App,, 264, 5 ; col
2. « Soient... dicere : u Vtinam in diem mortis talis merearinueniri « qualis de baptismisacramento processi. » Bonum quidem est ut unusquisque in die iudicii purgatus inueniatur ab omnibus malis; sed graue malum est si profectum non habuerit in operibus bonis. Ipsi enim soli suffîcit talem esse qualis de baptismi sacramento processit, si statim post acceptum baptismum de hac luce migrauerit ... Ille uero qui et longum tempus uiuendi et aetatem posse bene operandi habuit, non ei sufTicit otiosum esse a malis, si etiam a bonis uoluerit esseotiosus. » App., 263, 3; col. 2232.
3. « Protulit puer inaures aureas et dextralia aureaet dédit ea Rebeccae(Ge7i.xxiv, 22). In illis inauribusaureissignificabantur uerbadiuina; in illis armillis aureis, opéra sancta, quiainmanibus opéra designantur... Quomodo Rébecca nec inaures habere potuit nec armillas in manibus, nisi Isaac per seruum suum transmitteret : ita et P'cclesia nec uerba diuina in auribus nec opéra sancta habere potuisset in manibus, nisi haec illi Ghristus per suam gratiamet per suos Apostolos contulisset. ))/!/>/). 8, 3; col. 1754.
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(raiiiuM* cl de faire l (inivie de sa volonté '. Les mots Dca (lu.vilidnte, cuni Dei udiaiurio, (jui reviennent à satiété clans Césaire ne sont pas de vides formules^; il faut leur donner toute la plénitude du sens qu'elles |)euvent coui[)orter. Aussi quand nous demandons à Dieu de nous aider, nous lui demandons de favoriser son action en nous; nos œuvres, ce sont ses bienfaits '^ Ouand Dieu ordonne à la veuve de Sarephta de nourrir le prophète, il ne fait qu'inspirer par sa grâce à son àme ce qui est bon. Tout homme qui fait une œuvre bonne suit la parole que Dieu lui dit à l'intérieur \ Dieu est le but et la vie ; nous n'allons à lui que pai* lui. La voie elle-même nous a cherchés ; elle a été au-devant de nous •".
Du début jusqu'au terme, la grâce nous accompagne. Sans elle, rien n'est possible. Naaman voulait purifier sa lèpre dans les fleuves de son pays. « 11 était la figure du genre humain qui se confiait au libre arbitre et aux mérites propres. Mais les mérites propres à l'homme sans la grâce
1. '( Dei eniin per ^^ratiam in potestate habet unusquisque quid diligat et ad quod placuerit porri^'-at manum. » App. 07, 1 ; col. 1874. — « Nemo quantum possumus melius nouit (juani qui nobis ipsum posse donauit. » App., '273, '2 ; col. 2257.
2. On ne peut }j;^uère lire une pa<ife de Césaire sans rencontrer ces expressions; voir surtout ses péroraisons. Je cite, absolument au hasard, 293, 1, col. 2301 ; 293, 3, col. 2302; 294, 6, col. 2306.
3. « Quantum possumus, bonis operibus insislenles, Dei miscricordiam deprecemur, ut in nobis opéra uel bénéficia sua ipse pro sua pielate custodiat, qui etc. » App., 91, 10; col. 1922.
4. «( AV/o, inquit Dominus, mandaui iilduae (ficçf., III, wn, 9). Quoniodo mandat Dominus, nisi inspirando fjuod bonnm est intus in anima per }.;ratiam suam? Ac sicomnishomo qui boni ali(piid operatur, Deus illi loquitur intus. » App., 40, 2 ; col. 1824.
5. « Nec mirum si ad illum fideliter peruenimus per (juem iideliter ambulamus. Xam quia ipse est uia per ipsum currimus; quia ucro ipse est patria, consummato cursu ad ipsum peruenimus... 0 homo, si pi^^er eras ut quaereres uiam. ipsa te uia di^niata est quaerere : si pi^^or eras uenire ad uiam, ipsa ad le ui;i ucnit. » App., 67, 3 et i ; col. 1871. Ci. .Arc, Serm.CCIW 3 7^ /.., t. XX.W'III, col. r)85) : <- Deus Christus patria est quoimus; homo Christus uia est qua imus. »
du Christ n'excluent pas la lèpre; ils ne peuvent procurer la santé. Si le genre humain n'avait pas, à l'exemple de Naaman, suivi le conseil d'Elisée, ni reçu humblement par la grâce du Christ le don du baptême, il n'aurait pu être délivré de la lèpre originelle et actuelle * «. C'est la grâce, non les mérites de l'homme, qui le rend juste ^. Nous devons rapporter le mérite non à nous-mêmes, mais à Dieu ^. Supplions donc le Seigneur pour que, de même qu'il nous a donné le commencement, il daigne nous accorder aussi l'achèvement ^.
