‹ Le rôle théologique de Césaire d'ArlesChapitre 79 sur 84 · LES MOYENS UE SANCTIFICATION · texte numérisé non relu

LES MOYENS UE SANCTIFICATION

tt foi sauvera le malade et le Seigneur l'allégera ; et s'il est (i. dans les péchés, ils lui seront remis ». Considérez, mes frères, que celui qui aura dans une maladie couru à l'église, méritera de recevoir la santé du corps et la rémission des péchés. Puisque donc deux biens peuvent être trouvés dans l'église, pourquoi s'adresser aux enchanteurs et aux devins ' ? » Dans ce premier texte, nous voyons très clairement les points suivants : T une interprétation des deux versets de saint Jacques dans le sens d'un rit concret ; 2" l'union de l'eucharistie et de l'huile sainte dans ce rit ; 3" l'application du rit à toute maladie, légère ou grave, puisque le malade est supposé aller lui-même à l'église, puisque le rit est opposé à la médecine magique en général; 4^ l'accomplissement du rit dans l'église. Ce dernier point est aussi certain que les précédents. Le morceau fait partie d'une série d'exhortations de Césaire à venir à l'église et à s'y tenir convenablement, et qui débute par les mots : Omni die dominico ad ecclesiam conuenile, « chaque dimanche, réunissez-vous à l'église ». Dans les deux autres passages, en parlant de diverses superstitions, l'évèque vient à mentionner les pratiques coupables des mères qui cherchent à rendre la santé à leurs enfants : « Combien il eût été plus sain et plus salutaire, ajoute-t-il, de courir à l'église, de recevoir le corps et le sang du Christ, de s'oindre avec foi, soi-même et les siens, d'huile bénite et, selon ce que dit l'apôtre Jacques, recevoir non seulement la santé du corps, mais

1. (( Quoties aliqua infirmitas superuenerit, corpus et sang-uinem Christi ille qui aegrotataccipiat; et inde corpusculum (synonyme exact de corpus dans Césaire) suum ungat ; ut illud quod scriptum est impleatur in eo (Jac, v, 14-15) : a Infirmatur aliquis... et si in pccca- « tis sit, dimitLentur ei ». \'idete, fratres, quia qui in infirmitate ad ecclesiam cucurrerit, et corporis sanitatem recipere et peccatorum indul- ^entiam merebitur obtinere. Cum erg-o duplicia bona possinb in ecclesia inueniri, quare per praecantatores, etc. » App.^ :2()5, 3; col. 'i'ilW- •2239.

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aussi la rémission des péchés ^ ». Ici, le malade n'est plus transportable. Mais les parents doivent cependant aller à Téglise, y recevoir l'eucharistie, s'oindre euxmêmes d'huile sacrée et en frotter « les leurs ». Suos ne peut désigner que la Famille et spécialement sans doute l'enfant malade. On remarquera que si l'huile est bénite par les prêtres, ce sont les fidèles qui se l'administrent eux-mêmes, comme nous le voyons faire à sainte Geneviève quelques années plus tôt 2, comme déjà l'admet, en 416, le pape Innocent 1 dans sa lettre à Decentius. De plus, l'huile sainte coule non seulement sur les membres du malade, mais sur ceux de ses parents. L'ensemble du rit a le caractère d'une dévotion domestique, à laquelle toute la maison doit être associée. Gésaire se plaît à considérer son auditoire comme une réunion de familles ; nous avons vu les entretiens et les monitions qui doivent être faits dans la famille. G'est le groupe fondamental dans la société du temps. Mais les traditions du culte païen peuvent aussi exercer ici leur influence. Les mêmes détails se retrouvent dans le troisième texte, que dom Morin nous a fait connaître -^

1 . « Quantum rectius et salubrius erat ut ad ecclesiam carrèrent, corpus et sanguinem Ghristi acciperent, oleo benedicto et se et suos fîdeliter perungerent, et secundum quod lacobus apostolus dicit, non solum sanitatem corporum, sed etiam remissionem acciperent peccatorum. » App.^ 279, 5 ; col. 2273. Gésaire cite ensuite saint Jacques.

2. Dans la Vie, § 49, publiée par Kohler, Etude critique sur le texte de la Vie latine de sainte Geneviève de Paris ^ Paris, 1881 ; Bibliothèque de Vncole des hautes études^ Sciences philologiques^ fasc, 48, p. 44. Par un excellent article de M. Boudinhon, Revue des Églises, 11(1905), p. 403, n. 1, j'apprends que dom Chardon, Hist. des sacrements, col. 758 (Migne), traduit ainsi le texte de Gésaire : « qu'ils se fissent oindre » : falsification théolo^ique.

