Voy. TuRMEL, Bévue, t. IX (1904), p
'2. Voy. la restriction citée par Turmel, ih., p. 513, note 2. Elle me paraît un refus d'entrer dans la discussion, mais non pas une condamnation des raffinements augustiniens ; voy. la lettre des évêques africains, dans FuLGENCE, Ep., xv, 10; P. L., t. XLV, col.. 1784.
3. La condamnation de la justice des païens était, au surplus, exprimée dans les propositions de Prosper. Voy. le canon xvn : u Fortitudinem Gentilium mundana cupiditas... facit >> ; et le canon xxii, qui a fait verser beaiicoup d'encre : « Nemo habet de suo nisi mendacium et peccatum. » Comme ces propositions sont dues à la collaboration du Saint-Siège, on peut mesurer par là quel chemin on avait fait à Rome depuis Innocent I et combien peu il s'en fallait qu'on n'y fût aussi augustinien que Gésaire.
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nclle de la llnale écartaieiil la prédostinalioii an mal. Tne légère retouche clans le même canon rendait [)ius claire la nécessité des œuvres, exposée aussi dans la finale. A chacun des amendements des sentences, corres|)ond une aHirmation précise de la troisième paitie. Mais le concile laissait dans l'ombre l'origine de Tàme, le particularisme de Télection au salut, la grâce irrésistible, (^ésaire ne paraît jamais avoir enseigné le dernier |)oint.
Il restait à assurer au procès- verbal d'Orange une valeur pratique. La présence de Libèie la garantissait du côté laïc. Césaire lui fit apposer sa signature, à la suite des évêques, et les « illustres » durent aussi le faire, comme des suifragants après leur métropolitain. Mais on avait beau dire que les CapituUi venaient de Rome. Il fallait une pièce le déclarant de manière authentique, et approuvant par la même occasion les additions et les corrections. On s'était adressé à un clerc romain, Boniface, rhomme de confiance et l'archidiacre de Félix IV, pour qu'il obtint l'approbation pontificale. Mais Félix IV mourut et le pape qui reçut les lettres de Césaire était précisément Boniface. De sa réponse on peut déduire les points sur lesquels l'évêque d'Arles avait attiré son attention : le caractère surnaturel de la grâce de la foi, la lésion du libre arbitre, la grâce prévenante, l'origine divine de toute œuvre bonne ^
La lettre de Boniface li est du 25 janvier 531' . Plus de dix-huit mois s'étaient écoulés depuis la tenue du concile.
1. P. A., t. XLV, col. 1790 suiv.; Mansi, l. \I1I, col. 'xï:^\ ,Jaht> Kaltknbrinnkr, 881.
•2. La lettre porte comme date : viii kid. [chr., Lampadio et Oresle u u. cl. consulihus, c'est-à-dire le '25 janvier ."ilK). Mais alors, Félix IV n'était pas mort. La date donnée ci-dossus a élé proposée par Sirmond, qui corri^^e et lit : posl consulaluni Lanip,uih'i et Oresfts, etc. ; elle est },'énéralement adoptée. Il est au moins curieux que \e Liber pontifie ali a assigne pour la mort de Boniface XV knL n<ni. (le jour varie , Lnmpmlio et Oreste conss. ;lvii, 5): lîoiiifacc veiiail à peine de recueillir
Le retard a paru considérable et Ton a supposé que le concile de Valence avait eu lieu dans l'intervalle. Mais, si la date est exacte, le retard peut s'expliquer. Félix IV avait désigné Boniface pour lui succéder. A sa mort, le 20 ou 22 septembre 530, il y eut des protestations contre la prétention de transmettre un siège comme un héritage. La plus grande partie du clergé se sépara de Boniface et lui donna un rival, Dioscore, qui eut la présence d'esprit de mourir le 14 octobre suivant. Boniface garda de cette aventure un long ressentiment. Il voulut condamner la mémoire de Dioscore; il voulut établir par un constitutiim son droit de se choisir un successeur. Les synodes succédaient aux synodes ; le clergé résistait. Finalement, Boniface fut forcé de s'inclineret brûla son constitutum devant la confession de saint Pierre en présence du clergé et du sénat ^ Ces incidents durent occuper une partie du court pontificat de Boniface. On comprend qu'il n'ait pas eu tout d abord le temps de mettre au courant la correspondance de son prédécesseur.