Sur le péché originel, sur la nature et la nécessité de la grâce, sur la grâce initiale, sur la persévérance, sur le sort des enfants morts sans baptême, sur la justice des païens, Césaire adopte donc les idées, les formules et les développements de saint Augustin. Les théories communes aux semipélagiens et aux augustiniens et celles que les augustiniens détendent contre les semij)élagiens, les parties essentielles et les raffinements du système, tout a passé d'Afrique en Gaule, dans ce pays qui avait su maintenir jusque là son indépendance. En 434, Vincent de Lérins qualifiait cette doctrine de nouveauté ^. Au commencement du vi^ siècle, il ne restait plus qu'à lui donner
1. « Naaman fîgurabat populum g-entium. Quid uero quod de suis fluminibus sanitatem se esserecepturum credebat?Hoc indicabat quod g-enus humanum de libero arbitrio et de propriis meritis praesumebat. Sed propria mérita sine gratia Chrisli lepram habere non possunt, sanitatem habere non possunt. Vnde nisi ad exemplum Naaman humanum genus consilium Elisaei audisset et per Ghristi gratiam donum baptismatis humiliter accepisset, ab originali et actuali lepra liberari non posset. » App., 44, 4; col. 1833.
2. (( Noli cogitare quod tuis meritis talis factus sis : quia gratia Dei te talem fecit. » App., -271,1 ; col. 2250.
3. « Nemo ergo de se, sed de Domino glorietur. » App., 40, 2; col.
4. u Domino supplicemus ut, quomodo dédit initium etiam consummationem dare dignetur. » App., 284, 1 ; col. 2282.
5. Voy. TuRMEL, Renie iVh'stoire et de lillérature religieuses, t. IX (1904), p. 500, 501, n. 1 ; 502, n. 2 ; 503.
[239] LE PÉCHÉ ()HI(;iNKL KT L\ (.HACE 79
le caractère crunc tradition et raiitoritc tl un dotrinc oUiciel. C'est à ([uoi Césaire travailla d'accord avec les papes '.
Au début de la controverse pélagienne, les j)a|)es n'avaient pas montré un grand enthousiasme pour les idées de saint Augustin -. 11 n'est même pas téméraire de supposer que l'action prépondérante de l'empereur Honorius ne fut pas étrangère à l'attitude à laquelle se résigna Zosime. Depuis lors, on se conduisit à l'égard des doctrines augustiniennes comme vis-à-vis d'une force (ju'il ne faut pas heurter de front. Sixte 111 avait déjoué les tentatives de Julien d'Eclane pour rentrer dans la communion catholique 'K Léon le Grand avait proclanié la doctrine de la grâce ^, mais n'avait jamais parlé de prédestination. C'est seulement à la fin du v® siècle que Géiase 1" (492-496), un Africain, fit entrer l'Eglise de Rome dans les voies d'un augustinisme sévère. La doctrine adverse lui paraît une sentine d'immoralité ^. Les enfants
1. Pour ce qui suit, voy. dom G. Morin, Un travail inédit de saint Césaire, les Capitula sancloruni Patrum, dans la Revue bénédictine, t. XXI (1904), p. '2'25 ; et G. F. Ahnold, Caesarius, p. 312 suiv. et p. 533 suiv. L'étude très approfondie de M. Arnold ne paraît pas avoir encore retenu delà part des théoloj^iens Tattention qu'elle mérite.
3. TuRMEL, Exposé de la controverse pélagienne dans la lierue d histoire et de littérature religieuses, t. VI (I90I i, p. 235 suiv.
