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plus le droit» parce que nous passons notre temps, anjonrd'hai même, à regimber contre l*esprit latin, contre le génie de notre race, et à noas éprendre des littératures septentrionales ? Evidemment, cela doit nous rendre indulgents à ce qui nous semble une erreur du dernier siècle ; mais, au fond, le cas n^est pas le même. Si éloignés, si en dehors qu'ils soient de notre esthétique nationale, un Tolstoï, un Dostoiewski, un Ibsen, sont des artistes. Nous avons à Tbeure actuelle des points de comparaison qui manquaient aux premiers lecteurs de Richardson. Nous savons que si Tari peut exister ailleurs que chez nous et se soustraire à certaines lois qui répondent aux besoins de notre race, il est d'autres lois dont il ne saurait s*afTranchir, qu'il est toujours et de par sa définition un choix et une interprétation, et que lorsqu'il prétend suivre pas à pas la nature, imiter le lent travail de la vie, en égaler le désordre, la confusion et la complexité, il cesse d'être. Par dégoût d'un art trop factice dont il était las et saturé, le xviir siècle a adoré en Richardson l'absence ou le contraire même de Tart. Et c'est pourquoi, tout en le louant d'avoir invité le romancier à élargir son domaine, à embrasser du regard la vie entière, nous n'admettons pas plus à présent qu'on nous vante l'art de Richardson que nous ne pourrions entendre sans sourire vanter l'art de Restif de la Bretonne.
La première raison que le xvm<^ siècle a eue de l'admirer, ne compte donc plus pour nous. La peinture qu'il faisait des mœurs anglaises et qui avait l'attrait de la nouveauté, d'autres nous Tout offerte depuis qui savaient composer un tableau ; et de même cet art plus vrai, plus large, dont la France commençait à se
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sentir le goût et la curiosité, nous savons que s'il est chez d'autres et s'il nous y est très cher, il n'était chez lui qu'à l'état d'informe ébauche et de chaos.
Richardson a plu jadis pour une autre raison, la plus forte peut-être de toutes celles qui ont concouru au succès de ses œuvres et lui ont valu de si enthousiastes sympathies ; et c'est aussi celle qui achève de nous le rendre insupportable : Richardson est un prédicateur laïque.
Il y a là chez lui une vocation et qui s'est déclarée de bonne heure. A douze ans, on l'appelait M. Gravité ; il contait à ses compagnons de jeu de petites histoires édifiantes qui toutes, dit-il, « avaient une moralité », et qui auraient fait les délices de M. Montyon etifant. Il est resté toute sa vie M. Gravité. Il avait ajouté à son propre exemplaire de Clarisse Harloive un index alphabétique des pensées et développements de morale épars dans l'ouvrage. Le titre de Paméla mérite d'être cité intégralement : Paméla ou la vertu récompensée : suite de lettres familières, écrites par une belle jeune personne à ses parents^ et publiées afin de cultiver les principes de la vertu et de la religion dans les esprits des jeunes gens des deux sexes ; ouvrage qui a un fonde-' ment vrai et qui, en même temps qu'il entretient agréablement Vesprit par une variété dHncidents curieux et touchants, est entièrement purgé de toutes ces images qui, dans trop d'écrits composés pour le simple amusement, tendent à enflammer le cœur au lieu de l'instruire.
Ce désir de « cultiver les principes de la vertu et de la religion » dans l'esprit de ses lecteurs ne serait-il
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ii.i.. .u i|i|i (rt iJi-Jir-fMiiHé i d'iBser â ira- rimMs la i'inih- f-|i(Bi.(liilM'T (>'; U *'*rle, en «JetJlt» f«rsiBKages |i>iil)iil |i|ii4 <)!( )U ri nffi»*<!nl: il«oBlllLtJa£ k Jiéir de iiMhill.'i'i, lin |iii'ir||ii|', l't iU ne s'ea {"-ma fo^ faute. l'Iiiil.'^H, ni'MMriiMici I,iiv<!Ibcc, 8"il lui éoil ■*« Utlres ll"|' Iviiilu.n I oll» \o MKi'iriiinne, s'il jure; tti-* l« ser- IH'iHliH 4H h<ihli>« vim«. (InnH le jardin, es chaiic de t'"li- <t aiii lu ,tii iiiiirl, ]iftr delà U morl .lellre postltiititi I , M:it,|ii|( t,i BuniKiiiiH! après l'aToir percé de -MOI .:;ii!i[ ('ui>,|iiii litiil do Nortiioas nontrien pu sur l vil.i'i' ..Liaïu.ul l.ii-H di\ en dégoûter Bichardson. M..i-> .[11. a ! lu\,.l,n,, Ihi m,\inp proche, à sa manière ; H II 11- iii.,l,iuttii(iii ilo «ft iumIVksîod de Don Jnan; il i-iiiiiiK,ii! h, ^ I,-. niina .\ «!.>» «mis, il les endocirine, il 11 > ' 'ii'-i l'ii.i . ii> n"i-;il jitus un homme, c'est le ma-
