‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 8 sur 84 · N oy. le texte plus loin, p · texte numérisé non relu

N oy. le texte plus loin, p

âO LE ROLE THÉOLOGIQUE DE CÉSAIRE d'aRLES ['^^'*^]

Que le Christ soit ressuscité dans la chair qu'il avait tiré de la vierge Marie, qu'il soit monté au ciel avec la chair de notre humanité, c'est ce qu'affirment aussi l'homélie de Caspari et le sermon 244 K Toutes ces formules visent la doctrine d'Eutychès, réduite à une sorte de docétisme, telle que nous venons de la voir résumée par Hormisdas, telle qu'elle est combattue par Léon le Grand dans sa lettre dogmatique à Flavien ~ ou par Avitus vers 512 ou 513 dans deux livres que Gésaire a dû lire. Mais on pouvait songer aussi à une hérésie occidentale, le priscillianisme, auquel on reprochait de supprimer la réalité du corps du Christ ou celle de son âme humains ^.

Une autre addition récente au symbole était la descente aux enfers ^. Cet incident avait un caractère romantique qui frappait les imaginations. Atrois reprises, Gésaire l'a décrit : le Christ pénètre dans la prison des âmes, lie de chaînes le démon, délivre les justes et remonte « vainqueur » suivi du cortège des saints ^. Souvent, Gésaire mentionne d'un mot le même épisode ^. Toujours, il emploie l'expres-

1. App. 244, § 13 ; Caspari, texte reproduit plus loin, § 7 et 8.

2. P. L., t. LIV, voy. le ch. v, col. 773-775; éd. Ballerini, t. I, 827 suiv.

3. Paret, Priscillianus [Wûrzhourg, 1891), p. 229* Bvni^^ An Introduction to Creeds (Londres, 1899), p. 247.

4. Elle provenait peut-être de Syrie ; voy. W. Sanday, dans The Journal of theological studies, t. III (1901), p. 1 suiv.

5. Dans un sermon de Thomiliaire de Durlach, éd. de Fauste par Engelbrecht, p. 312, 11 : « Ghristus ...quasi in carcerem ad inferna descendere dignatus est... Non solum in potestate habuit in carcere uinctos, sed etiam de ipso inferni carcere praedam quam diabolus ceperat fortiter el féliciter reuocauiL : ascendens in altum captiuam dixit captiuitatem, id est quos diabolus ceperat ad morlem ille recepit ad uitam. » De même App. 244, 1, plus loin, p. 45, § 1 1 ; homélie publiée par Caspari, p. 74, § 8.

6. Dom MoRiN, Rev. bén., XVIII (1901), p. 359, ciie App. 37, 4, col. 1819 ; 44, 6, col. 1834; 249, 3, col. 2207 ; hom. sur Samson, Rev. bén.^ XVI (1899), p. 304 ; et trois passages d'un sermon inédit pour la fête de Noël.

[IÔ7| TRKOLOGIE SPKCULATIVK 31

sion caractéristique ad inf'erna '. l^arfois ce mystère est présenté comme un des actes de notre rédemj)tion, utile à tous ^.

Gésaire a trouvé dans saint Ambroise ou dans Origène la tradition que la croix a été plantée dans le lieu où lut enterré Adam ; il reproduit Tétymologie qui parait avoir été le point de départ de cette légende '.

La théologie du Saint-Esprit était aussi une de ces nouveautés qui, après avoir défrayé les controverses de rOrient, ébranlaient tardivement la curiosité plus lente des Occidentaux. Fidèle à sa méthode de vulgarisateur, Gésaire puise largement dans le traité de Fauste de Kiez et saisit l'occasion de rendre hommage à un maître sorti de Lérins, en suivant la partie la plus orthodoxe de ses enseignements. D'après Fauste, Gésaire définit les rapports des trois personnes divines : le Père n'est pas engendré, le Fils est engendré, l'Esprit procède des deux : Spiritus sanctus ex utroque procedit '*. Dans l'homélie publiée par Gaspari (g 11), le Saint-Esprit est proposé à la foi des croyants comme ayant une même et unique substance avec le Père et le Fils. La doctrine du Saint-Esprit confirme les églises; c'est lui qui inspire la Toi et nous conduit au royaume céleste ^; c'est lui ([ui, dans le baptême, purifie

l. Dom MoRiN, il)., ne comuiit (jaun exemple de descendit ud infernum, tiré de la traduction dOrij^ène par Rulin ; pas un seul de ad inféras. Il faut ajouter in infernuni, App., 13, '2, col. 17G5, dans un sermon imité de saint Ambroise, De Joseph, ni, l.Vlô; P. /.., t. \I\', col. 647 CD: mais Ambroise ne parle pas de la descente aux enfers. L'addition est de Gésaire et caractéristique.

'2. « Ad inferna descendit ut nos de faucibus crudelissimi draconis eriperet. » App., 44, 6; col. ISiVi.

Page 1