3. u lulianus Eclauus ... molitus est in communionem Kcclcsiac inrepere.Sed his insidiisXystus papa [diaconi Leonis hortatu], uij^nlanter occurrens, nuUum aditum pestiferis conatibus patere permisit. » Prosi'kr, Kpitome Chronicon, 133(), a. 1.39 [P. L., t. LI, col. 598; Monunienta Gernianiae hist., Chronica minora, éd. Mommsen, t. I, p. 477). Les mots entre crochets sont omis par MY, la meilleure recension de la Chronique.
4. Surtout dans les deux lettres à révêque crA(|uiléo, cl à Scptimius, évèque d'Altinum ; P. L., t. LI\', col. 456 et .593 ou t. XL\', col. 17()1 suiv. Voy. la première, in, 3 : « Gralia unicuique principium iustitiac etbonorum fons atque origo meritorum est. »
5. <( Oblatus est enim nobis miserabilis senex, Sencca nomine,... in Pelagianae uoraginis caeno, sicut de quibusdam in Apocalypsi legimus
morts sans baptême sont par lui condamnés impitoyablement à la damnation éternelle K
Anastase Jl, son successeur (49G-498), va plus loin encore dans une de ses lettres. 11 tire de Taugustinisme les conséquences qu'Augustin lui-même avait laissées indécises. Il se prononce en faveur du créatianisme et traite d'hérésie le traducianisme qui avait été la doctrine générale de l'Occident ^. On sait que la raison d'Augustin avait hésité jusqu'au bout à admettre sur ce point les suites logiques de sa théologie ^ : Anastase eut moins de scrupules ^. Sur
(A/)., XVI, 13), uelut una ranarum imprudenter immersus inque illa faece horribiliter uolutatus, nullatenus inde qualiter emergere posset inuetiiens : quia, puritatem relinquens catholicae ueritatis, quanto se per lubricum falsitatis conatur attollere, tanto magis eius lutosis foueis circumclusus obruitur. » Gélase, Epist. vi, Ad episcopos per Picenum constitulos^ 3 ; dans Thiel, Episfulae romanorunipontificum genuinae, t. I (Brunsberg-, 1868), p. 326; P. L., t. XLV, col. 1766. La controverse avait fini par dévier de ce côté; voy. Turmel, dans la Revue^ t. VII (1902), p. 131.
1. « De paruulis autem, quod asserit sine sacro baptismale pro solo originali peccato non posse damnari, satis impia, satis profana propositio est... Nihil est ergo quod dicant, quod non renati infantes tantummodo in regnum caelorum ire non ualeant, non autem perpétua damnatione puniantur... Tollant ergo de medio nescio quem ipsi tertium quem decipiendis paruulis faciunt locum. » Ib., 6; Thiel, t. I, p. 330-331 ; P. L., t. XLV, col. 1768-1769. Des paroles si claires ne comportent aucune atténuation.
•2. Voy. Turmel, Revue, t. VII (1902), p. 136 et note 2.
3. Turmel, Revue, t. VI (1901), p. 394suiv. ; t. VII (1902), p. 141 suiv.
4. « Laudauimus fratris et coepiscopi nostri Arelatensis sollicitudinem, qua nobis, ut arbitramur, necessariam materiam praedicationis ingessit contra haeresim quam intra Galbas adlirmat exortam, qua putant hoc rationabili se adsertione suadere quod humano generi parentes, ut ex materiali faece tradunt corpora, ita etiam uitalis animae spiritum tribuant. Quos débet fraternitas uestra monitis praedicationibusque suis a uana falsaque persuasione reuocare. » Anastase, Epist. VI, Ad uniuersos episcopos per Gallias conslilutos (23 août 498), I, 2 ; Thiel, t. I, p. 634. « Ita redarg-ui uolo, qui m nouam haeresim prorupisse dicunlur ut a parentibus animas tradi generi humano adserant, quemadmodum ex faece materiali corpus infunditur. » Id.,
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l'action de la grâce et sur le décrcH divii) «le l'appel ,\\i salut, il reproduisait la doctrine de saint Augustin dans les formules de Prosper '.
