App., 10, 5, col. 1780; cf. ?; 8, L roi. IS
42 LE ROLE THÉOLOGIQUE DE GÉSAIRE d'aRLES [A68]
D'abord le premier article des Statuta Ecclesiae antiqua. Les Statuta sont des canons, une sorte de constitution ecclésiastique. Mis par certains copistes au compte d'un IV concile de Garthage, les frères Ballerini ont démontré, dans leur édition de saint Léon, que ces statuts ne sont pas africains. M. Maassen a prouvé qu'ils représentaient la discipline d'une église méridionale de la Gaule vers le V® siècle, plus spécialement la discipline d'Arles. M. Malnory a complété la démonstration en les restituant à Gésaire. Je tiens l'attribution pour certaine et ne crois pas utile de revenir sur la question. En tête des statuts figurent les règles concernant les ordinations épiscopales et principalement une série de questions sur la foi. Ges interrogations sont tout à fait de même portée et de même teneur que les interrogations posées aux candidats au baptême. Elles sont seulement plus nombreuses et plus détaillées. Elles sont donc essentiellement symboliques. Voici le texte.
[1] Qui episcopus ordinandus est, anteaexaminetur... [2]siin dogmatibus ecclesiasticis exercitatus et ante omnia si fidei documenta uerbis simplicibus asserat, id est Patrem et Filium etSpiritum sanctum unum Deum esseconfîrmans, totamque in Trinitate deitatem coessentialem et consubstantialem et coaeternalem et coomnipotentem praedicans ; [3] si singulam quamque in Trinitate personam plénum Derum et totas très personas unum Deum; [4j siincarnationem diuinam non in Pâtre neque inSpiritu sancto factam, sed in Filio tantum credat, ut qui erat in diuinitate Dei Patris Filius ipse fieretin homine hominis matris fîlius, Deus nerus ex Pâtre et homo uerus ex matre carnem ex matris uisceribus habens et animam humanam rationabilem, simul in eo ambae naturae, id est homo et deus, unapersona, unus Filius, unusChristus, unus Dominus, [5] Creator omnium quae sunt, etauctor et Dominus et rectorcum Pâtre et Spiritu sancto omnium creaturarum ; [6] qui passus est uera carnis passione, mortuus uera corporis sui morte, resurrexit uera carnis suae resurrectione et uera animae resumptione in qua ueniet iudicare uiuos etmortuos. j7]Quaerendumest etiamab eosinoui et ueterisTestamenti, id est le^is et prophetarum et apostolorum, unum eumdemque credat auctorem et Deum; [8J si diabolus non per condicionem, sed per arbitrium factus sit malus. [9] Quaerendum etiam ab eo si credat huius quam gestamus et non alterius carnis resurrectionem ; [10] si credat iudicium
[l()01 THÉOLOGIE SPÉCULATIVE V.\
futurum et recepturos sin^iilos pro liis (piae in hac carne j^cssenint uel poenas uel ^loriam ; [llj si nu[)lias non improhet, si sccunda matrinionia non daninet, [12] si carnium perceptionem non culpet ; [13] si paenilenlibus reconciliatis communicet ; [14J si in baptisino omnia peccala, id est tam illnd ori^nnale contractuni qnani illa cjnae uolnnlarie admissa snnl, dimittantur ; [15] si extra Kcclesiam catholicam nullus saluetur.
{Statuta Ecclesiae anliqua, éd. Hallerini, dans Migne, I\ /.., t. LVI, col. 879-880.)
