‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 45 sur 84 · Voy. Paret, Priscillianus (Wurzbourg, 1891), p · texte numérisé non relu

Voy. Paret, Priscillianus (Wurzbourg, 1891), p

2. Sur l'astrologie chez les Gallo-Romains, voy. H. de la Ville de MiRMONT, dans la Revue des études anciennes, t. IV (1902), p. 115, et t. V (1903), p. 255.

3. <( Minuta peccata... a quibus non solum populus christianus, sed etiam nullus sanctorum immunis esse potuit aliquando aut poterit. » App., 104, 3; col. 1947. Voy. aussi 256, 4, col. 2219; 259, 4, col. 2225 : « Minuta peccata sine quibus esse non possumus. »

4. Gf. Fulgence, De fide ad Petrum, 16 [P. L., t. XL, col. 758) avec les commentaires de Césaire sur Job, App., 15, 4, col. 1771 ; 52, 1, col. 1844.

5. M. Arnold, Caesarius, p. 402 et n. 1295, remarque que Césaire n'emploie pas l'expression mortalia peccata, admisç par Terlullien ; il rattache ce détail à la croyance de Césaire en la rémission de tous les péchés par la pénitence. Mais Césaire n'avait aucune raison de songer au montanisme. Capitale est un synonyme de mortale, et Tertullien lui-même l'emploie, Adu. Marc, IV, ix. Le système ne détermine pas ici la terminologie, mais la terminologie s'explique d'après le système. Mortalia peccata se trouve dans r//o77ii7tci sacra publiée par ElmeniiORST, p. 53, L'expression doit être un emprunt à quelque modèle.

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ristique de sa doctrine morale et fait la base de toutes ses instructions.

Il a dressé, en deux endroits de ses homélies, une liste des péchés menus. Si nous combinons ces deux énumérations d'après un plan méthodicpie, nous aurons le tableau qui suit.

Péchés commis envers Dieu. Distractions dans la prière ou dans le chant des psaumes. Retarda assistera la vigile causé par la prolongation du sommeil. Manc|uement au jeune de Téglise. Serments imprudents et manques de foi qui en sont la conséquence.

Péchés commis envers le prochain. Médisance. Détraction. Jugements téméraires que souvent la suite démontre faux. Silence intempestif. Humeur qui irrite les proches, le fds ou la femme. Mauvais accueil fait aux mendiants. Retard à délivrer les prisonniers ou à visiter les malades. Refus de nourriture aux pauvres. Négligence dans l'hospitalité donnée aux voyageurs, et spécialement à leur laver les pieds, contrairement h la promesse faite au baptême. Haine. Colère. Envie. Mauvaise foi. Négligence à rétablir la concorde entre les gens désunis. Excès de complaisance pour le prochain. Flatterie des grands.

Péchés commis envers soi-même. Excès dans la nourriture ou dans la boisson. Recherches de délicatesse ou de somptuosité dans les repas. Excès dans le sommeil, i^ensées impures. Mauvais désirs (« concupiscence des yeux »). Plaisirs de l'oreille. Propos inconvenants, qui se tiennent surtout pendant les festins. Exercice du devoir conjugal sans le désir d'avoir des enfants. Paroles inutiles. Conversations oiseuses à l'église ou ailleurs.

Voici les deux listes de Césaire.

I. Quaeautem siiit minuta peccata, licct omnibus nota siiit. lameii. quia long-um est ut omnia replicentur, opus est ut ex eis uel ali(ju;i nominemus. Quoties aliquis aut in cibo aut in potu plus accipit quam necesse sit, ad minuta peccata nouerit pertinere ; quoties plus loqui-

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tur quam oportet aut plus tacet quam expedit ; quoties pauperem importune petentem exaspérât; quoties, cum corpore sit sanus, aliis ieiunantibus prandere uoluerit ; aut somno deditus tardius adecclesiam surgit {il s'agit de la vigile^ par exemple pendant le carême ; cf. ^0^5, col. 1760; 141, 5, col. 2022)\ quoties excepto desiderio fîliorum uxorem suam cognouerit ; quoties in carcere clauses et in uinculis positos tardius requisierit; quoties infirmos tardius uisitauerit. Si discordes ad concordiam reuocare neglexerit ; si plus aut proximum aut uxorem aut filium aut seruum exasperauerit quam oportet; si amplius fuerit blanditus quam expedit; si cuicumque maiori personae aut ex uoluntate aut ex necessitate adulari uoluerit ; si pauperibus esurientibus cibum nondederit; aut nimium deliciosa aut sumptuosa sibi conuiuia praeparauerit ; si se in ecclesia aut extra ecclesiam fabulis otiosis, de quibus in die iudicii ratio reddenda est, occupauerit ; si dum incaute iuramus et, cum hoc per aliquam necessitatem implere non poterimus, utique periuramus. Et cum omni facilitate uel temeritate maledicimus ; ...et cum aliquid suspicamur temere, quod tamen plerumque non ita, ut credimus, comprobatur, sine ulla dubitatione delinquimus [App. 104,3, col. 1946).

