‹ Le roman d'un baleinierChapitre 14 sur 42 · UN HOMME A LA MER · texte numérisé non relu

UN HOMME A LA MER

forces pour atteindre la perche que lui tendait celui dont il avait voulu causer la mort.

Ficel parvint à le saisir par la ceinture avec sa gaffe et cria : « Hisse ! » à ceux qui le soutenaient.

Mais à peine était-il remonté de deux brasses que le manche de la gaffe se cassa, et que Gognère fut précipité au fond de Teau !

Le sculpteur poussa un cri, sa poitrine se gonfla, ses yeux fixèrent les tourbillons que formait en s'engloutissant le corps du sous-lieutenant, et il se laissa remonter sur le pont comme une masse ! . . .

— Silence ! ... fit le capitaine d'une voix émue. . . .

La tourmente dura encore tout lé jour et se prolongea fort avant dans la nuit; le matin, la mer devint plus calme, le vent changea et la Bartavelle doubla le cap Horn.

• Le 12, elle était dans la mer du Sud.

LES SAN DWICH

Dans le Pacifique. — Le comédien. — Sa liaison avec Ficel. — Impatience. — Arrivée aux Sandwich. — Les îles. — Les indigènes. — Sacrifices humains et cités de refuge. — Les femmes. — Le Mauna-Loa. — Les Sandwich et les baleiniers.

— Kaméhaméha I*'. — Honolulu. — Le roi Llholiho. — Lahaina, — Déballage de marcliandises. — Inquiétudes de Ficel.

— L'hospitalité hawaïenne. — Un baleinier déserteur. — L'exemple est contagieux. — Un coup de bourse. — Eu route pour le lieu de pèche. — Les Kuriles.

Quand un bâtiment a doublé le cap Horn, il est entouré par des nuées d*oiseaux très-communs dans les régions australes : le fou, le satanique, le damier, le pétrel, la mouette qui l'escortent, plongent autour de lui, se posent sur ses mâts et suivent son sillage.

Perdu au milieu des mers, on se lie d'amitié avec ces gracieux compagnons de voyage.

Après une nuit de tempête, quel est le marin qui ne retrouve avec joie ces amis de la veille bercés dans le creux d'une lame ou prenant leur essor sur la crête des flots? Il n*est pas jusqu'au gigantesque albatros qui n'abandonne aussi la région des orages pour demeurer fidèle au navire avec lequel il cingle. Mais dès qu'on approche de la région désolée, que forme une partie du Pacifique, cette mer immobile, déserte, abandonnée, où jamais la baleine ne se montre, où jamais l'alcyon, le pétrel ne passent, tout fuit, tout disparaît, tout change.

L'univers semble privé de vie, et c'est sous l'impression de cette inexprimable sentiment de tristesse que l'homme se retrouve seul en présence de Dieu et de l'immensité ^ '

Pendant plusieurs jours, le navire sembla porter le deuil du dernier désastre.

Néanmoins, comme on se'console de tout, et en particulier de la perte des méchants, il n'était plus question de Gognère, lorsque la Bartavelle se retrouva sous le soleil des tropiques.

Dès la sortie du Havre, Ficel s'était lié d'une vive amitié avec le novice-comédien .

Ce comédien, qui se faisait appeler Saint-Félix au théâtre, et dont le vrai nom était Félix Thomas,

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