Pour la commodité des références, j'ai inséré dans ce texte et les suivants une numérotation de paragraphes. On notera surtout dans ce symbole, à côté des affirmations trinitaires et de la précision de la doctrine de rincarnation, l'attribution de la création au Fils (^ .")) ; la mention de Marie, mais non du Saint-Esprit (§ 4), dans l'opération de l'Incarnation ; les mois passas et morfaas, avec l'omission de cracifixas : sur ces points, le questionnaire est en désaccord avec le vieux symbole apostolique : qai conceptas est de Spiritu Sancto, riatas ex Maria airgine^ sab Pontio Pllato craci fixas et sepaltas (passas et morlaas sont omis). Pas de mention de la descente aux enfers, ni de l'ascension, ni du Saint-Esprit, ni de la communion des saints : cette dernière omission n'est pas faite pour étonner ^ En revanche, la réalité de la chair et la dualité de natures dans le Christ sont soigneusement exposées-';
1. Vov. G. MoRiN, Sanctorum communtonem, dans la Hevue d'histoire et de Uttéraliire religieuses, t. \'III (HiOi), p. l>0<).
'1. Il est intéressant de rapprocher du ^ 6 le passaf(e suivant d'un contemporain de Césaire, écrit probablement vers le même temps : <' Firmissime et nullatenus dubites \'erbum carnem factum eamdem humanam carnem semper ueram habere qua de uirf^ine \'erbum Deus natus est, qua crucifixus et mortuus est, qua resurrexit et in caelnm ascendit et in dextera Dei sedit, qua etiam uenturus est iudicarc uiuos et mortuos. -. Tu lgenck, />e Fide ad Pelrum, xx, 03 (m/, xvnj : /^ /.., t. XL, col. "73. I/expression employée dans l'homélie publiée par Caspari, i; 7 plus lr)in), est encore plus voisine de la i'ormule de Ful<(ence. — Compare/ aussi \e^i, rurneni... ef nnimam ...r.ifiunnhilcm avec une autre « rèj^le -> fin même ouvia^rf' de Kulgcnce, \i\, .)7 rcg. .XI], ihid., col. 771.
l'inspiration des deux Testaments est rattachée à Dieu, comme à leur auteur; la nature primitivement bonne du démon est opposée à sa faute. Nous avons vu que ces précautions visaient, les unes, les eutychiens, les autres, les manichéens. Les paragraphes 11 et suivants paraissent s'attaquer à une secte rigoriste, qui condamnait les secondes noces, et même tout mariage, qui prescrivait des abstinences spéciales, refusait d'admettre les pénitents à la communion, elprobablement soumettait à la pénitence, en vue de l'expiation des péchés actuels, les adultes qui recevaient le baptême. H est bien possible que les manichéens aient à prendre quelque chose pour eux dans cette énumération. On pourrait songer aussi à des survivants du mouvement priscillianiste. Noter enfin la question finale et la liaison établie entre l'Eglise et le salut.
La nature du document semble se déo^ascer clairement de ces observations. Ce n'est pas un symbole à proprement parler, c'est-à-dire une somme portative de dogmes ecclésiastiques. C'est plutôt une caution que l'Eglise prend visà-vis de ceux qui aspirent à la gouverner. A Rome, l'évêque devra bientôt, s'il ne le fait déjà, déposer des pièces où il consignera ses croyances et ses obligations, et ces pièces s'appellent Cautio episcopi dans le Liber diurnus. Les interrogations des Statuta ont le même but.
Le sermon 244 de l'appendice augustinien est, au contraire, un abrégé de la religion. 11 comprend deux parties, dogmatique et morale. Je reproduis ci-dessous la partie dogmatique, n. 1 des Bénédictins, divisée en paragraphes, avec un titre et deux corrections tirées par M. Burn du ms. de Saint-Gall 150, du ix'^ siècle.
Gésaire, App.^ 244.
Incipit de fîde catholica excarpsum.