II. Gogitemus ex quo sapere coepimus quid pro iuramentis, quid pro periuriis, quid pro maledictis, quid pro detractionibus, quid pro otiosis sermonibus, quid pro odio, quid pro ira, quid pro inuidia, quid pro conscientia mala, quid pro gula, quid pro somnolentia, quid pro sordidis cogitationibus, quid pro concupiscentia oculorum, quid pro uoluptuosa delectatione aurium, quid pro exasperatione pauperum, quid pro eo quod aut tarde aut difficile Ghristum in carcere uisitauimus, quod peregrinos neglegenter excepimus, quod secundum promissionem nostram in baptismo hospitibus pedes lauare negleximus, quod infirmos tardius quam oportuit uisitauimus, quod discordes ad concordiam non toto et integro animo reuocauimus, quod Ecclesia ieiunante prandere uoluimus ; quod in ipsa ecclesia stantes, dum sanctae lectiones legerentur, otiosis fabulis occupali fuimus ; quod aut psallendo aut orando aliquoties aliud quam oportuit cogitauimus ; quod in conuiuiis non semper quae sancta, sed aliquoties quae sunt luxuriosa locuti sumus [App. 257, 2, col. 2220).

Le détail précis et parfois piquant de ces listes trahit Tesprit observateur de Gésaire, Je ne crois pas que l'on trouve avant lui une énumération aussi complète. Casuistique, dira-t-on. Evidemment. Mais comme la casuistique n'est qu'une méthode pour pénétrer les replis obscurs de l'àme, ces raffinements d'une conscience toujours éveillée et ces notions acquises dans les confidences des fidèles

^yl] I-E PÉCHÉ ACTUKL II.*)

sont iiti gairi {);)in' la comiaissaiicc île riioiuinc. Sur ccLLci voie, si naturellenient ouverte par le christianisme à l'activité (les moralistes latins, le progrès accompli j)eijt être mesuré, si Ton compare les deux listes de (]ésaire avec celle que dresse Tertullien dans le De pudicitid (ch. XIX ').

Mais l'on notera la forme donnée à cet enseignement. Ce ne sont plus les analyses délicates d'un Sénèque : Césaire n'eût pas été incapable d'y réussir '", mais ces peintures ne conviennent pas à un auditoire peu cultivé. 11 lui faut une sorte de guide-ânes, un tableau clair et minutieux des Fautes quotidiennes, une formule d'examen de conscience. Grâce à son instinct d'éducateur, Césaire a senti ce besoin : il le satisfait et, du même coup, il cède à son penchant pour les définitions. Cette réduction delà morale à un questionnaire est le premier symptôme d'une tendance qui va se développer en Bretagne et dans les cloîtres : elle aboutira bientôt à l'élaboration des livres pénitentiels. Décidément, le moyen âge des catégories, des règlements et des formules commence avec Césaire.

1. Saint Augustin est aussi plus préoccupé de principes ^^éiiéraux que de catalogues. Voici cependant une courte énuniér;ition de péchés véniels; mais elle tourne court : « Abel, quamuismeritoiustusappellatus est, paulo immoderatius aliquando risit, uel animi remissione iocatu^s est, uel uidit aliquid ad concupiscendum, uel aliquanto immoderatius poma decerpsit, uel plusculo cibo crudior fuit, uel cum orarct cogitauit aliquid unde eius in aliud auocaretur intentio, et quoties illi isla ac similia multa subrepserint. » De nafura e( ç/r., .w.wni, 45 ; P. />.. t. XLIV, col. -268. Ailleurs, par exemple. Serm. CCCLI, 5, P. /.., t. XXXIX, 1540-1541, il se borne à des indications rapides ; ce sont des exemples, non un catalogue.

2. Voir le sermon sur les jugements téméraires, qui est une succession de peintures narquoises; App., 56. Ainsi n. 1, col. 187*2: « \'ides hominem Irequentius ieiunare ; congaude, et noli nimis laudare, (|uia potest pro Humana gloria fieri ; sed et noli uituperare, quia polest et pro Deo et pro animae remedio ieiunare. » Tout le reste est dans ce ton et montre que chaque action du prochain peut avoir un bon ou un mauvais côté ; il laut donc s'abstenir déjuger, de louer comme de blâ-

mer.

Certains points particuliers doivent être signalés clans la liste que nous avons dressée. On pèche en gardant le silence aussi bien qu'en parlant inutilement, quoties plus loquitiir quam oportet aut plus tacet quant expedit. Quel peut être ce silence coupable ? Serait-ce celui de l evêque et des prêtres qui se taisent devant les désordres de leur troupeau ? Gésaire en parle plus d'une fois, pour faire accepter ses monitions réitérées, a Nous, médecins spirituels, nous ne devons pas toujours dire des paroles flatteuses et douces, mais nous devons quelquefois en adresser d'amères et de dures à ceux dont l'âme paraît malade ^ » Dans un tableau des fautes auxquelles les fidèles sont exposés journellement, il ne semble pas que ce soit la place d'une allusion à ce devoir des pasteurs. Gésaire veut plutôt insinuer qu'un chrétien doit parler à propos, pour ne point affliger ses frères; il ne doit pas avoir le visage fermé et l'humeur sombre. Gette bonne grâce est une vertu de tous les états, mais elle est indispensable à la vie religieuse. Le moine semble avoir instruit l'évêque et lui avoir appris que, parfois, ce qui est nécessaire dans le couvent peut n'être pas mauvais dans le monde.

Parmi les plaisirs condamnés, Gésaire mentionne ceux des oreilles, uoluptuosn delectatio aurium. On peut y voir une condamnation de la musique. M. Arnold a rappelé le célèbre passage des Confessions où saint Augustin se reproche le plaisir qu'il prenait aux chants de TEglise ^. Gésaire fait un devoir aux fidèles déchanter les psaumes •^. 11 ne condamne donc pas loute musique. Le plaisir coupable des oreilles s'explique par les mœurs de ses ouailles.

1. App., 301 , 5 ; col. 2323. Voir aussi le sermon 300 et d'autres passages.

2. Caesarius, p. 403, note 1300. Le passage de saint Augustin se trouve Conf.^ X, xxxiii, 49-50.

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