PRINCIPES ET CONSÉQUENCES DU PÉCHÉ VOLONTAIRE
La société dans laquelle Césaire exerça pendant c[iiarante ans ses fonctions de conseiller et de guide n'avait pas été profondément changée par la conversion au christianisme.
Le paganisme avait disparu de la vie publique. Mais les pratiques païennes subsistaient. Elles avaient d'autant plus de force que beaucoup d'entre elles étaient antérieures à toute forme historique de paganisme, paganisme gréco-romain ou paganisme celtique; elles étaient des survivances d'un lointain passé de sauvagerie, si elles n'appartenaient pas au fond permanent et irréductible de la superstition dans l'àme humaine. Les sources, les arbres, les génies, auxquels, dans la campagne, étaient dédiés des autels et des oratoires, continuaient à recevoir des paysans les prières, les ex-votos et les sacrifices accoutumés. En ville, les jeux et les spectacles ne cessaient d'offrir les souvenirs et les usages de l'ancienne religion. Le jour de Jupiter était mieux observé que celui
1. Ce terme n'est pas inconnu de Césaire; voy. App. 'ii, I, col,
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du Seigneur. Le premier janvier était fêté par des déguisements et des réjouissances qui remontaient aux temps lointains de la zoolatrie et que nous avons conservés en les transportant au carnaval. La croyance aux sorts et aux maléfices était générale. Les sorciers et les sorcières avaient un crédit assuré auprès des meilleurs chrétiens. Césaire nous a dépeint les minauderies de la femme qui affecte une belle horreur pour les insinuations de la guérisseuse magique, et qui finit par la laisser faire, en détournant la tête ^. Cette chrétienne ne se conduit pas autrement que quatre siècles plus tôt sa pareille, la grande dame romaine, accueillant avec grand mystère la sorcière juive ~. Mais, vraisemblablement, aux formules traditionnelles, la guérisseuse du vi^ siècle mêle des invocations et des expressions chrétiennes '^.
Les mœurs sont restées à peu près ce qu'elles étaient aux temps païens. Les jeunes gens prennent des concubines avant le mariage, les uns parce que les préjugés de la société leur défendent un établissement avant un certain âge, les autres parce que l'ambition leur donne l'espoir de s'élever au-dessus d'une condition modeste et de conclure dans leur maturité une riche union. Une fois mariés, ils n'observent pas davantage la continence. Dans leur maison, les femmes esclaves sont pour eux en quelque sorte des concubines par destination. Les bons camarades
1. Sermon publié par dom Morin, Revue bénédictine^ t. XIII (1896), p. 209.