‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 34 sur 84 · DucnESNE, Fastes^ t. I, p · texte numérisé non relu

DucnESNE, Fastes^ t. I, p

5. L'histoire des derniers temps de la domination hurj^onde est un peu indécise. En 523, les Wisigoths aident les Bur^ondes à supporter la première attaque générale des Francs et reçoivent, en relour, une partie du pays situé au sud de l'Isère. Une dizaine de diocèses se trouvent par suite démemhrés de la province de \^ienne et rattachés à celle d'Arles. On remarquera que c'est à partir de ce moment que se développe la plus grande activité conciliaire de Gésaire. Mais les Burg^ondes tiennent encore. Va\ 533, Julien, évoque de \'ienne, signe au

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aux décrctales trop récentes de Symmaque. Mais si, dans un concile, l'on iiillioeait au nouveau primat une condamnation criiérésie, (pielle revanche des humiliations passées! Les vieilles idées gallicanes sur la grâce avaient encore quelque crédit. Par un renversement des rôles qu'exjdiquent les changements de situation. Vienne allait, sans doute sans le nommer, reprendre la cause de Fauste. i/intluence de Césaire perdait de sa force en passant la frontière du royaume des Goths '.On pouvait espérer que les évèques des pays situés au nord de T Isère entreraient dans des vues favorables au siège de Vienne. Un concile fut réuni à Valence.

Nous n'avons, sur ce concile, de renseignements que par la biographie de Césaire . « Beaucoup de rivaux s'élevèrent contre lui pour résister à sa doctrine de la grâce. Heureuse rivalité ! Des murmures et de mauvais propos de certaines gens répandent en Gaule contre la prédication de l'homme de Dieu des soupçons vains. C'est pourquoi les évoques du Christ situés au delà de risère, unis par l'amour qu'inspire la charité, s'assemblent dans la cité de Valence. A cette réunion, le bienheureux Césaire, à cause de son infirmité habituelle, ne put se rendre comme il l'avait résolu. Mais il envoya les plus éminents des évêques, avec des prêtres et des diacres, l^armi eux, saint Cyprien de Toulon, évèque remarquable et illustre, se montra brillant, appuyant toutes ses

concile franc d'Orléans. Sa ville épiscopale a donc chanj^'^é de maître. Hn 534, le royaume bur^^onde disparaît. C'est probablement au cours de la campag-ne de 5.32 (|ue X'ienne était tombée au pnuvoirdes l''rancs. M. Longnon place la conquête de X'alence en 534 lors du désastre définitif. En 529, et avant, les Bur^^ondes étaient encore établis à \'ienne et à \'alence. Voy. Loscsoy, Géographie de Li Gaule au \7" siècle, p. 4'29 et \'2:)-\-2l\ l)i:cui.syK, Fastes épiscopaux, t. I, p. 1.3.3- IIU ; M.m.nohy, Saint Césaire, p. 159.

1. Voy. lesdates de Julien dans Ducuesne, Fastes épiscopaux, t. I, p. 147.

paroles sur les divines Ecritures, prouvant par les très antiques institutions des Pères que personne ne peut par soi-même faire aucun progrès dans la divine perfection s'il n'a été d'abord appelé par la grâce prévenante de Dieu... et que l'homme ne retrouvera une volonté vraiment libre que racheté par l'action libératrice du Christ, action qui lui permettra d'atteindre la perfection. De ces propositions, l'homme de Dieu rendit un compte exact et évident fondé sur la tradition apostolique. De plus, Boniface d'heureuse mémoire, pape de l'Église romaine, ayant appris cette discussion, réprima l'accusation portée par ses adversaires et confirma de son autorité apostolique le jugement de saint Césaire. Ainsi, par la grâce du Christ, peu à peu les chefs des Eglises acceptèrent ce que le diable avait rêvé de supprimer par une soudaine opposition ^ »

1. « Multi quidem aemuli surrexerunt qui eius résistèrent doctrinae de gratia. Sed o félicitas aemulandi (aemulanda éd.] ! Etenim susurriset mala interpretatione quorumdam oboritur in Galliarum partibus contra praedicationem hominis Dei frustra sinistra suspicio. Ob hoc antistitesChristi ultra Isaram consistentes caritatis amore collecti in \alentinaciuitate conueniunt. Vbi etiam beatus Caesarius, infirniitatis solitae causa, sicut disposuerat properare non potuit. Misit tamen praestantissimos uiros de episcopis, cum presbyteris et diaconibus. Inter quos etiam sanctus Cyprianus Telonensis autistes mag"nus et clarus enituit, omnia quae dicebat de diuinis utique Scripturis firmans, et de antiquissimis Patrum institutionibus probans nihil per se in diuinis profectibus quemquam arripere posse nisi fuerit primitus Dei gratia praeueniente vocatus. Sed dum suam iustitiam quaerébant statuere, iustiliae Dei non erant subiecti, non reminiscentes Dominum dixisse... » Lauteur cite Jn., xv, 5, 16; ui, 23 ; Paul, / Cor., xv, 10 ; Jac, i, 17 ; Ps., Lxxxni, 12. « Et quod tune uere liberum homo resumet arbitrium, cum fuerit Christi liberatione redemptus, sub qua absolutione ualeat consequi perfectionis elfectum. Quorum intentionibus homo Dei dodilueram et euideritem ex traditione aposlolica raliouem. Nam et beatae memoriae Bonifacius, Romanae eccclesiae papa, eadem coUuctatione comporta,calcata intentioue iurg-antium,prosecutionem sancti Caesarii apostoïica auctoritate firmauit. Ita douante Chrislo, paulalim r^cclesiarum antistites receperunt quod oplaueral diabolus repenlina animositale