3. « Quod peius est, non de aecclesiae medicina, non de auctore salutis exposcunt atque eucharistia Christi, et, sicut scriptum est (le texte de saint Jacques n'est pas cité), oleo benedicto a presbiteris deberent perunguere et omnem spem suam in Deo ponere : e contrario faciunt, et, dum salutem requirunt corporum, mortem inueniunt ani-

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Les trois passages s'appuient sur les recommandations cl(* saint Jacques et riiUer[)rètent clans le même sens. L'elVet de Fonction est double : la santé du corj)s et la rémission des péchés. AI. Puller s'est demandé si la l'émission des péchés était attribuée à la réception de Teucharistie ou à Fonction, si les péchés remis étaient rapitcilia ou minuta; dans le cas où les péchés cnpitalia seraient remis par l'onction, comment Césaire peut-il supposer qu'on ira communier d'abord dans cet état ' ? Ces (|uestions sont indiscrètes. H semble que Césaire suit les paroles de saint Jacques d'une manière tout à Fait stricte : la rémission des péchés est attribuée par saint Jacques à l'onction, Césaire raffirme ; de quels péchés? saint Jacques ne précise pas, Césaire non plus. Manifestement, Tévêque dWrles ne voulait pas en savoir plus long cjue son auteur 2.

marum, » Homiliaire de Burchard de Wurzbour^' ; sermon vi, publié par dom Morin, dans la Revue hénédiciine, t. XIII (1896), p. '209. Dans ce passag^e, je crois que perunquere doit avoir le sens l'élléchi. C'est un phénomène assez fréquent dans le latin de la décadence ; voy. Wôi.FFLiN, dans r.4rcA/Y' /"f'/r hif. Lexikogrnphie, t. X, p. 1.

1. The nnointing of the sick inScripture ami Tradition, Londres, 1904, p. 69.

'2. Dans l'article cité plus haut, M. I^oudinhon pense qu'il s'agit '< non sans doute des peccata graiiiora, autrement Tévêque ne parlerait pas d'abord de la communion à recevoir; mais des péchés pour lesquels le recours à la pénitence n'est pas obligatoire : car il ne faut pas oublier que Césaire ne connaît (pie l'antique pénitence, la pénitence publique. » Je n'oserais être aussi afiirmatil" sur l'un et l'autre point. Nous avons vu plus haut que la pénitence publicjue, maintenue rig-oureusement dans la législation, tendait à disparaître de la praticpie. Césaire pouvait aussi considérer l'union de l'eucharistie et de l'onction comme un tout dont TefFet était la rémission des péchés chez les fidèles bien disposés. \ toutes les époques de transition, il y a des incertitudes. L'historien, placé entre deux organisations, parfaitement délinies et distinctes, est tenté de substituer l'une ou l'autre à la confusion que révèlent les documents. Mais c'est dépasser les données. Il faut se résigner à formuler l'obscurité des idées du temps. Il est très intéressant de comparer, à cet égMrd, les conseils de (Césaire et ceux du pape Innocent!, dans sa lettre à Decentius d'Iùignbium Ej)isl. XX\\

Ces textes de Césaire sont intéressants et par euxmêmes et à cause de la rareté des témoignages sur l'onction des malades. Avant lui, il n'existe que deux autres interprétations analogues des paroles de saint Jacques, dans Cyrille d'Alexandrie ^ et dans la lettre citée d'Innocent I. L'évêque d'Arles voit surtout dans l'onction un rit de substitution et un auxiliaire dans sa lutte contre les usages païens. C'était, au fond, une pratique de thaumaturgie, que l'Eglise essayait de ramener à une signification spirituelle ^.

Nous avons terminé l'étude des moyens de sanctification que Césaire rattache à l'expiation et à la rémission des péchés. En dehors de cette catégorie, se trouvent l'eu-

VIII ; P. L., t. XX, col. 560-561). Le pape dit formellement qu'on ne peut verser Thuile sur les pénitents, parce que c'est un genre de sacrement, genus sacramenii. Un siècle plus tard, Césaire se g^arde bien de soulever cette question.

1. De adoraiione in spirilu et ueritate, liv. VI ; P. G., t. LX^ III, col.471 A(éd. AuBERT, Paris, 1638, t. I, p. 211).

2. « Les faits mentionnés (par M. Puller, 1. c, ch. iv, p. 149 suiv.) sont, pour la plupart, des guérisons de paralytiques ou d'autres malades, opérées par de saints évêques, comme saint Martin, en employant de Thuile bénite ; d'autres guérisons analogues sont obtenues par de pieux solitaires qui n'étaient pas prêtres, comme saint Pacôme, saint Hilarion, Jean de Nicopolis, et qui cependant bénissaient eux-mêmes l'huile dont ils se servaient. Il m'est difficile d'y voir des exemples d'administration de l'Extrême-onction. Sainte Geneviève aussi guérissait les malades par des onctions d'huile bénite : est-il certain qu'elle se servait de l'huile des infirmes? Tous ces faits extraordinaires... ne nous renseignent guère, à mon avis, sur l'usage régulier de l'onction des malades, administrée par des prêtres ou faite par les fidèles eux-mêmes. » Boudinhon, l. c, p. 4()4. C'est certain. Mais on était encore au temps où cet usage n'était pas « réglé >' et où l'onction était considérée comme un remède merveilleux. La distinction s'est faite plus tard : l'interprétation du texte de saint Jacques a aidé à déterminer le sens de la pratique, l'^n Orient, on est resté très longtemps au point où nous voyons saint Martin et sainte Geneviève ; cf. Pargoire, LÉglise byzantine de 5.27 à 847 (Paris, 1905\ p. 96 et 337.