Cette lettre d'Anastase 11 n'est pas sans importance pour l'étude de Césaire. Elle paraît avoir été provoquée par un rapport de Tévèque d'Arles, Eone. On doit même penser que la réponse du pape, suivant un usage constant, reproduit en partie la teneur de la supj)lique du vénérable confrère, et exprime autant, sinon plus, la pensée du siège arlésien que celle du siège apostolique. Or, depuis 496 environ, Césaire avait quitté Lérins pour Arles, et en 498, il était probablement déjà agrégé au clergé d'Eone. D'autre part, Césaire avait trouvé dans le rhéteur Pomère un conseiller littéraire et théologique. C'est auprès de
j7j., III, 6 ; Thiel, I, p. 635. Il n'y a aucun doute possible sur la pensée d'Anastase ; il parle de Tâme créée à l'image de Dieu : « Carnali nimis intellectu animam ad Dei imaginem factam pulaiit homiimm pei'mixtione dlifundi atque insinuari. » Ib., i, 4; p. ()34. La question resta d ailleurs, nialf,^ré ces affirmations, toujours incertaine ; voy. Tlrmel, Revue, t. VIII (1903), p. 371 suiv.
1. « Non credimus latere prudentiam ueslram... quod illius operatio sit atque iudicium in electione bonorum malorumque qui, pro praescientiasua, aliosper gratiamdeducitadpraemium, alios pcr iustum iudicium debitum permittit sustinere supplicium. » Anastase, /. r., ii, 5; Thiel, t. I, p. 635. Pro pniescientia sua n'est pas une restriction dans le sens de Fauste, qui substitue la prescience à la prédestination. L'expression s'applique ici à la fois aux bons et aux méchants ; pour ne pas parler d'une prédestination des méchants, Anastase emploie le mot de prescience, recommandé par Prosper (voy. Tuhmel, /?e^{K^ t. IX ! 190i , p. 505). On remarquera aussi l'opposition deducH et permillit sustinere ; elle insinue raclion efficace de la grâce sur les prédestinés. — M. Tlrmel, Ilist. de la théol. positive jusqunu concile de Trente, p. 8*2, note 6, élève des doutes sur raulheiiticilé de celte lettre : une lettre d'Anastase II à Glovis est une superclierie littéraire, due à Jérôme Vignier qui est son seul garant. Mais ici le cas est tout dilFérent; car le ms. d'où M. Maassen a copié pour la première fois le texte, Darmstadt 23-2(), est du vu'' siècle et n'a rien à démêler avec Vignier. La lettre est le n** xxxii de la collection canonique dite de Cologne; voy. Maassen, Quellen, p. 581. Je crois indiquer comment le document peut s'encadrer clans la suite des faits.
lui que, suivant une hypothèse vraisemblable de M. Malnory ^ Gésaire se pénétra des œuvres et des doctrines d'Augustin : Pomère venait d'Afrique. Ainsi, dans le temps même oii Gésaire s'initie au système augustinien, son évèque Eone, consulte le pape sur un corollaire de la théorie du péché originel. Si la coïncidence mérite d'être retenue, on en déduira les préoccupations et les tendances qui sollicitaient dès cette époque l'ancien moine de Lérins.
En tout cas, nous avons la preuve que le siège d'Arles, dans les dernières années du v^ siècle, était gagné au système d'Augustin et en tirait les conclusions qui semblaient s'imposer aux esprits rigoureux. On ne doit donc pas croire, comme on l'a fait, que l'attitude de Gésaire, dans les questions de la grâce, s'est réglée sur celle du pape., ni que le désir de relever le vicariat apostolique des Gaules a été l'origine d'un calcul intéressé. 11 est fort probable qu'à Lérins déjà, l'autorité théologique de Fauste déclinait. Le livre de Glaudien Mamert, De statu animae^ publié en 468 ou 469, lui avait porté un coup sensible, atténué pour un temps par les rivalités d'Eglises. Mamert appartenait à l'Eglise de Vienne ; la métropole concurrente d'Arles soutint son suffragant Fauste, qui put faire condamner les idées d'Augustin, vers 475, dans les conciles successifs d'Arles et de Lyon. Mais on doit penser que, peu à peu, les critiques faisaient leur chemin. Rien ne prouve que Gésaire ait reçu à Lérins une éducation semi-pélagienne. H y a séjourné dans un temps qui dut être une époque de transition entre le semi-pélagianisme modéré de Fauste et l'augustinisme. Pomère fit le reste '^. Fauste lui-même était mort sans doute depuis