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Ce récit est iovl curieux. Le synode confirmé piir Boniface n'est pas celui île \'alenc(\ dont nous n'avons plus les décisions, mais celui d'Orange. Le concile d'Orange n'est au contraire pas même mentionné par le biographe '. Toute LafTaire est singulièrement présentée. Rlle semble s'être passée sans difficulté ; les évèques réunis n'ont d'autre sentiment qu'une ardente charité ; ils sont tout de suite convaincus par le savant et éloquent Cyprien. Il ne manque vraiment à cette petite fêle de famille que le principal intéressé, retenu dans sa ville d'Arles par un contretemps bien fâcheux.

Il faut écarter l'ouate pieuse qui enveloppe cette narration. Gomme dans d'aulres chapitres, sur les voyages forcés de Césaire à Bordeaux et à Havenne ou sur son rôle pendant le siège d'Arles, l'hagiographe a des rélicences et des confusions calculées. Ici, nous pouvons dans une certaine mesure redresser son récit.

L'attaque est mise au compte de personnalités anonymes et quelconques. Boniface nous apprend que ce

cessare. « Vie de Césaire, I, 46 (35); P. L., t. LXVII, coL \0'2'.\ A et t. XLV, col. 1792. Cette partie de la bio^^raphieestl'fL'uvrede Firminus, évêque d'Uzès, frère de Ferréol d'C/ès, mort en r).').'? ; voy. Ahnom), Caesarius, p. 496 et la note,

1. On plaçait autrefois le concile d'Oran<:;-e avant celui de \'alence: encore ^^\L^•ORv, p. 154. Cette hypothèse était nécessaire lorscjuOn voyait dans Césaire un partisan modéré des idées au^aisliniennes. Mais la découverte de ro()uscule par dom Morii», l'étude des sermons, le rapport établi entre la décrélale d'Anastase II et les débuis théologiques de Césaire prouvent qu'il a été juscju'au bout du système et qu'il n'a jamais cessé de le prêcher pendant sa longue carrière. Le concile de V^alence est la meilleure explication du concile dOrange. C'est l'incident nécessaire (|ui montre pourquoi Césaire a voulu codilicr les idées augustiniennes à cette date, et non à une autre, et j)ourqu()i il a pu supporter quelques atléimations. On croyait aussi (jue le coniile de Valence avait été convoqué par Césaire. L'hagiographe ne le dit pas, et, ne le disant pas, il insinue le contraire. Césaire n'avait pas à convoquer un concile sur le territoire de \'ienne et en pays burgonde. Hefele a donc eu raison de placer Valence avant Orange, Concilien-

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furent des évêques qui en prirent l'initiative K En fait, la réunion de Valence comprenait « les évêques du Christ situés au delà de Tlsère », c'est-à-dire les suffragants et les amis du siège de Vienne. Il est possible qu'en ce temps le siège de Valence ait encore été occupé par Apollinaris, frère de saint Avit -. Gésaire ne pouvait attendre rien de bon de cette assemblée ; une maladie « conciliaire » le dispensa d'y venir répondre comme un accusé devant des juges. 11 importait cependant d'y faire entendre la vraie doctrine de la grâce et de surveiller ce qui passerait. Césaiie dépêcha Gyprien de Toulon, un de ses plus chers disciples et de ses futurs biographes ".

Le résumé de ses paroles semble prouver que Gésaire présenta un mémoire très complet, avec une liste de témoignages, témoignages de l'Ecriture, témoignages des Pères, témoignages des papes.

Le narrateur nous donne un échantillon de la première

geschichte, 2*^ éd., t. II {Fribourg, 1875), p. 739. Après le bruit que le concile d'Orange a fait dans le monde, on peut s'étonner que le biog^raphe Tait passé sous silence. Mais il en est de même de tous les autres conciles présidés par Gésaire. Il n'a pas voulu en faire autant pour celui de Valence, parce que ce concile, machination du démon, mais destinée par la Providence à la glorification de son serviteur, était un événement spécifiquement hagiographique. Nous avons les deux termes de toute épreuve : l'attaque, le triomphe. Il était inutile de s'attarder sur les épisodes mesquins qui ont pu remplir l'intervalle et qui n'étaient d'aucune édification. Un certain temps a dû s'écouler entre les synodes et l'on peut jJacer celui de Valence en 527 ou 5'28.

1. « Indicas enim quod aliqui episcopi Galliarum ... fîdem qua in Ghristo credimusnaturaeesse uelint, non gratiae ; etc. » P. Z., t. XLV, col. 1790.