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charistie et le mariage : ce sont justement des sacrements dont il parle peu et sur lesquels sa doctrine n'offre aucun relief. Du moment ([u'il n'est plus question du péché, Gésaire paraît se désintéresser. Gela, seul, est significatif.

Il mentionne Teucharistie assez souvent à l'approche des grandes fêtes, Noël et Pâques, mais c'est pour rappeler Tobligation de s y préparer par la pénitence. A son insistance, il semble qu'on recevait l'eucharistie sans avoir expié des fautes comme l'homicide K G'était l'inconvénient de la discipline pénitentielle. On comprend qu'il était urgent d'y apporter des tempéraments. Sur le sacrement lui-même, Gésaire répète les formules connues : (( Le Ghrist est le pain des anges » ; « Dans le corps du Ghrist se trouve notre vie ^ ». Quand il veut développer sur ce mystère une doctrine plus étendue, il emprunte un sermon tout fait à quelque confrère -^

Sur la messe, il fait cependant une remarque digne d'être notée. Il reproche à certains chrétiens de ne pas

1. (( Vestrum est iudicare utrum homicida, antequam paenitentiam aj^at, praesumere debeat eiicharistiam sumerc. » App., 115, 1; col. 1074 (dans le Fauste d'ExoELBREcuT, p. '2-26, V.\). Après avoir cité Mt. XXII, 12-13 : « YjCCQ qualem sententiani in die iudicii excipiet qui sine remedio paenitentiae ad festiuitalem Domini uitiorum sordibus inquinalus accesserit. » App., 110, I; col. 1975: seiinon (ravanl Noël, comme le sermon 1 15; ce sont des exhortations à la pénitence.

"2. (( Inuitati snmus ad mensam ubi non inuenitur cibus hominnm sed panis ponitur an^eloruni. » App., 116, *2 ; col. 1976; cf. col. 2035, 2; 2279, 2. Application connue de P.s., Lxxvn, 25. — « In Cbristi corpore uita nostra consistit. > App., 115, I ; col. 1973.

3. Ainsi peut s'expliquer, dans deux collections où riniluence de Gésaire est incontestable, la présence d'un sermon sur ce sujet, dans Thomiliaire wisigothique de Silos (Hr. Muséum. Add. 3()S53) et le recueil de Saint-Martial de Limoges (B. N. lat. 27()S A . Le style de ce sermon, publié par dom Morin, <( semble dénoter un ecclésiastique },^allican du v*' siècle, et rappelle assez bien certains passa;,^es de la célèbre homélie v du soi-disant Lusèbe d'Jvmèse [Mfi.r. liihl. PP.. 1677, t. VI, p. 636 suiv.j ». Revue bénécliclinc. t. W'I (1899;, p. 3i2.

assister jusqu'au bout aux saints mystères, antequam diuina niysteria compleantur abscedunt. En quoi consiste l'achèvement des mystères ? dans l'oraison dominicale et la bénédiction propre au rit gallican qui suit la fraction, nec orationem dominicatn dicere nec henedictionem accipere uolunt ^ . On peut rapprocher de ce texte un passage célèbre d'une lettre de saint Grégoire. 11 avait transporté le Pater à la suite du canon, avant la fraction, tandis qu'avant lui, dans le rit romain, la fraction précédait le Pater. Dans le rit gallican, le Pater s'intercalait en quelque sorte dans la fraction, entre la fraction et la commixtion. Grégoire justifie son innovation en ces termes : ce II m'a paru très inconvenant que nous récitions sur l'oblation une prière composée par un lettré, scholastlcus, et que nous ne disions pas sur le corps et le sang de notre Rédempteur la formule composée et transmise par lui, et ipsani traditionem quam Redeniptor noster composiiit super eius corpus et sanguinem non diceremus"^ ». La fraction est l'acte suprême et dernier du sacrifice. On trouverait des considéiations analogues dans saint Ambroise.

(( Aucune loi ecclésiastique n'obligeait les chrétiens à faire bénir leur mariage. La bénédiction était affaire de coutume, de convenances; elle finit par passer en règle, mais sans devenir jamais une condition de validité. Le mariage est indépendant du rite ^ ». La bénédiction est encore facultative, au temps de Gésaire. Mais elle paraît être une cérémonie inévitable pour les gens qui tiennent à la considération publique. Aussi l'évêque d'Arles peutil se servir du refus de bénir comme d'une peine ecclé-

l. yoy. le texte plus haut, p. 160, n. '1.

'2. liegi.strum^ IX, xxvi, éd. des Monumenla^ p. 59, .'ÎO; xii, éd. des Bénédictins.

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