[1] Rogo et admoneo nos, IVatres carissimi, ut quicumquc luill saluus esse, fidem rectani et catholicam fîrmiler teneat inuiolatamque
I 171] THÉOLOr.lE SPKCL'LATIVK \ii
coiisciN et. \'2] Ita or^^o oporlol uiii(iii(|iii' obseniare iil credal l'aliuiii, cretlat Kilium, creclaL Spiriluiii saiictum. [iij Deus l^atcr, Deus Filius, Oeus et Spiritus sanctus ; secl tanien non 1res dii, secl unus Deus. [1] Qualis Pater, talis Filius, talis et Spiritus sanctus. [5J Atlamen credat unusquisque lidelis quod Filius acqualis est Patri sccundum diuinilatem, et minor est Paire secuiuluni liunianilateni tamis quani de noslro assumpsit ; [6] Spiritus uero sanctus abutroque procedens. [7] Crédite er^'^o, carissimi,in Deum Patrem omnipolentem; [8] crédite et in lesum Christum Filiuni eius unicuni Dominum noslrum. 9! Crédite eum conceplum esse de Spiritu sancto cl nalum ex Mai'ia uirj,^iiie, quae uirgo ante partum et uirj^o post partum sem per Tuit, et absque con tagione uel macula peccati perdurauit. [10 j Crédite euni pro nostri peccatis passum sub Ponlio Pilato, crédite crucilixum, crédite niorluum et sepultum. ^ilj Crédite eum ad iiilerna descendisse, diabolum obli- «^asse et animas sanctorum quae sub custodia detinebanliir libérasse secumque ad caelestem patriam perduxisse. [Pi] Crédite eum tertia die a mortuis resurrexisse et nobis exemplum resurrectionis oslendisse. 13j Crédite eum in caelis eum carne quam de nostro assumpsit ascendisse. [14] Crédite quod in dextera sedet Patris. [15] Crédite quod uenturus sit iudicare uiuos et mortuos. [10] Crédite in Spirilum sanctum, crédite sanctam ecclesiam calholicam, crédite communionem sanctorum, crédite resurrectionem carnis, crédite remissionem peccatorum, crédite et uitam aeternam.
Ce sermon débute par des ionnules semblables a celles du symbole qui porte le nom dWthanase. 11 insiste autant sur la Trinité que le questionnaire des statuts insiste sur Tincarnation et les points débattus avec les manichéens. Il répond donc à d'autres dangers, ()robablement à Tarianisme. L'accent est au contraire moins marqué sur la composition du Christ. D'autre part, il est beaucoup plus complètement un symbole. Le Saint-Lsprit et sa procession y figurent en bonne place. La formule conceplus de Spiritu sancto et natus de Maria uirgine se retrouve dans des homélies que Ton attribue à Fauste de Riez. Les moi^ passas, cruci fixas, mortaus, sepaltus sontconlormes à la teneur récente du syudjole apostolique. Nous avons déjà remarqué la place accordée à la descente aux enfers. Au s< 14, on lit : In dextera sedet Patris : Césaire ne connaît pas ou ne juge pas utile l'addition Dei... oninipotentis.
En revanche, il ajoute la communion des saints. Un désordre, que personne n'a expliqué de manière satisfaisante s'est produit dans la fin de la formule : la résurrection de la chair est placée avant la rémission des péchés. On pourrait se demander peut-être si l'insertion de la communion des saints n'est pas la cause indirecte de cette interversion.
Les caractères généraux du sermon 244 et de ses formules dogmatiques ont été très bien exprimés par M. Rattenbusch ^ ; la brièveté et la précision du style, l'énergie pressante {Crédite.., crédite... creditey-, l'autorité du ton, l'affirmation de la nécessité de la foi pour le salut, l'union de la foi et des œuvres. Tout cela est conforme a ce que nous savons de Césaire.
Mais la question se complique par la découverte d'autres textes. Caspari, un des savants qui ont le plus contribué à éclaircir l'histoire des symboles, a publié, d'après deux mss. de Paris, une homélie qui comporte deux parties, comme le sermon 244, mais dont la première est assez notablement différente ^. On va pouvoir en juger. D'autre pari:, M. Burn a retrouvé, avec des variantes assez grandes, dans trois mss., la partie dogmatique de l'homélie publiée par Caspari. Je joins en note les variantes de ce second texte par rapport à celui de Caspari ^. Dans ce qui suit, j'appelle A le sermon 244 ; B, la recension découverte par Burn; 0, la recension de Caspari.