moitié rétrécie, postérieure, présente, dans sà portion la plus large, une vaste échancrure réniforme, décrite sous le nom de cystostome, dont le poutour est formé par une légère saillie, le péristome. C’est cette surface excavée qui coiffe la surface des cellules épithéliales lorsque l’animal est fixé sur l'intestin.
La face dorsale est, au contraire, fortement convexe et ne présente rien de bien spécial. Sa réunion avec la face ventrale forme les bords de l’animal.
Huit flagelles, symétriquement disposés de part et d’autre, sont répartis comme suit : deux latéraux antérieurs, deux latéraux postérieurs, deux ventraux et deux postérieurs. Ils semblent, à! première vue, avoir leur origine au point même où ils sont insérés ; mais, en réalité, ils se prolongent jusque dans l’intérieur du protoplasma, par de fins tractus que les laques ferriques (hématoxyline) mettent en. évidence, en même temps que les noyaux et les autres inclusions.
L'animal est, en effet, pourvu de deux noyaux ovoides, qui sont placés de façon symétrique, à droite et à gauche du grand axe antéro-postérieur ; une fine traînée, dite rhizoplaste, les unit à deux petits granules (les blépharoplastes), situés sur un plan plus postérieur, et communiquant à leur tour avec deux autres granules tout à fait postérieurs, par l’intermédiaire d’autres tractus, dont l’ensemble constitue l’axostyle. C’est de ces blépharoplastes que naissent réellement les flagelles. Le premier groupe de gra-
nules donnent naissance aux trois premières paires de flagelles (la plus antérieure se croise ensuite en chiasma sur la ligne médiane) ; des blépharoplastes postérieurs sort la quatrième et dernière paire.
(D'après Bensen)
I. Lamblia intestinalis (vu de face). — II. Id. (profil). IT. Kyste de Lamblia intestinalis.
4. Péristome. — ?. Rhizoplaste arqué avec quatre blépharoplastes. — 3. Deux noyaux. — 4. Flagelles latéraux antérieurs. — 5. Corps énigmatiques. — 6. Côtes obliques. — 7. Côtes ventrales. — 8. Flagelles latéraux postérieurs. — 9. Klagelles ventraux. — 10. Flagelles postérieurs.
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Il existe encore d’autres inclusions, sur le rôle desquelles on est très peu fixé jusqu’à présent et qu’on a appelées : corps parabasaux ou corps énigmatiques. Ces corps parabasaux sembleraient se produire dans les formes prékystiques, ou tout au moins augmenter de volume lorsque l’animal est sur le point de s’enkyster. En tous cas, ils sont essentiellement polymorphes et varient considérablement de taille et d’aspect, selon les individus.
Variétés de structure.
Voilà l’organisme type, tel qu’il est décrit partout et tel qu’il est facile de le reconnaître au microscope, en tenant compte des quelques réserves formulées plus haut. Mais il subit des variations assez nombreuses, qui ont permis d'isoler plusieurs espèces dans le genre Giardia, et l’on a décrit jusqu’à présent au moins six types de structure, dont quatre sont très voisins les uns des autres et ne sont séparés que par des différences de proportions ou de dimensions. Ce sont :
Giardia intestinalis, rencontrée le plus souvent chez l’homme, le chat, le chien, le mouton, le rat, le lapin.
Giardia muris, plus arrondi, moins élancé que le précédent, qui habite l’intestin des souris, des rats et des lièvres.
Giardia microti, plus petit que Giardia intestinalis, mais ayant mêmes rapports de proportions, hôte habituel d’un muridé (Microtus californicus).
Et Giardia duodenalis, qu’on a trouvé chez le chien, le lapin et le lièvre. Enfin, deux autres espèces plus rarement observées sont :
Giardia agilis, décrit en 1882, par Künstler et Gineste, qui l’avaient observé chez un têtard de batraciens, et
Giardia sanguinis, qu’on a découvert dans le sang d’un oiseau (Gonder 1910).
S'agit-il là d’une espèce véritablement distincte, comme le croient Bensen et Kofoïd ? Il semble qu’actuellement le plus grand nombre des auteurs admette au contraire leur identité. Ce ne seraient que des différences morphologiques survenant dans une seule et même espèce. (Voyez discussion sur ce sujet in DESs- CHIENS, Thèse Paris 1923.)
Motilité.
Tel quel, le parasite est bâti de façon à pouvoir curculer librement dans les milieux liquides où il vit: et, de fait, examiné dans de l’eau, par exemple, il apparaît animé de mouvements extrêmement rapides, dont l’analyse est rendue délicate à la fois par leur vitesse et par leurs variétés : rotation de l’animal sur son grand axe, mouvements divers des huit flagelles, ont été tour à tour observés. Ces mouvements persistent quelque temps (une ou plusieurs heures) à la température ordinaire, et cessent d’autant plus rapidement que le milieu se dessèche plus vite. D’autre part, Wenyon (Lancet, nov. 1915) signale la dégé-