2. Apollinaris signe au concile de Lyon, entre 518 et 523, mais ne signe pas à celui d'Arles, en 524. Les Bollandistes, AA. SS., Oct.^ t. III (nouv. éd.), p. 50, en concluent qu'il était mort en 524. Mais Apollinaris n'avait pas à signer dans un concile de la province d'Arles. Comme il a siégé trente-quatre ans, il peut fort bien avoir survécu à son frère.

3. Gyprien signe aux conciles de 524, 527, 529, 533 et 541 ; DucMKSNE, Fa-sles, t. I, p. 269,

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série de preuves. Sur six textes, trois se rcMioiiveront dans le formulaire d'Orange ^

Nous avons peut-être la seconde série, les témoignages des anciens Pères. Dom Morin a, en efiet, rendu à Césaire des Capitula sanctorum Palruni '. Il suppose que ce recueil a été composé après le concile d Orange. Saint Augustin, directement ou par Tintermédiaire de Prosper. donnait l'énoncé des vérités relatives à la grâce. C'était le point faible. Car précisément l'autorité d'Augustin était en question et il fallait montrer que ses idées étaient dans l'Eglise plus anciennes que lui. La nécessité s'imposait de recueillir des témoignages antérieurs. Mais cette nécessité existait déjà au temps du concile de Valence. Puisque le biographe parle à'antiqiiissimae Patrum institutiones, il est naturel de supposer que le ms. de Vienne nous a conservé ce premier travail, peutêtre revisé et complété, comme il arrive souvent des travaux de Césaire. L'auteur allègue Innocent, Ambroise, Jérôme. Il ne s'est pas donné beaucoup de peine pour trouver ces témoignages. Déjà saint Augustin, dans les quatre livres Contra duas epistulas Peiagianorum^ s'était préoccupé d'assurer une tradition à la doctrine de la grâce; c'est là que Césaire a trouvé les citations d'Innocent et d'Ambroise. H a en outre consulté le dialogue de Jérôme contre les Pélagiens et ses lettres cxl, cxxxiii, qui le précèdent souvent dans les manuscrits. En somme, il n'a probablement feuilleté que deux volumes. La bibliothèque de Césaire ne devait pas être très riche.

« 11 est étonnant, dit dom Morin, qu'il ne semble point connaître les Praedictoriim sedls apostoUcne episcoporuni auctoritates de gratin Dei, jointes dès la fin du v'" siècle à

I. Jn., XV, 5 ; I Cor., xv, 10; Jac, i, 17. Les trois autres soiUJn., XV, 16; III, 'ï.\; P.S., Lxxxiii, 12. Aucun de ces textes ne paraît dans l'opuscule de Césaire sur la grâce.

•->. liev. hén., t. XXI |1904j, p. •225.

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la lettre du pape Gélestin aux évêques des Gaules ^ » C'est qu'elles formaient un recueil distinct. Après avoir prouvé la doctrine par TEcriture et Tavoir confirmée par les Pères, Gésaire, ou son porte-parole Gyprien, a rendit un compte évident d'après la tradition apostolique, ex traditiorie apostolica ''. » Gette tradition peutavoircompris la lettre d'Hormisdas à Possessor et les auctoritates des papes, conservées dans les archives romaines, auxquelles Hormisdas lui-même se réfère.

Une compilation aussi bien ordonnée devait être l'œuvre de Gésaire. Le narrateur ne nous dit pas quel en fut Teffet sur les évêques « d'au delà de l'Isère ». Sans doute, s'il avait été favorable, sa discrétion aurait été moins grande. Que Gésaire ait subi ou non une censure, il ne dut pas sortir triomphant de ce concile.

La réunion de Valence était une maladresse. On pouvait toujours répondre à un concile par un concile, et il était fort imprudent de contredire des doctrines qu'une faveur croissante accueillait à Rome. Le pape était alors Félix ÏV. 11 était bien éloigné de se ranger aux idées de Fauste, lui qui proclamait qu'on ne pouvait arriver au salut sans une première grâce de Dieu ^. G'est vers lui que se tourna Gésaire.

Levêque d'Arles prépara sa revanche avec le plus grand soin. Il rédigea les points de doctrine qu'il voulait faire décider. Ge travail fut envoyé d'abord à Rome. 11 nous a été conservé par Labbe qui l'a publié d'après un manuscrit de Saint-Maximin de Trêves ^. Suivant son

1. P. L., t. L, col. 531 v voy. Turmel, dans la Revue, i. IX (1904), p. 512.

2. Homo Dei, dans le biog^raphe, semble bien désig'ner Gésaire et indiquer que Gypnien ne fit que lire un mémoire préparé par Gésaire.

3. « Sine inuitatione Dei nullus ad salutem uenit. » Episl. ad Sicilienses episcopos, xxiv; dans Mansi, t. \'III, 701.

4. Dans Mansi, t. VIII, col. 722-724. Le ms. est à retrouver, peutêtre, soit à Gand, soit dans la bibliothèque de Goerres.

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