Le but de Gésaire était atteint. Il fît un recueil de tous les documents : l'approbation de Boniface, les actes d'Orange, les Capitula sancti Augustlnl In urbeni Romani transmlssa, les Capitula sanctorum Patrum. C'est proba-
la succession de P^élix. M. Duchesne a supposé que .la date de Tordination a été insérée à une fausse place. Sur la chronologie des pontificats de Félix IV et de Boniface II, voy. son édition, t. I, p. '279, 280,
1. (( ... Dioscorus ordinatur in basilica Constantiniana, Bonifatius uero in basilica lulii ; et fuit dissensio in clero et senatu dies xxvni. Eodem tempore defunctus est Dioscorus, prid. id. Oct. Ipsis diebus, Bonifatius, zelo et dolo ductus, cum grande amariludinem sub uinculo anathematis cyrograli reconciliauit clero : quem cyrog-rafum arcibo ecclesiaeretrudil, quasi damnans Dioscorum... Gongregauit synodum... et fecit constitutem ut sibi successorem ordinaret... Factum iterum synodum, hoc censuerunt sacerdotes... quia conlra canones fuerat hoc factum... ut successorem sibi constitueret. Ipse Bonifatius papa réuni se confessus est... ; tune ante confessionem... ipsum constitulum... incendio consumpsit. » Liber Pont., lvii.
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blemcnt à cette occasion qu'il fit une seconde édition, augnientée, des Capitula sancti Augusfini\ tollo (|ue le ms. de Namur les a conservés. Une note, (jui se trouve dans la collection canonique du ms. de Saint-Maur, énumère les principales parties du recueil ' ; à l'ori^^ine, elle devait être placée en tête. Au moment où se constituaient les grandes collections canoniques, cette rédaction authentique du concile d'Orange lui assurait Tautorité sur les générations à venir ^.
Césaire avait encore montré son goût pour la codification des croyances. 11 avait foi dans Tautorité. A son jugement, les c[uestions les plus délicates de la psychologie religieuse pouvaient être tranchées par des canons de concile, comme une affaire de discipline ou de proj^riété ecclésiastique. De tels esprits, simplistes et servis par une volonté ferme, sont nécessaires à Thumanilé ])our l'empêcher de ressasser indéfiniment les mêmes systèmes sur les mêmes problèmes dans les mêmes données. L'interminable controverse sur la grâce et le libre arbitre était fermée pour un temps par la main tenace de Césaire.
I. « In hoc loco continetur sinodus Arausicae, quem per auctoritatem sanctus papa Boiiefatius confiriiiaiiit. Et ideo rpiicumque alilor de ^n-atia et libero arbitrio crediderit quam uel ista aiictorilas contiiiel uel in illa synodo constitutum est, contrarium se sedi apostolicae et uniuersae per totum mundum Ecclesiae esse cognoscat. Continentur etiam in hocrodice sanrtorum antiquoruni palrum scnlenliae. l^t(piam- <;uis>» sinodum Arausica prias sit facta quam auclorilas ista, tameii pro reuerentia sedis apostolicae hoc mihi iustum uisuni est ut prius domni papae auctoritas scriberetur. » Note du ms. de Saint-Maur (B. N. lat. 1451), publiée par Maasskn, ConcU., p. ir)-if), el corri-éc par dom Morin, Hev. /je/i., X\I ( 1904), p. '237. Je propose de lire quamuis, au lieu de cfuam, devant sinodum.
'2. Le concile d'Orang-e ne se trouve pas dans ces collections à sa place chronologique, mais entre celui dWrles II« (vers 415) et celui d'Af^de 506 . M. Ahnof.d, Cacsarius, p. 363, croit que Césaire l'a sublitué au concile semipéla;,nen d'Arles (vers 475) où Fauste fit condamner I.ucidus.
Il avait déployé aussi une remarquable habileté à placer ses idées sous le patronage du pape. Dans toute cette affaire, Rome fait preuve de sens pratique, de modération et d'esprit de gouvernement. Au contraire Tévèque d'Arles tient au système adopté avec l'entêtement des gens qui ont reçu l'opinion d'autrui ; il le pousse à ses conséquences avec la logique dégagée des philosophes de seconde main. Mais il mêle à ces dangereuses inexpériences un sentiment très vif de la condition humaine. Les canons d'Orange, rédigés à Rome et publiés sans amendement, eussent été un formulaire précis de vérités choisies avec précaution. Ce formulaire fût resté sec et abstrait. Par son appel au secours divin, par le rôle donné au baptême, par l'insistance à déclarer les œuvres nécessaires, il a fait circuler dans ces théorèmes absolus un peu de l'air que la foule apporte à l'église avec ses fautes et ses désirs du bien. Sur l'écran où se dessinait le schéma de l'homme en soi, il a fait apparaître la silhouette de l'homme réel, il a rapproché la théorie de la vie.