tli'iUi il U4it iiii.iMhsiu, du ivdte. que RichardsoD; iiiiii-.ily3Lii i^m ii'.iii y^,^,^ |-^j,,y jtrtind'pear en nous iii>iiiU.uil u ta liu du lbi-,u.iii.> le ch&timent de tous U'a ii.u^iiihloa, J.i^iiiii K,\vt;u\' jusqu'à la Sioclair ; et m.iiulialu ijuL LoiiicuJ .laLis ct-we ta vertu avec les conwu:iinos. l'eiij.'un.. iiuil .i\(tii l'ait de Sa Clarisse une liiiiitii.'i tiL', il il i;,ii ilu ^ini iiiMudisou uu automate dont l.iiiu' ilin^iit : .1 II L'.il ijniijd, il L'st|i[éuéreax, il est déiiiMi, il ont l'iL'uy, ile.ii Jiici.>iijv!iable, il n'a jamais fait uul' Mlaiiii,' ;n.lii'ii iiL uLi l{^■,^^^; t'iiux. Sa coQscience et sa j.aTu,iii.. ^yuL ii.t.Klv.v .Viao», Il faut le canoniser et
.Vais, lutolli^i'iit;! L,u iiou, le fait est que la morale a euvalii Ws funiaun du Kichardsoa et que c'est surtout par ii qu'ils i>ut uu tant d'uotioa sut les Français du ^viii'. siècle. Uaos lo uaulVa^u dv- la religion chrétienne, les àuies u'a%aiuijt p^im pci-du c» qui est au fond de
toute âme humaiDe, Tinstinct religieux. Ceux qui avaient essayé de déchirer et de jeter au vent les feuillets de TEvangile, étaient les plus empressés à en réclamer un autre. Le prêtre réduit au silence ou délaissé dans sa chaire, ils avaient hâte d'élever d'autres chaires et d'y monter à leur tour. Ce siècle qu'on dit si léger était affamé de sérieux. Il lui fallait des romans comme ceux-ci que traduisaient des ministres protestants, Sinistra en Hollande ou Joël Monod en Allemagne; il lui fallait, comme le dit M. Texte^ des romanciers qui seraient « moralistes, éducateurs, directeurs de conscience, — et romanciers par surcroît ». Il lui falfait, enfîn, l'emphatique exaltation du sentiment, tout le faux lyrisme qui chez Richardson déjà est la forme de la prédication. Cette Clarisse qui à la fin de ses tirades se pose en sujet de pendule et s'agenouille en levant les yeux et les bras vers le ciel, ah ! comment des « âmes sensibles s n'eussent-elles pas vu en elle l'image même de la vertu persécutée ?
Nousn'en jugeons plus ainsi. Ce qu'il y a de théâtral et de déclamatoire en de telles expressions de la vertu nous agace, nous irrite presque. Nos grands poètes du XIX® siècle nous ont fait entendre d'autres accents dont la simplicité nous rend impitoyables â la sensiblerie d'autrefois. Ne soyons pas impitoyables. Ces chants si beaux qui ont bercé et apaisé nos cœurs, les hommes du xviiie siècle ne les avaient pas entendus ; la poésie lyrique n'était pas née ; et tant d'apostrophes au ciel, d'attendrissements, de déclamations, qu'est-ce autre chose, au fond, que les premiers bégaiements de cette poésie qui était en eux, mais qui n'avait pas encore trouvé son vrai langage ? Partout alors, à travers le théâtre, la philosophie, la musique, on sent les inquié-
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tades qui agitaient les cœurs ; c'est le xviii* siècle de 1 la cour et des boudoirs, le Tieux xvuu siècle aristocralique, qui est raisonnable, ironique et sec, ce n'est pas tout le siècle : derrière les « aristocrates » il y a rimmense foule des plébéiens et à leur tête Rousseau, Diderot, prédicateurs laïques eux aussi, déjà presque de grands poètes.
S'il est tout naturel qu'ils aient aimé Richardson, qu'ils raient préféré même à Fielding, pour nous son œuvre ne peut plus avoir qu un intérêt historique. 11 a été le premier à poser et à discuter dans un roman d'autres problèmes que ceux de la passion : éducation, devoirs réciproques des parents et des enfants dans Clarisse Barlowe^ préjugé de naissance et inégalité des conditions dans Paméla^ mariage dans Paméla, Clarisse et Grandison ; il y a traité des sujets où, selon son mot, « toute famille de la société peut se trouver intéressée » ; il s'est efforcé, en d'autres termes, de lui donner une portée sociale qui jusque-là lui faisait défaut. Et quoiqu'il s'y soit assez mal pris pour atteindre son but, quoique nos romanciers se soient souvent égarés, dans la seconde moitié du xviu*^ siècle, en marchant sur ses traces, par lui s'explique en partie la transformation que le genre allait subir chez nous en passant des mains de Prévost aux mains de Jean- Jacques.