Mt., xxvhi, 20; xvin, 20; Jn., x
[IHj THÉOLOGIE SPÉCULATIVE 15
Mais le Fils est inférieur an Père par sa mission, par rincarnation (ch. v). De même, le Saint-Ks|)rit est Dieu ; mais (( il est dit envoyé, quand la grandeur des œuvres fait reconnaître sa présence », par exemple, cpiand on lit qu'il a été envoyé le jour de la Pentecôte aux saints apôtres ' (ch. vi). 11 n'est pas impossible, ([ue ce raisonnement ne soit une survivance et comme une transj)osition orthodoxe d'un des principes de Tancienne théologie subordinatienne. Elle refusait au Père des manifestations qui lui paraissaient en contradiction avec son être inaccessible. Le F'ils au contraire, plus proche de l'homme, pouvait entrer en contact avec le fini ^.
Dans la langue ancienne de la théologie, on distinguait les termes de Dieu et de Seigneur; le premier était réservé au Père, le second au Fils. La distinction n'était pas tellement absolue qu'il n'y eut des échanges. Mais le vocable 6 Osé;, avec l'article, était en fait réservé au Père. Cette distinction n'était pas sans conq^orter l'idée d'une différence entre le Père et le Fils. Chez les Latins, de très bonne heure, dès le temps de Cyprien au moins, la formule doniinus et deus servait, au contraire, à désigner le Christ 'K L'arianisme provoqua naturellement la réflexion sur les noms divins. Césaire, à la suite de beaucoup d'autres,
1. '< Tune enim missus dicitur qiuindo per operum magnitudinem praesentia eius agnoscitur. Denique quando in pentecoslen missus îegitur, dum beati apostoti repleti eius gratia linguis alienisloquebantur ma;;,aialia Dei, praesentem cum esse mouslrabant » fcf. Ak;., De LXXXIII quaesi., qu. 6*2; P. L., t. XL, coi. ,-33-51). Mai, p. 410.
2. Voy. par exemple, la doctrine de Tertillien, /W/uersus Praxeam, analysée par Tixero.nt, Histoire des dogmes, La théologie anlénicéenne (Paris, 1905 i, p. 338.
3. Il V a des exceptions. Lactance, qui est un sul)ordinalien radical (TixERONT, ih., p. 446), ne donne au titre de Dominus qu'une valeur dérivée {Inst., IV, xxix, 7) : «' Cum quis babel filium qucm unice dili^^at, qui tamen sit in domo et in manu patris, licet ei nomen domini potestatemque concédât, ciuili tamen iure et domus una et unus dominus nominatur. »
s'attache à prouver par TEcriture que le Fils est légitimement appelé seigneur et dieu. « Nierez-vous donc que le Fils est et dieu et seigneur?... Considérez que l'apôtre Paul et saint Thomas l'ont nommé et dieu et seigneur... Reconnaissez que, lorsqu'il est dit : Le Seigneur ton Dieu est unique seigneur, ce n'est ni le Père seul, ni le Fils seul, ni le Saint-Esprit seul, mais c'est toute la Trinité, vrai et unique Dieu, qui est ici désignée ^. » Nous rencontrons dans un seul chapitre trois fois l'expression et Deum et Dominum qui trouvera place dans le symbole attribué à saint Athanase. Césaire cite, pour la justifier-, quelques textes de la Bible (vii-viii).
Le terrain est ainsi préparé et l'on peut aborder la discussion de la célèbre parole du Christ : « Mon Père est plus grand que moi. ^ » Athanase, et à sa suite les théologiens grecs ainsi qu'Hilaire de Poitiers en Occident, avaient proposé une explication fondée sur la génération divine : « Mon Père est plus grand que moi parce qu'il m'a engendré. » Mais cette interprétation fut supplantée en Occident par
1. « Ergo Filium et deum et dominum iiegas ? ...Ecce apostolus et deum et dominum esse profîtetur... Considéra quia Paulus apostolus et beatus Thomas et deum et dominum eum dixerunt... Agnosce ergo quia ubi dicitur : Dominus Deiis luus^ dominus unus est {Deut., VI, 4), non solus Pater nec solus Filius nec solus Spiritus sanctus, sed tota Trinitas, quae est uerus et unus Deus, intellegenda est. » Mai, p. 410-411. La formule et Dominus et Deus se trouve deux fois dans saint Ambroise, De Spiritu sancto^ III, xv, 108 ; P. L., t. XVI, col. 802 B. — Remarquer le premier et. Telle est la teneur de la formule dans le symbole de saint Athanase d'après de bonnes sources.
2. Mt., IV, 10; / Tim^ i, 17; Jn., xiv, 6; passages qui, d'après Césaire, s'entendent des trois personnes.
3. Jn., XIV, 28. Dans le traité, comme ailleurs, Césaire écrit /7Jz/ior Patri, non Paire. C'est aussi le datif qui est employé par l'auteur du symbole de saint Athanase, d'après les meilleurs mss , dom Morin, Rev. bén.,i. XVIII (1901), p. 356. Cet emploi du datif, qui a ses racines dans la langue classique, est très fréquent dans le latin de Gaule ; voy. J. H. SciiMALz, dans Lateinische Grammatik par Stolz et Sciimalz, Munich, 1900, p. 254, § 92, rem. 2.