‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 7 sur 84 · Revue hén., l. XVIII (1901), p · texte numérisé non relu

Revue hén., l. XVIII (1901), p

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orientaux. « Sur ce sujet, dit llormisdas au commencement de sa lettre, bien souvent votre Fraternité a compati à nos peines. » Le pape semble ainsi ra|)peler des lettres antérieures de Gésaire que nous n'avons plus. Je ne sais cependant s'il faut attacher une si grande imj)ortance à cette phrase qui peut être une formule de style '. Toute la lettre est un rapport sur la situation religieuse de l'Orient ; ce rapport a pu être adressé à d'autres évèques en même temps qu'à Césaire. La fin d'un schisme qui durait dej)uis trente et un ans (depuis 484) et la réunion d'un concile étaient des faits assez importants pour motiver une lettre du pape '. Au surplus, il y avait un an que la primatiedes Gaules avait été rétablie en faveur d'Arles (décrétale de Symmaque, 11 juin 514). La lettre d'Hormisdas paraît être un communiqué officiel du pape à son vicaire et, par lui, aux évêques des Gaules \ G'est une pièce de la correspondance ordinaire entre Rome et Arles. Il y aurait je crois, quelque exagération à y chercher l'écho des lettres et des sentiments personnels de Césaire.

Si éloigné que fût le danger des hérésies grecques, on n'en prenait pas moins des précautions contre les infiltra-

1. « Pro lîis iiobiscum snepissime fraternitas uestra condoluil. » /A.. col. 631 D. Celte phrase peut aussi être une allusion à des conversations de Césaire avec le (•ler<,'-é romain, deux ans auparavant, sous le pontilicat de Svnimaque, lorsqu'il lit un voyaffe à Home.

'2. Tel i)araît être le but indi^iué par Ilormisdas lui-même : • N'nde ex totius summa negotii partem aliquam pro instnictione direximus, iudicantes quod tanta res ueslram non possit latere notitiam... ne alirubi per i<.niorantiam fidelium locum inuenire possit subreptio praedictorum (ou j^erditorum; ».Ih., col. \'.\'2 CI).

3. Toute la lettre s'adresse au pluriel et len-tête porte \ Udeclissimo frairi Caesnrio uel hi.s f/ui suh dileclinnis suae ordinutioue consisfunt. — Il est possible que cette lettre ne soit pas la partie principale de la communication dllormisdas (>ar il annonce à la fin de la lettre l'envoi du défenseur Irbanus : « Vrhanum sedis apostolicae defensorem, etiam huic aptum ne^-olio, ad Caritatem tuam direximus; per quem de uniuersarum eiïectuum causarum responso congruo cupimus quae sunt uotiua coj^noscere. - L;i mi>si<.n d'I'rbanus pouvait se rapporter à la préparation du concile.

tiens pernicieuses. Dans les Statuta, on exige une confession nette de l'unité de personne et de la dualité de naturesen Jésus-Christ. DansThomélie publiéepar Gaspari , on enseigne la même doctrine clairement aux fidèles.

Gésaire paraît attribuer la création au Fils. Creator omnium quae sunt est dans les Statuta une apposition aux divers noms du Fils : unus Filius^ unus Christus, unus Dominas (g 5). Dans la partie morale du sermon 244, il invite les fidèles à suivre les exemples des martyrs, morts pour le Ghrist, afin de plaire à celui qui a créé les hommes ^ . Le premier des reproches qu'au jour du jugement le Christ adressera au pécheur, sera : « C'est moi qui du limon t'ai fait de mes mains, c'est moi qui ai répandu le souffle dans tes membres terrestres, c'est moi qui ai daigné de conférer notre image et ressemblance. » Le discours continue par le récit des abaissements du Christ dans l'Incarnation ~. Si ces deux passages sont oratoires, le texte des Statuta leur donne une valeur précise. En revanche, dans l'homélie publiée par Gaspari, on lit (g 3) : Crédite inDeum Patrem omnipotentem^ inuisibilem^ uisibilium et inuisibilium omnium rerum conditorem, Je crois qu'ici l'auteur a subi l'influence du symbole de Nicée. Quand il attribue la création au Christ, il songe probablement aux Manichéens, qui opposaient au dieu bon de la rédemption le dieu mauvais de la création. La participation du Père et du Fils à la même œuvre enlevait toute possibilité de les dresser l'un contre l'autre ^.

1. « Mortificate membra uestra...ut possiiis placere illi qui uos creaiiit. « App., 244, W au commencement ; col. 2195. Le contexte prouve qu'il s'agit du Christ, ainsi que Ta vu M. Kattenbusch.

2. « Kf^-o te, o Homo, de limo manibus meis feci, ego terrenis artubus infudi spirilum, ego tibi imaginem nostram simililudinemque conferre dig-natus sum. » App., 249, i; col. 2207.

3. Césaire trouvait déjà la même doctrine dans saint Augistin : u In hanc formam serui, uisibilium et inuisibilium creator ascendit in caelum, unde numquam rçcessit, » Serni., ccxiu I : P. /.., t. XXXVIII, col, 1059,

i l.'>.)] • thkolo(.ie spéculative â9

Césairc, clans la vie de Jésus, donne un relief particulier aux soufYranees et à la passion. L'idée d'un Christ cjui s'est humilié pour les hommes avait été placée au premier plan dans les dernières œuvres de saint Augustin. La piété tendre et passionnée du moyen âge pour le Dieu de pitié a ses racines dans les spéculations du grand docteur '. Il ne faut donc pas s'étonner de trouver chez un disciple Tébauche de ces tableaux pathétiques, qui deviendront pour nos grands orateurs un genre particulier de sermon. Le parallèle des souffrances du Christ et des fautes du pécheur est le morceau principal d'une homélie sur le jugement ^. Vers la même époque, les expressions passas et mortuas se fixent dans le symbole. Césaire ne les a pas encore dans Thomélie publiée parCaspari. Mais dans le sermon 244, il dit : Crédite ea/n pro nostris peccatis passuni s ad Pontio PHato (^ 10).

Les Statata Ecclesiae antiqua mentionnent aussi la passion, mais avec une triple affirmation de la réalité de la chair du Christ et de son humanité : « Il a souffert d'une vraie passion de la chair, il est mort d'une vraie mort de son corps, il est ressuscité d'une vraie résurrection de sa chair et par une vraie réassomption de son àme *. )>

1. Voy. 0. SciiEEL, Die Anschaiiurif/ Augushns û/)er Chri.sli Person und Werk, Tubingue, 1901.

*2. « In praesepio expositus et pannis obuolutus iacui, infantiae contumeliashumanosque doloresquibustibisimilislierem ...pertuli ; irriflentiumpalma.s et sputa suscepi, acelum cum felle bibi ; lla^^ellis caesus, Liepribus coronatus, cruci alFixus, uuhiere perfossus, ut tu eri()ereris morti, animam in lormentis dimisi. Ln clauorum uesligia quibus alVixus pependi ! En perfossum uulneribus latus !... C.ur me ^^rauiore criminum tuoruni cruce quam illa in qua quondani pcpenderani afllixisli ? » App., 249, i ; col. 22()7. On est obli;;c de faire des cou|)ures, dans un tableau dont l'effet est toujours certain ; mais les auteurs chrétiens ne savent pas se borner. — Cf. App., H, (>. col. 1834 : 2i4, 2, col. 2195; lier, hén., t. W'III (1901), p. 358. Voy. aussi Texclamation [App., 32, i: col. 1809; : «« O crux cuius tantus ac l;ili^ decerpilur l'ructus ! »

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