I| LES MOYENS DE SANCTIFICATION
OU à la cure de la pénitence '. » Aux refus de Tégoïsme, Gésaire opposait un tuotiC d'utilité personnelle. Surtout, il encadrait le devoir de la bienfaisance dans son système. Il n'était pas le premier, il s'en faut, à faire de l'aumône un moyen de rachat. Déjà Ilermas et la seconde épître attribuée à Clément de Rome avaient, à la suite de Luc, de Daniel et deTobie, rappelé qu'elle a pour effet la purification de l'àme. Saint Gyprien avait consacré un traité spécial à exposer cette théorie, le De opère et eleemosynis. Elle n'était pas une nouveauté. Elle assurait à des commu nautés nombreuses les ressources nécessaires que n'aurait pu procurer suffisamment et régulièrement le sentiment de la fraternité ~. Mais elle s'accordait avec la doctrine des péchés élaborée par Augustin et codifiée par Gésaire. La formule du do ut des : Da, Domine, quia dedimus, est empruntée par l'évèque d'Arles à son docteur favori ; l'aumône est déjà prônée par Augustin comme le remède des peccata minuta ^. Les textes eux-mêmes de l'Ecriture sont tirés de la tradition antérieure ^.
1. ((Si aliqua crimina uel peccata capitalia, necdum eleemosynis et orationibus purg^ata, nobis adhuc dominari co^noscimus, portum paenitentiae, deuictis peccatorum fluctibus, Ghristo iuuarrte, festinemus iiitrare... Sicut enim nulli iustorum sullicit iustitia sua, si non perseuerauerit usque in fînem, ita nulli peccatorum nocere poterit iniquitas sua, si, antequam de corpore isto discedat, ad eleemosynarum remédia uel ad paenitentiae medicamenta confuj^erit. » App., 249, 5 ; col. 2*208.
2. Voy. un excellent résumé de Thistoire de la charité chrétienne dans PuECH, Le christianisme primitif et ta question sociale, conférences de rÉcole des hautes études sociales, publiées dans lielu/ions et sociétés (Paris, 1905, Bibliothèque générale des sciences sociales), p. 41 suiv.
3. « Vt securi possimus in die iudicii dicere : Da, Domine, c{uia dedimus ; nos fecimus quod iussisti, tu impie quod promisisti. » App., 305, 3; col. 2331, 3; voy. aussi dans le Fauste d'ENoi-LBRRcuT, p. 238, 20. Cf. Augustin, Sermo XCIII, 13; P. L., t. XXXVIII, col. 578; ih., col. 88.
4. Les principaux sont Luc, xi, 41; Tohie, iv, 15; Daniel, iv, 24; Prov., XIX, 17; Ecclésiastique, m, 33 (« Sicut aqua extinguit ip^nem, ita eleemosyna extinguit peccatum », texte difîéreiit de la \'ulgate) ; Jacques, ii, 26; et surtout Mt., xxv, 34 suiv.
La doctrine de la grâce atténuait les inconvénients d'une pratique fondée sur l'intérêt personnel. Sans la charité, l'aumône n'avait pas plus d'efficacité que toute autre œuvre pie ^ Commentant un passage du livre des Rois, Gésaire rappelait que l'aumône devait être faite (( derrière la porte fermée », c'est-à-dire pour le seul amour de Dieu ; non pour que l'on soit loué des hommes, mais pour que l'on trouve grâce devant Dieu. Celui qui fait l'aumône pour être loué, alors même qu'il se cacherait, ferait cette aumône publique que le Christ a réprou- 1 vée dans le sermon sur la montagne ^. Un autre danger est de croire que l'on peut acheter à ce prix le droit de s'abandonner à tous les vices. Césaire « a une admonition spéciale contre ces largesses associées à l'habitude du crime, d'un exemple trop commun chez les chrétiens des temps mérovingiens, qui semblaient s'adresser à Dieu (( comme à un juge qui se laisse corrompre ^ ». L'âme peut être libérée de ses fautes capitales par de larges aumônes, mais seulement si le pécheur renonce aux péchés mortels ^. L'effet souverain de l'aumône, égal à celui de la pénitence, que Césaire nous a déjà montré, est donc subordonnera la condition nécessaire de la conversion.